Dans un contexte où le budget automobile est déjà sous pression, une nouvelle échéance réglementaire approche à grands pas. Le 29 novembre prochain, l'Union européenne mettra en application les premières dispositions de la norme Euro 7 pour les nouveaux modèles de voitures particulières et d'utilitaires légers.
Alors que les prix des carburants demeurent élevés et que de nombreux ménages hésitent entre thermique, hybride ou électrique au moment de renouveler leur véhicule, cette nouvelle réglementation soulève une question simple : les voitures vont-elles coûter plus cher ?
Plus d'exigences au niveau des pneus, des batteries et des freins
Pour Solal Botbol, cofondateur et PDG de Beev, entreprise française spécialisée dans le leasing de véhicules électriques, Euro 7 représente bien davantage qu'un simple durcissement des règles antipollution : « Euro 7 est la nouvelle réglementation européenne qui fixe les exigences en matière d’émissions polluantes et de durabilité auxquelles devront répondre les véhicules. Mais contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, ce n’est pas simplement un "Euro 6 bis". C’est un changement de cadre qui élargit considérablement ce qui est mesuré, contrôlé et exigé d’une voiture tout au long de sa durée de vie. Jusqu’ici, la réglementation s’est principalement concentrée sur les émissions à l’échappement.
Avec Euro 7, les exigences vont plus loin : les particules liées au freinage sont désormais prises en compte, l’abrasion des pneumatiques entre dans le champ réglementaire et la durabilité des batteries des voitures électriques fait l’objet d’exigences spécifiques. »
Des voitures plus chères ?
En clair, la réglementation ne s'intéresse plus uniquement aux gaz rejetés par le pot d'échappement. L'usure des freins, celle des pneus ou encore le vieillissement des batteries entreront désormais dans l'équation. Du coup, les voitures thermiques et hybrides vont-elles coûter plus cher ? C'est probablement la question qui préoccupe le plus les automobilistes.
Pour respecter Euro 7, les constructeurs devront adapter leurs technologies, réaliser de nouveaux essais d'homologation et intégrer des équipements supplémentaires permettant de satisfaire aux nouvelles exigences européennes. Autant d'investissements qui pourraient être répercutés sur le prix final.
« Des conséquences concrètes sur le marché des voitures neuves »
« Les premières échéances arrivent dès cette fin d’année, poursuit Solal Botbol. À partir du 29 novembre 2026, les nouveaux types de voitures particulières et d’utilitaires légers devront répondre aux exigences Euro 7. Un an plus tard, au 29 novembre 2027, tous les véhicules neufs de ces catégories devront être conformes. Pour les automobilistes, ces dates pourraient avoir des conséquences concrètes sur le marché des voitures neuves. Le renforcement des exigences techniques et des contrôles pourrait inciter les constructeurs à revoir leurs investissements et la rentabilité de certaines motorisations thermiques. À terme, cela pourrait se traduire par une offre plus resserrée sur certains modèles, des coûts de développement supplémentaires et, potentiellement, une hausse des prix à l’achat. »
Autrement dit, Euro 7 ne prévoit pas directement une augmentation des tarifs. Mais la nécessité pour les constructeurs de mettre leurs véhicules en conformité pourrait mécaniquement renchérir certains modèles thermiques et hybrides. Les véhicules les moins rentables pourraient même être progressivement retirés des catalogues si les coûts d'adaptation devenaient trop élevés.
Les voitures électriques aussi concernées
« La période 2026-2027 sera donc importante pour les particuliers qui envisagent de changer de voiture. Au-delà du prix affiché en concession, il sera utile de comparer la disponibilité des modèles, leur consommation, leur coût d’entretien et leur valeur de revente. Euro 7 pourrait ainsi peser sur les critères de choix des automobilistes, au moment même où les dépenses liées à la voiture représentent un poste de budget particulièrement sensible. »
Les voitures électriques sont-elles concernées ? Contrairement à une idée reçue, Euro 7 ne vise pas uniquement les véhicules thermiques. Les voitures électriques sont elles aussi concernées, mais selon une approche différente. Comme elles ne produisent pas d'émissions à l'échappement, le législateur européen a choisi de concentrer son attention sur la durabilité de leurs batteries.
« Une nouvelle ère réglementaire »
« Avec Euro 7, les voitures électriques entrent elles aussi dans une nouvelle ère réglementaire. La norme ne s’intéresse pas uniquement aux émissions polluantes : elle introduit également des exigences européennes précises sur la durabilité des batteries et prévoit un suivi de leur état de santé. L’objectif est simple : ne plus considérer la batterie comme une donnée figée au moment de l’achat, mais vérifier qu’elle conserve un niveau de performance suffisant au fil des années. »
La réglementation impose ainsi des seuils minimaux de conservation de capacité. Pour les voitures électriques et hybrides rechargeables, la batterie devra conserver au moins 80 % de sa capacité initiale après cinq ans ou 100 000 kilomètres. Ce seuil sera de 72 % entre cinq et huit ans, ou entre 100 000 et 160 000 kilomètres.
Un argument de plus en faveur de l'électrique
Selon Solal Botbol, ces nouvelles obligations pourraient même devenir un argument commercial en faveur de l'électrique : « Pour les particuliers, c’est un changement important : la capacité de la batterie à conserver ses performances dans le temps devient un critère réglementé, qui doit permettre de mieux comparer les voitures électriques. Ces dispositions peuvent contribuer à rassurer les automobilistes qui hésitent encore à passer à l’électrique, notamment par crainte d’une dégradation trop rapide de la batterie ou d’une perte importante d’autonomie. Elles pourraient également faciliter l’évaluation des véhicules électriques d’occasion, en donnant davantage de repères sur la capacité énergétique restante. »
Davantage de contraintes techniques
Dans ce contexte, faut-il acheter avant l'entrée en vigueur d'Euro 7 ? À un mois de l'échéance, il serait prématuré d'annoncer une flambée générale des prix. Mais les experts s'accordent sur un point : Euro 7 va accroître les contraintes techniques imposées aux constructeurs. Pour les modèles thermiques et hybrides, cela pourrait accélérer la concentration de l'offre autour des véhicules les plus rentables et les plus faciles à mettre en conformité. Pour l'électrique, la norme marque surtout l'arrivée d'une exigence accrue sur la qualité et la durabilité des batteries.
« Autrement dit, avec Euro 7, la question ne sera plus seulement de savoir combien coûte une voiture électrique à l’achat, mais aussi quelle autonomie elle sera capable de préserver au fil des années », conclut Solal Botbol. Pour les automobilistes, le prix affiché sur l'étiquette ne sera donc plus le seul critère à surveiller. Durabilité, coût d'usage, valeur de revente et performances dans le temps pourraient prendre une place de plus en plus importante dans le choix d'un véhicule neuf.