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Aurélien Pradié : « Emmanuel Macron et ceux qui le représentent sont en slip »

INTERVIEW SUD RADIO – Parcoursup, Présidentielle, Macron, LFI : Aurélien Pradié, député du Lot et fondateur du mouvement Les Bâtisseurs, était l’invité de Sud Radio au micro de Jacques Cardoze.

Aurélie pradié,

Sud Radio - Jacques Cardoze : Parcoursup simplifié. Est-ce qu'il fallait en arriver là ou est-ce qu'on ne dit pas tout à fait la vérité aux lycéens ?

« Les deux. D'abord, je pense qu'il faut sacrifier Parcoursup parce que ce système-là est tout sauf un système juste, un vrai système de sélection. C'est une machine bureaucratique qui écrase tout, qui est une connerie pour dire les choses très simplement et qui est l'illustration de ce que la bureaucratie peut faire de mieux dans ce système.

Je vous mets au défi de vous faire expliquer ce qui fait que vous sortez en bonne position ou pas de Parcoursup. Et vous imaginez bien que quand vous choisissez un peu de votre avenir, si vous n'êtes même pas en état d'expliquer comment les choses se sélectionnent, ça n'a pas de sens. Donc je n'en fais pas un totem. Pour le reste, là où on leur ment, c'est qu'il faudra quelque chose pour remplacer Parcoursup et qu'il y a un mot qu'on ne veut pas prononcer, qui est celui de la sélection. On leur ment avec un baccalauréat presque donné avec facilité. Alors ça fait plaisir à tout le monde, et moi je suis la génération qui a un peu bénéficié de ça aussi et ça nous fait plaisir. Mais la vérité, c'est qu'on sacrifie l'avenir. 

Et donc la question c'est : qu'est-ce qui va remplacer Parcoursup, et est-ce que le gouvernement va vraiment supprimer Parcoursup ? Moi c'est ça, je trouve ça absolument délirant. Ça fait trois semaines désormais que notre pays est à feu et à sang quasiment, et le gouvernement trouve tout juste le moment pour consulter les organisations syndicales et essayer de trouver une porte de sortie. Tout ça me paraît dingue. Absolument dingue. »

« Je ne supporte plus le "c'est compliqué" »

Parcoursup, est-ce le symbole de ce qui ne fonctionne pas dans notre pays ? C'est-à-dire une idée qui a priori se comprend, mais avec des moyens qui sont kafkaïens ?

« C'est très intéressant Parcoursup parce qu'en effet c'est l'illustration de ce en quoi est rendu notre pays : d'abord un système absolument bureaucratique. J'insiste sur ce point parce que c'est symptomatique de notre pays, et comme le politique ne veut pas prendre ses responsabilités, ne veut pas assumer de dire voilà comment on va sélectionner à l'université, voilà comment on va faire en sorte que vous n'ayez pas le bac même si vous ne le méritez pas... Comme on n'a pas ce courage-là, on renvoie vers les algorithmes. 

Vous savez, la bureaucratie, c'est une facilité pour les lâches politiques parce que la bureaucratie, c'est une manière de se planquer. Ça a de tout temps été ça dans notre histoire, y compris la plus dramatique. La bureaucratie était un paravent pour tous ceux qui ne voulaient pas assumer leur responsabilité politique, et Parcoursup en est la démonstration. Là où c'est intéressant aussi, c'est qu'on commence à nous dire ce qu'on nous dit depuis 15 ans dans ce pays : 'On ne peut pas faire autrement, il va falloir faire avec, c'est le moindre mal.' Vous savez, c'est cette idée d'espèce de fatalité politique.

Il y a une phrase que je ne supporte plus depuis quelque temps, c'est : 'C'est compliqué.' Quand on est à la tête d'un grand pays comme la France, qu'on est un responsable politique, passer son temps à dire 'c'est compliqué', c'est passer son temps à abdiquer. Et je ne supporte plus cette forfaiture politique. »

« C'est un gouvernement qui n'a aucune légitimité politique »

Le gouvernement a donc mis trois semaines, un mois à réagir, là aussi par manque de courage selon vous ?

