Une coalition de 32 associations, issues des secteurs de la santé, de la lutte contre la pauvreté, de la défense des consommateurs et de l’environnement, a lancé mardi une pétition nationale pour imposer la vente à prix coûtant de 100 aliments considérés comme essentiels, ayant déjà recueilli près de 30 000 signatures.
« Bien manger n’est pas un luxe »
Les signataires dénoncent une situation alarmante. Ils affirment que « la situation actuelle est intolérable », rappelant qu’« une personne sur trois en France (29 %) déclare devoir sauter un repas et beaucoup n’ont pas accès aux produits recommandés par le Programme National Nutrition Santé (PNNS) ».
Pour ces organisations l’accès à une alimentation saine est devenu un enjeu social majeur. Elles estiment que « bien manger n’est pas un luxe, tout le monde est concerné ». La campagne intervient dans un contexte de tensions autour des négociations commerciales entre distributeurs, industriels et producteurs, qui se déroulent chaque année et structurent les prix alimentaires.
Un panier type à... 539 euros par mois
Les associations soulignent notamment que les recommandations nutritionnelles sont aujourd’hui hors de portée pour de nombreux ménages. Le panier type élaboré selon les conseils du PNNS coûterait en moyenne 539 euros par mois pour une famille de quatre personnes. Un niveau équivalent à 38 % du SMIC, jugé incompatible avec les budgets des ménages les plus modestes.
La coalition alerte également sur les conséquences sanitaires de cette situation : diabète, maladies cardiovasculaires ou cancers sont notamment liés à des habitudes alimentaires déséquilibrées, souvent contraintes par les revenus. Car les associations rappellent que « trop souvent, les produits les plus sains sont aussi les plus chers », renforçant les inégalités sociales de santé. Selon elles, les recommandations publiques comme « privilégier les céréales complètes », « cuisiner maison » ou « consommer des produits biologiques » sont difficilement applicables dans les conditions économiques actuelles.
Leclerc, Intermarché, Auchan, Carrefour et U dénoncés
Au-delà de la question du pouvoir d’achat, la coalition critique le fonctionnement du marché alimentaire. Elle accuse la grande distribution d’entretenir « l’opacité des prix de nos aliments et les marges abusives sur des produits essentiels pour la santé, comme les fruits et légumes ». Les associations rappellent que les producteurs ont vendu leurs fruits et légumes pour un peu plus de 12 milliards d’euros par an entre 2021 et 2023, tandis que les consommateurs les ont payés 23 milliards.
Selon elles, les enseignes dominantes comme Leclerc, Intermarché, Auchan, Carrefour et U contrôlent environ 80 % du marché alimentaire. Le secteur des fruits et légumes serait particulièrement rentable, avec 247 millions d’euros de bénéfices nets après impôts en 2021.
Une vingtaine de fruits et légumes
La mesure proposée repose sur un panier précis, inspiré des recommandations nutritionnelles officielles « par les expert·es de santé ». Il comprend notamment une vingtaine de fruits et légumes, des produits céréaliers comme les pâtes, la farine ou le pain, mais aussi des œufs, des pommes de terre, des produits laitiers, du poisson et des ingrédients pour cuisiner à domicile.
Pour les signataires, la vente à prix coûtant constitue « une mesure simple et urgente ». Ils insistent sur le fait qu’elle ne doit « en aucun cas avoir une incidence négative sur les prix d’achat des productions des agricultrices et agriculteurs ». Une dimension jugée essentielle pour éviter une pression accrue sur les producteurs, déjà fragilisés.
Bientôt un passage à l’Assemblée
Les organisations souhaitent que cette obligation concerne tous les supermarchés et hypermarchés, sur l’ensemble du territoire, y compris en Outre-mer. Elles réclament une intervention législative afin de rendre la mesure contraignante, jugeant les initiatives volontaires déjà mises en place par certaines enseignes insuffisantes.