Selon le ministère de l'Intérieur, 410 000 personnes ont défilé en France samedi contre la vie chère, lors de 289 actions même si la CGT revendique 800 000 participants. Avec environ 70 000 policiers et gendarmes, soit 10 000 de plus que la semaine précédente, le ministre de l’Intérieur a estimé que « les cortèges se sont bien passés ». C’est sans compter sur des violences de militants d’ultradroite dans plusieurs villes en France.
Ces violences étaient pourtant prévisibles. Radio France révélait que des militants identitaires se coordonnaient sur les réseaux sociaux pour protéger les commerçants, certains évoquant ouvertement des affrontements et le port d'armes. Laurent Nuñez a confirmé que ses services avaient détecté ces appels, émanant de mouvances d'ultradroite, identitaires et nationalistes. Dans les faits, le ministère de l’Intérieur a estimé que ces militants ont plus souvent cherché l'affrontement avec l'ultragauche que protégé des vitrines.
Nice, Rouen, Nancy, Montpellier… rixes et agressions
C'est à Nice que la situation a été la plus grave. Selon la préfecture, une centaine de militants masqués se sont rendus vers le centre-ville. Des rixes ont fait trois blessés légers. Onze suspects, interpellés avant les violences dans deux véhicules, avec masques, gants, gazeuses et matraques, doivent être jugés pour association de malfaiteurs en vue de commettre des violences volontaires aggravées. Plusieurs ont des antécédents de violences, a précisé le procureur.
À Rouen, une vidéo montre des hommes, certains cagoulés, frapper un homme à terre. Des policiers traversent ensuite le groupe pour contrôler la victime, tandis que les agresseurs se replient en criant « Rouen nationaliste ». Le parquet a ouvert une enquête pour violences aggravées. À Nancy, une autre vidéo montre une trentaine d'individus cagoulés chargent un cortège, puis se replient derrière un cordon de gendarmes mobiles et avancent dans leur sillage. Des violences visibles à Montpellier où des membres du groupe identitaire « Jeunes d’Oc » auraient attaqué des manifestants avant de se replier derrière des CRS.
À Lyon, une vingtaine de militants d'ultradroite ont défilé en chantant La Marseillaise. À Bordeaux, une vidéo montre des individus masqués, certains munis de bâtons ou de barres de fer, frapper deux personnes à terre. Le parquet de Dijon a lui aussi ouvert une enquête après des projectiles lancés sur des manifestants. Libération a également confirmé la présence de ces groupes dans une quinzaine de villes, dont Lille, Nantes, Rennes, Tours, Toulouse et Brest.
La police accusée, Nuñez dément
La polémique porte également sur l'attitude des forces de l’ordre vis à vis de ces violences. Les députés LFI Manuel Bompard et Thomas Portes ont accusé les autorités d'avoir « protégé les milices d'extrême droite ». Lundi, sur BFMTV, Laurent Nuñez a répondu : « à aucun moment, évidemment, la police ne les a protégés. » Il assure que policiers et gendarmes sont intervenus à de nombreuses reprises pour séparer les groupes. Le ministère de l'Intérieur admet néanmoins que les militants d'ultradroite « n'ont pas systématiquement été interpellés », la priorité étant d'éviter les pillages.
Au total, sur les 1 300 interpellations annoncées, l'ultradroite pèse peu : parmi les gardes à vue, le parquet recense onze individus susceptibles d'appartenir à cette mouvance. Le ministre a donc demandé aux préfets de saisir la justice pour constitution de groupe en vue de commettre des violences. Il n'exclut pas des conséquences administratives, comme des dissolutions. Pour les groupes déjà dissous, il promet des poursuites pour reconstitution de ligue dissoute.