« Oui. Et puis par habitude, parce qu'en fait ce gouvernement a une particularité, c'est qu'il arrive à se sauver la peau depuis déjà un petit bout de temps, toujours sur des malentendus. C'est un gouvernement qui n'a aucune légitimité politique, électorale, il faut dire les choses clairement. Il est composé de bric et de broc, de personnalités politiques qui ne sont pas issues d'une majorité parlementaire. Moi, il faut être lucide sur cette réalité. 

Mais en fait, on s'habitue, on s'habitue avec toujours un bon argument qui est que la situation pourrait être pire et donc un jour on nous dit : 'Vous vous rendez compte, si ce ne sont pas eux, ce sont les mélenchonistes.' Alors évidemment, ça nous fait tous peur, moi le premier, et on se dit : bon ben tant mieux, on va prendre ce qui passe pour éviter le pire. Puis le lendemain on dit : 'Si ce n'étaient pas eux, ce serait le Rassemblement national.' 

Bon ben très bien, alors on va prendre tout ça au milieu et petit à petit, on s'habitue à cette idée qu'on peut gouverner ce pays sans légitimité politique. Eh bien moi, je ne le crois pas, et je pense que les moments de crise comme ce que nous connaissons aujourd'hui, qui sont des crises très graves, elles ont une faculté, c'est de faire tomber les masques. Voilà, aujourd'hui le roi est nu, le roi, le président de la République et ceux qui le représentent, ils sont en slip. »

« On finirait presque par s’habituer »

Vous pensez qu'aujourd'hui il y a une très grande inquiétude au sommet de l'État à travers les déclarations qui sont faites ici ou là ?

« Écoutez, j'espère qu'ils sont inquiets parce que dans une période comme celle-ci, ce qui serait encore plus grave au-delà de l'incompréhension, de l'incompétence, de l'incurie en fait, ce serait le manque de lucidité. Enfin, ce qui est très très difficile pour nous tous, vous comme moi et ceux qui nous écoutent sûrement, c'est qu'on finirait presque par s'habituer. À force que chaque jour on en rajoute une couche, on finirait par s'habituer. Si au plus haut niveau de l'État, il s'habitue à cette situation, c'est que là il n'y a plus rien à récupérer. »

« N'est pas de Gaulle qui veut »

Aurélien Pradié, député du Lot, à vous écouter, ça signifie que la démission d'Emmanuel Macron, elle est inéluctable. Vous la demandez ?

« Non, je ne la demande pas pour deux raisons. D'abord parce que je pense que si je la demandais, il ne m'écouterait pas. Donc ça ne sert à rien de s'époumoner dans le vide. Et ensuite parce que je n'aime pas trop cette idée de créer un précédent. Moi, je suis un gaulliste, je crois à la présidence de la République. Je pense qu'un président de la République, quand il est à la hauteur, peut faire beaucoup de choses. 

Et si on commence à s'habituer à faire démissionner les présidents de la République avant la fin de leur mandat, alors pour les prochains, y compris quand ils auront des qualités, tout ça risque de créer un mauvais précédent. Et puis vous savez, n'est pas de Gaulle qui veut. De Gaulle avait démissionné, et avec du recul, on se dit qu'au fond c'était quand même d'une stature considérable parce qu'à ce moment-là, il avait compris que l'avenir du pays serait plus profitable s'il se retirait de la scène politique. Mais je le redis, pour ça il faut avoir un tout petit peu de de Gaulle, ce qui n'est pas le cas du tout aujourd'hui d'Emmanuel Macron. »

« Je n'ai jamais soutenu Emmanuel Macron »

Le président de la République a jugé pas normal qu'à 6 mois d'une élection présidentielle notre pays soit dans cet état d'ébullition, comme s'il était spectateur. À quoi vous fait penser cette phrase ?

« Vous avez raison, il est spectateur. Spectateur de son propre désastre. Moi, ça me terrifie, son comportement me terrifie. Je vais vous dire : je pense qu'il y a une déconnexion absolument profonde de ce qu'est le pays. Peut-être que c'est une manière de se protéger lui-même, de ne pas vouloir voir le champ de ruines dans lequel il est. 

