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Mort de Quentin Deranque : Lyon est-elle devenue la capitale des extrêmes en France ?

ANALYSE SUD RADIO - La mort de Quentin, militant de 23 ans lynché lors d’un affrontement entre militants d’ultradroite et antifascistes, a remis en lumière la violence politique à Lyon. Depuis plus d’une décennie, la ville est considérée comme l’un des principaux foyers français de confrontation entre les mouvances radicales. Entre rixes, agressions et intimidations à répétitions, Lyon est-elle devenue la plaque tournante de la radicalisation politique en France ?

Mort de Quentin : Lyon est-elle devenue la capitale des extrêmes en France ?

Menaces, rixes, lynchages… Depuis des années, Lyon semble être devenu le théâtre des mouvances radicales, d’ultragauche et d’ultradroite, en France. À tel point que Quentin Deranque en est mort ce samedi. Membre d’un groupuscule d’extrême droite, le jeune homme de 23 ans a été lynché à mort par plusieurs membres de la Jeune Garde antifasciste, en marge d’une intervention de Rima Hassan à l’IEP de Lyon. Un décès choquant qui s’inscrit pourtant dans une réalité bien connue des enquêteurs : selon une source proche du dossier citée par l’AFP, ces affrontements se produisent « très régulièrement » dans la capitale des Gaules.

Lyon, laboratoire de la radicalisation politique ?

La situation lyonnaise s’explique en partie par un héritage historique profondément ancré dans l’identité de la ville. Dès le XIXe siècle, Lyon s’impose comme un bastion des luttes ouvrières. Une tradition de contestation qui se prolonge au XXe siècle, lorsque la ville devient l’un des centres majeurs de la Résistance française. Cet héritage a contribué à faire de Lyon une ville où l’engagement politique est fortement enraciné. 

Cette tradition a depuis évoluée et s’appuie désormais sur une importante population étudiante, avec plus de 170 000 étudiants qui se politisent et font émerger des syndicats, collectifs et organisations militantes. Et cette proximité entre militants antagonistes augmente alors le risque de confrontation.

102 actes violents commis par l’ultra droite depuis 2010

Depuis le début des années 2010, Lyon est en effet régulièrement le théâtre d’agressions, de ratonnades militantes, de rixes et d’intimidations entre groupes antagonistes. Plus d’une centaine d’actions violentes attribuées à des militants d’ultradroite ont été recensées par Rue89 dans l’agglomération en quinze ans, visant principalement des militants de gauche, des antifascistes ou des opposants politiques.

Des violences devenues monnaie courante

En 2023, le groupuscule nationaliste Guignol Squad avait attaqué une conférence consacrée à la Palestine, faisant trois blessés. Deux ans plus tôt, une librairie libertaire lyonnaise avait été prise pour cible en pleine journée par des militants d’extrême droite.

Face à cette situation, les autorités ont dû adapter leur dispositif. Dès 2021, la préfecture a mis en place un groupe de suivi des « mouvances radicales violentes », associant les services de renseignement, la justice et la police administrative. L’objectif est d’anticiper les affrontements et de prévenir les passages à l’acte.

L’extrême droite appelle à se « préparer pour la suite »

Sur Sud Radio, Françoise Degois estime que « Lyon est devenue, depuis des années, un sanctuaire des groupuscules d'extrême droite et d'extrême gauche qui se sont littéralement partagé la ville ». Selon elle, « les militants ultra radicaux d'extrême droite tiennent le centre de Lyon et l'extrême gauche ultra radicale tient les quartiers de la Croix-Rousse et Fourvière », poursuit-elle.

Cette implantation contribue alors à structurer la confrontation entre les deux camps de façon permanente. Françoise Degois évoque même un « quadrillage politique de cette ville par des groupes ultra violents », estimant que cette situation a contribué à la « dramaturgie de la mort de Quentin ». Et cette dramaturgie pourrait n’être qu’un début. En réaction au décès du militant, un canal nationaliste réunissant près de 20 000 abonnés sur Telegram a diffusé un message accompagné d’une croix celtique et du slogan « justice pour Quentin », appelant ses sympathisants à se « préparer pour la suite ».

Des dissolutions et des alertes politiques à répétition

Face à la multiplication des incidents, les autorités ont dissous plusieurs organisations radicales ces dernières années. Autant du côté de l’ultradroite que de l’ultragauche. C’est notamment le cas de la Jeune Garde antifasciste, fondée par le député LFI Raphaël Arnault, censée être dissoute en 2018 en Conseil des ministres pour ses actions directes jugées violentes. Pour autant, ce sont les membres de ce même groupuscule qui sont accusés d’avoir mis fin aux jours de Quentin Deranque samedi.

L’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait lui-même justifié ces dissolutions en évoquant des groupes « qui appellent à la haine et à la violence », soulignant la nécessité de « ne rien laisser passer face aux groupuscules violents ». Au niveau local, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a lui aussi reconnu la gravité de la situation. Il avait dénoncé des « violences inacceptables » après plusieurs agressions politiques, appelant à « refuser toute banalisation de la violence dans le débat démocratique ».

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