Dans sa dernière expertise, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) explique que l’exposition des Français à plusieurs contaminants chimiques diminue en restant « toujours préoccupante » pour une partie de la population.
L’étude a analysé plus de 250 substances à partir d’échantillons collectés dans les supermarchés et les marchés. Elle confirme une tendance à la baisse pour des composés comme l’acrylamide, l’aluminium, le cadmium ou le plomb par rapport aux campagnes nationales précédentes menées entre 2001 et 2011.
Des contaminants liés à l’activité humaine
Ces contaminants sont présents dans l’alimentation pour plusieurs raisons. Certains sont naturellement présents dans l’environnement, tandis que d’autres proviennent des activités humaines, notamment l’agriculture, l’industrie ou encore le trafic routier.
Ils se retrouvent ensuite dans les sols, l’eau et l’air, avant d’intégrer la chaîne alimentaire. Malgré les progrès, l’Anses estime que les efforts doivent se poursuivre pour réduire l’exposition, jugée encore excessive pour plusieurs catégories de substances.
Les produits céréaliers au cœur des inquiétudes
Si la moyenne globale est en recul, l’étude met en évidence des hausses dans certaines familles d’aliments. Les produits à base de céréales, comme le pain, les biscuits, les viennoiseries ou les pâtes, figurent parmi les principales sources d’exposition à l’aluminium, au cadmium et au plomb.
Dans le même temps, des augmentations ont aussi été observées dans certains légumes. L’agence insiste toutefois sur le fait que cette hausse ne remet pas en cause les bénéfices nutritionnels liés à leur consommation, appelant les Français à continuer d’en manger régulièrement. L’enjeu consiste plutôt à mieux contrôler les sources de contamination en amont, notamment au niveau des sols et des pratiques agricoles.
Le méthylmercure toujours présent dans les poissons
Concernant le méthylmercure, principalement retrouvé dans les poissons, les niveaux d’exposition n’ont pas diminué depuis la précédente enquête. Les poissons prédateurs, situés en bout de chaîne alimentaire comme le thon, concentrent les quantités les plus importantes. Pour limiter les risques, l’agence préconise une consommation équilibrée, avec deux portions de poisson par semaine, dont une de poisson gras, en diversifiant les espèces et les lieux d’approvisionnement.
Une approche qui vise à concilier les bénéfices nutritionnels du poisson avec la réduction des risques liés à l’exposition aux métaux lourds, particulièrement chez les populations sensibles comme les femmes enceintes et les enfants.
Une amélioration pour le plomb et l’acrylamide
L’étude souligne également que l’exposition alimentaire au plomb a nettement diminué, notamment grâce aux politiques publiques. L’interdiction du plomb dans l’essence, les canalisations ou les peintures a permis de réduire les contaminations, avec une baisse estimée entre 27 % et 41 % chez les enfants et entre 37 % et 49 % chez les adultes. La tendance est similaire pour l’acrylamide, formé lors de la cuisson à haute température de certains aliments comme les frites, les chips, les biscuits ou le café.
Des recommandations pour limiter les risques
Malgré ces progrès, les niveaux d’exposition restent trop élevés pour certaines substances, selon l’agence sanitaire. Elle recommande de réduire la consommation d’aliments à faible intérêt nutritionnel, comme les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les produits frits, qui contribuent fortement à l’exposition à l’acrylamide et à certains métaux lourds.
Parallèlement, les autorités appellent à poursuivre la diversification alimentaire et à maintenir la consommation de fruits, de légumes et de poissons, tout en renforçant la surveillance des filières agricoles et industrielles. D’autres travaux sont attendus dans les prochains mois, notamment sur le cadmium, afin de mieux comprendre l’exposition de la population et définir des mesures pour la réduire.