Moi, je n'ai jamais soutenu Emmanuel Macron, mais je pense à tous ceux qui l'ont fait. Il y en a dans notre pays qui ont voté pour lui, y compris en 2017, et qui l'ont fait sûrement avec l'espérance qu'il puisse changer les choses. Quel gâchis ! Quel gâchis ! Parce que là où Emmanuel Macron avait une bonne intuition en 2017, c'est qu'il avait compris qu'il fallait révolutionner ce pays au sens positif du terme. Et en ne le faisant pas, il a laissé les deux extrêmes mener la révolution. »

« Nous sommes au retour d'une époque où l'histoire doit se faire »

Il est responsable de ces deux extrêmes qui aujourd'hui sont aux portes du pouvoir ?

« Évidemment. Alors peut-être pas seulement lui. Peut-être qu'il est arrivé aussi à un moment qui était le moment d'une fin d'un cycle politique. Moi, je crois beaucoup au fait que depuis 30 ans, la classe politique a eu à gérer les affaires courantes, que depuis l'après-guerre au fond, la classe politique n'a pas eu à faire l'histoire parce que la mondialisation, parce que l'économie de marché, parce que le libre-échange, tout ça faisait qu'au fond nous vivions assez confortablement, et peut-être même que la société d'hyperconsommation dans laquelle on est baignés les uns et les autres nous avait un peu confits, nous avait fait oublier les grands enjeux. 

Là, nous sommes au retour d'une époque où l'histoire doit se faire. Et c'est d'ailleurs, dans tout ce que je dis, ce qui me donne de l'espoir, c'est que moi en fait, je ne suis pas du tout désespéré. Je suis juste impatient, impatient qu'enfin la politique puisse être à la hauteur des défis. »

Présidentielle : « Il faut bâtir autre chose »

Vous avez quitté officiellement Les Républicains en juin 2024 et vous avez fondé votre mouvement, Les Bâtisseurs. Vous rêvez d'une bande, avec qui ?

« D'abord, quand j'ai quitté Les Républicains, je ne l'ai pas fait par caprice ou par humeur. Je l'ai fait parce que déjà à l'époque, et c'était un peu tôt, j'étais certain que cette époque-là était en train de mourir et on en a la démonstration aujourd'hui. Entre-temps, une partie des Républicains sont rentrés au gouvernement d'Emmanuel Macron. Bruno Retailleau a été ministre d'Emmanuel Macron. Il peut s'en défendre, mais c'est la vérité. Et on voit aujourd'hui où est-ce qu'on en est. Donc je pense qu'il faut bâtir autre chose. 

Et si je reprends mes réflexes gaullistes, même si je sais que ça paraît un peu daté, quand le pays a besoin de reconstruire tout de fond en comble, il faut qu'il y ait une vraie bande qui le fasse. Il faut des personnalités patriotes de droite et de gauche capables de se rassembler. C'est ce qu'on a fait au moment du Conseil national de la résistance. C'est ce qu'on a fait au moment de la création de la Ve République. Alors, je sais, ça paraît un peu muséographique de dire tout ça, mais quand même, il faut se souvenir aussi de notre histoire. »

« Je souhaite le rassemblement de quelques pirates »

Vous appelez à une forme d'un gouvernement d'union nationale de patriotes républicains ?

« Je souhaite le rassemblement de quelques pirates dans ce pays. Je souhaite le rassemblement, vous savez comme le disait de Gaulle, des farfelus, de ceux qui a priori paraissent un peu étranges parce qu'ils sont inclassables, parce qu'ils sont des électrons libres et qui vont se dire à un moment : eh bien c'est le moment de faire bande commune pour redresser ce pays. »

Jean-Louis Borloo a parlé de mécanos de la République.

« Oui, il a raison. C'est une des possibilités. Mais vous voyez bien qu'il y a des gens bizarres, il y en a quelques-uns qui émergent dans ce pays. »

« Jean-Louis Borloo et Robert Ménard sont des gens bizarres »

Avec qui justement ?

« Vous avez Natacha Polony, vous avez... Je ne suis pas en train de dire qu'il faut que ce soit cette équipe, mais vous parliez de Jean-Louis Borloo, vous pouvez parler de Robert Ménard, vous pouvez parler de tant d'autres. Ce sont des gens bizarres. Ce sont des gens bizarres, ils sont difficiles à classer. Tout seuls, ils n'y arrivent pas. Tout seuls, ils n'y arrivent pas. Mais le seul moment où ça peut faire quelque chose, c'est un rassemblement. 

Alors, je sais que quand je disais ça il y a plusieurs mois, on me regardait avec des gros yeux en se disant : 'Ce type est dingue, c'est un sympathique garçon du Lot, il rêve.' Je vois qu'au fur et à mesure, on me regarde avec des yeux un peu plus crédibles, et je pense que c'est ce qui arrivera au début de l'année prochaine parce que tout le reste sera balayé. »

« Je ne crois pas à la primaire »

La seule question, c'est qu'on est dans la Ve République et à un moment donné, il faut un leader qui pourrait incarner tout cela.

« Oui. Eh bien c'est la question qu'il va falloir que tous les gens bizarres se posent. Si c'était facile, ce serait déjà fait depuis longtemps. En tous les cas, il y a une chose à laquelle je ne crois pas, c'est la primaire. Ce truc-là qui est une espèce d'hygiénisation de la vie politique où, comme on est infoutu de se mettre d'accord et de trouver un leader, de prendre nos responsabilités, on confie à un système un peu comme Parcoursup, vous voyez, le soin de choisir le moins mauvais de tous. »

C'est pour quand le lancement de cette bande ? La rentrée ? Janvier ?

« Moi, je crois qu'il faut d'abord que tout le reste craque. Voilà. C'est mon côté peut-être le seul côté révolutionnaire que j'ai en fait. C'est le côté gaulliste que j'ai. Je crois au bouleversement quand la situation le nécessite. Je souhaite que ce bouleversement soit tenu par des républicains et des patriotes et pas par des fous furieux. Et je pense qu'il faut encore laisser la fin de l'année. D'ailleurs, vous voyez bien que la baignoire est en train de se vider. »

« Quand on a été ministre d'État d'Emmanuel Macron, on fait partie de l'ancienne époque »

Vous en avez cité quelques-uns, Natacha Polony, Jean-Louis Borloo, pourquoi pas. Et je comprends que Monsieur Retailleau n'en ferait pas partie dans votre esprit.

« Ah ben moi, je considère que quand on a été ministre d'État d'Emmanuel Macron, quand on a collaboré avec Emmanuel Macron, on fait partie de l'ancienne époque. »

Collaboré ?

« Ben écoutez, quand vous êtes tous les mercredis autour de la table du Conseil des ministres avec Emmanuel Macron comme chef, je suis désolé, moi on peut me faire des nœuds à la tête, mais ça s'appelle participer au gouvernement d'Emmanuel Macron. »

Édouard Philippe non plus, j'imagine, ne trouve pas grâce à vos yeux.

« Il a été Premier ministre d'Emmanuel Macron. Vous savez, les fins d'époque, ça vide complètement la baignoire. Alors, il y a des gens de qualité parfois dans la baignoire, mais c'est comme ça. On ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et les fesses de la crémière. »

« Nous avons besoin de retrouver un esprit rebelle »

Quelle ligne directrice pour ces mécanos de la République ?

« La rébellion. Voilà, je pense que vraiment nous avons besoin de retrouver un esprit rebelle dans ce pays. Mais pas la rébellion des fous furieux dont on entend parler aujourd'hui, mais la rébellion de ceux qui croient profondément en l'avenir de ce pays. La rébellion capable de dire que désormais notre pays redevient souverain, y compris du point de vue européen. La rébellion qui fait qu'on retrouve un outil de production, qu'on fait sauter les normes qui aujourd'hui nous écrasent, qu'on reprend notre destin en hand. »

« On est devenu dépendant des autres »

Donc Aurélien Pradié, à vous entendre là en quelques phrases, c'est souverainisme, réindustrialisation, la fin de la mondialisation ?

« Oui, le souverainisme, mais parce que c'est la clé. Mais vous savez, vous voyez bien aujourd'hui qu'un des drames — on en parle trop peu —, mais c'est l'absence de production dans notre pays parce qu'on est devenu dépendant des autres, et c'était confortable. On ne voulait plus d'usines. Donc, on a confié aux Chinois le soin de faire ce qui nous paraissait plus tout à fait à notre niveau. On était devenu une société tellement embourgeoisée, si j'ose dire au sens premier du terme, qu'on ne considérait plus nécessaire de produire. Il nous suffisait de consommer, et toute cette tertiairisation de la société a produit l'effondrement, y compris de nos systèmes de solidarité. 

Donc oui, la production, c'est à la fois un acte nécessaire de révolution économique, mais aussi morale, parce qu'une nation qui fabrique, qui produit, qui construit est une nation incroyablement plus fière. Et puis on va s'occuper de quelques grands défis. Vous voyez, en ce moment, je travaille beaucoup sur la question de la mortalité infantile puisque nous sommes désormais un des derniers pays d'Europe en termes de lutte contre la mortalité des bébés de moins d'un an. Ça devrait nous empêcher de dormir matin, midi et soir. Voilà autant de sujets qui doivent réveiller chez nous un esprit de rébellion et ensuite un esprit de reconstruction. »

LFI « sont des fous furieux »

Vous disiez à l'instant, 'nous on n'est pas des fous furieux'. Vous pensez à qui ?

« Ah, je pense que les lfistes, mélenchonistes et tout ce qui se greffe autour, y compris ce qui à mon avis dépasse même LFI — les mouvements d'ultra-gauche dépassent le cadre de La France insoumise —, sont des fous furieux. En fait, je me trompe en vous disant fous furieux. Ils ne sont pas fous. Ils savent exactement ce qu'ils veulent faire. Il y a une vraie stratégie politique derrière, de déstabilisation du pays, de création de chaos dans le pays, j'en suis convaincu. Et donc ce ne sont pas des fous furieux, je me trompe en le disant en réalité. Ce sont des adversaires de ce qu'est la République et la France. »

« Chez Jean-Luc Mélenchon, la violence des mots précède toujours la violence des gestes »

Jean-Luc Mélenchon vient notamment de déclarer qu'il pensait à capter l'héritage.

« Mais chez Jean-Luc Mélenchon, la violence des mots précède toujours la violence des gestes, et d'ailleurs c'est un homme qui a trop de culture — parce que c'est un homme cultivé — pour ignorer que la parole politique peut produire des gestes. Ça vaut d'un côté comme de l'autre d'ailleurs. Ça vaut y compris au Rassemblement national où les mots peuvent produire des actes violents, et on a une responsabilité, nous politiques. 

 Mais la vraie révolution, le véritable anéantissement que Jean-Luc Mélenchon porte, il n'est pas seulement économique, il est moral. C'est l'écrasement de notre histoire et de nos valeurs profondes. C'est l'effacement de ce qu'est la France et la culture française, et c'est l'émergence de communautés contre la communauté nationale. Ça c'est encore plus grave. »

« C'est quelqu'un de bizarre François Ruffin »

Je ne vous ai pas posé la question : François Ruffin, il pourrait faire partie de ces mécanos de la République ?

« Ah, c'est quelqu'un de bizarre François Ruffin. Mais vous savez, pour être vraiment bizarre et farfelu, il faut arracher totalement sa liberté, il faut être capable de couper les ponts. Mais c'est parfois difficile d'arracher sa liberté. Moi, je l'ai fait vis-à-vis de ma famille politique. Il y a des conséquences négatives aussi. Mais je pense que le premier chemin de la reconstruction et du rassemblement des gens bizarres, c'est un chemin de liberté. »

« La violence, elle commence par les mots »

Pensez-vous que le RN ou l'extrême droite portent une responsabilité dans l'assassinat raciste de Trappes ou du moins dans la polarisation de notre société ?

« Tout le monde a une responsabilité dès lors que les mots prononcés sont des mots qui légitiment la violence. Et je suis très dur avec Jean-Luc Mélenchon, tout comme je le suis avec Éric Zemmour. Vous savez, c'est la petite goutte qui finit par percer la pierre. Alors évidemment dans l'esprit de notre auditeur, dans le vote, dans le mien, quand on entend des mots qui sont des mots de violence, on sait les relativiser, on sait ne pas passer aux actes, mais la parole politique, elle tombe entre les mains de tout le monde et parfois de n'importe qui. Donc oui, la violence, elle commence par les mots. »

Mais vous dites Éric Zemmour, pas Marine Le Pen, pas le Rassemblement national ?

« Je pourrais dire le Rassemblement national de la même manière. Marine Le Pen sait mieux se comporter depuis quelque temps, mais je pense qu'elle est toujours la même. Je pense que la clique qui l'entoure est toujours la même. Je pense que Jordan Bardella, qui manifestement en privé sait tenir des propos d'une extrême gravité, y contribue. Tous ceux qui ont des mots y compris parfois de révision de l'histoire ont une responsabilité. 

Vous savez, Éric Zemmour, m'avait beaucoup choqué. Moi à l'époque, je suis un gaulliste, patriote. La phrase qu'il avait prononcée, qu'on a presque oubliée, sur le fait que le maréchal Pétain avait sauvé des Juifs français, est une phrase qui aurait dû réveiller dans notre pays un problème, même pas un débat, mais une levée de boucliers historique parce que c'est factuellement faux. Et on a laissé passer. »

« On ne peut pas nourrir les réseaux sociaux le matin et s'en plaindre le soir »

Les réseaux sociaux abîment notre démocratie. C'est ce qu'a dit Emmanuel Macron hier. Vous êtes d'accord avec lui ?

« Je pense que la prolifération des images violentes abîme notre démocratie en effet et que les réseaux sociaux y contribuent. Enfin, rappelez-moi qui est le président de la République qui a été si fier de recevoir des Instagrammeurs ou des influenceurs à l'Élysée, de faire le pitre, pardon parce que c'était ça à l'Élysée ? C'est pas Emmanuel Macron ? 

Qui est-ce qui hier, chef du gouvernement, a fait des demandes sur Instagram pour que deux influenceuses que personne ne connaît ou presque viennent à Matignon pour traiter la question de la sortie de crise lycéenne ? C'est pas le gouvernement d'Emmanuel Macron ? Voyez, c'est ça qui est dingue, c'est qu'il peut avoir cette position et je serais prêt à la partager avec lui, mais on ne peut pas le matin nourrir les réseaux sociaux et le soir s'en plaindre. »

« Les réseaux sociaux sont des souterrains de sabotage de ce qu'est l'état de droit »

C'était ridicule hier de recevoir à Matignon des influenceurs pour parler de la crise des lycéens ?

« C'était pathétique. Pas que les influenceurs y aillent, elles ont eu raison ces deux jeunes femmes d'y aller, mais c'est pathétique qu'on découvre que le gouvernement a sollicité en DM Instagram deux influenceuses pour essayer de gagner quelques points. Enfin tout ça, ils sont perchés. Voilà, je pense que quand je vous disais tout à l'heure qu'ils étaient en slip, je pense qu'ils sont dans un état de panique tel qu'ils ne se rendent même plus compte de ce qu'ils font. Je parle du gouvernement. »

Êtes-vous favorable à l'amendement qui permettrait de bloquer les réseaux sociaux s'ils ne suppriment pas dans l'heure les contenus appelant à un attentat ou à une insurrection ?

« On a déjà des outils en réalité dans la lutte antiterroriste pour bloquer ce type de contenu. Donc je ne vois pas très bien ce que ça vient rajouter honnêtement, si ce n'est de l'affichage politique. On parle là des réseaux sociaux qui coagulent les manifestations de rue. Les réseaux sociaux sont aussi ceux sur lesquels aujourd'hui, et certaines messageries cryptées, vous pouvez acheter des armes comme vous achetez un paquet de chips au supermarché du coin. 

C'est là qu'est aussi la vraie lutte. Voilà. Et le grand danger de ces événements, c'est qu'on regarde le petit bout de la lunette et qu'on ne regarde pas le fond de l'affaire. Mais il est vrai qu'aujourd'hui, tels que sont organisés les réseaux sociaux, ils sont des souterrains de sabotage de ce qu'est l'état de droit. »

« Notre pays est en train de devenir une poudrière armée »

Vous travaillez sur la prolifération des armes facilement accessibles sur les réseaux sociaux. L'attentat de Trappes révèle aussi la facilité avec laquelle certains se procurent des armes qui circulent en banlieue.

« Vous avez tout à fait raison et c'est là aussi qu'il faut regarder le fond des sujets. L'attentat de Trappes dit beaucoup évidemment de l'attentat raciste, mais il dit aussi le quasi libre accès qu'il y a aux armes de guerre dans notre pays. 10 millions d'armes circulent illégalement dans notre pays. 10 millions. L'année dernière, les douanes ont eu une augmentation de saisie d'armes de guerre de 40 %. De 40 %. On a démantelé en Occitanie une usine de fabrication d'armes de guerre avec des imprimantes 3D. Aujourd'hui, notre pays est en train de devenir une poudrière armée. »

« Des gens honnêtes vont finir par s'armer »

Et pourquoi personne n'en parle de cela ?

« Parce que c'est tellement plus facile de s'agiter sur deux trois sujets anecdotiques, tout comme on ne parle pas aujourd'hui de l'explosion de la corruption liée au narcotrafic, y compris dans l'appareil d'État. Parce que c'est dérangeant, parce que nous, ce grand pays, imaginer qu'on soit devenu une poudrière dans laquelle il est aussi facile d'acheter une arme que, je le redis, d'acheter un paquet de chips, c'est se démontrer l'état de notre faillite. Sauf que quand on est un responsable politique, on se doit d'ouvrir les yeux, y compris sur ce qui nous brûle un peu les yeux. 

Aujourd'hui, la circulation des armes, le trafic d'armes dans notre pays, l'accessibilité des armes pour quelques centaines ou milliers d'euros, c'est un sujet gigantesque. Et ce sujet est devenu si grave qu'on n'arme plus seulement des terroristes, des islamistes, on arme aussi des petits délinquants. Avec tous les règlements de compte que l'on connaît, vous vous rendez compte qu'il ne se passe pas un mois sans qu'il n'y ait pas eu une balle perdue quelque part. 

Souvenez-vous de cette affaire à Marseille, d'un règlement de compte en pleine rue, en plein jour, et de quelques balles qui se retrouvent dans la vitrine d'un voisin. Enfin c'est absolument fou. Et le grand danger qui vient, c'est l'autodéfense dont on ne parle pas et qui pourtant est une question capitale, parce qu'à force de voir l'État en faillite sécuritaire, en plus de la circulation des armes, vous avez des gens honnêtes qui petit à petit vont finir par s'armer. C'est déjà le cas et c'est très grave. »

LFI : « Les prémisses de ce qu'est une méthode fasciste »

Que vous inspirent les appels de LFI à boycotter les médias et les attaques contre des journalistes ? Si vous étiez patron de chaîne, que diriez-vous ?

« D'abord, c'est le fascisme. Ça commence par ça. Voilà. Et donc, Monsieur Mélenchon cible des journalistes, ses amis et ses sbires le font et ça finit par des prises à partie physiques dans les manifestations. C'est la suite absolument logique. Et donc ce sont effectivement les prémisses de ce qu'est une méthode fasciste au sens premier du terme. Nous avons tous un devoir de combattre les idées que l'on n'apprécie pas, il y en a que je n'apprécie pas y compris dans certains médias, mais de permettre aux médias d'exister, de vivre et de faire leur travail. 

On se serait dit il y a 10 ans que le métier de journaliste deviendrait un métier dangereux ici en France, je ne parle pas sur les théâtres de guerre, vous m'auriez dit : 'Non, vous exagérez Monsieur le député, ça n'arrivera pas.' Et c'est pourtant ce qui est en train d'arriver. La lente accoutumance au pire, c'est ce qui fait qu'un pays s'effondre sans s'en rendre compte. Notre devoir, c'est de lutter. »

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