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Éolien en mer : pourquoi le méga-projet français Ao10 suscite la controverse

Par Estelle Solari

Avec une capacité prévue de 10 gigawatts, le projet éolien offshore Ao10 devrait devenir le plus grand de France. Mais son coût, son calendrier et son impact environnemental suscitent de fortes critiques. Un rapport européen sur l'offshore, publié ce lundi 16 octobre 2026 pointe les dysfonctionnements de cette proposition.

L'Ao10, plus grand projet éolien offshore français est décrié dans un rapport européen.
L'Ao10, plus grand projet éolien offshore français est décrié dans un rapport européen. Pixabay

La France a lancé en juin 2026 l'Ao10, le plus grand projet éolien offshore de son histoire. Mais un rapport publié ce 26 octobre dénonce l’impact environnemental et le coût insensé de ces installations. Avec 10 gigawatts de puissance, cette dernière proposition produirait plus que l’ensemble des 9 appels d'offres précédents. Une fois ces parcs construits et connectés au réseau, la production devrait alimenter plusieurs millions de foyers français en électricité propre.

Un parc éolien partout en France

Concrètement, les installations éoliennes ne seront pas concentrées dans une seule région, mais sur l'ensemble du littoral métropolitain, en Manche, dans l'Atlantique et en Méditerranée. La France parie sur deux technologies : des éoliennes posées, fixées au fond de l'eau, près des côtes, et des éoliennes flottantes, plus au large, dans les eaux profondes où les vents sont plus forts. Et surtout, là où l'impact visuel reste moindre.

La promesse de milliers d'emplois

Plus qu’un défi climatique, ce projet est un enjeu industriel et d'emploi considérable et c’est d’ailleurs l’un des arguments centraux du gouvernement : construire et maintenir des infrastructures de cette ampleur requiert des milliers d'emplois locaux. La France y voit également l'occasion de rattraper son retard sur ses voisins britanniques, allemands ou encore danois.

Un projet sous le feu des critiques

Mais tout le monde n'applaudit pas : les marins-pêcheurs et défenseurs de la biodiversité marine sont vent debout face au projet. Pourquoi ? Parce que multiplier les parcs en mer, revient à modifier des zones de pêche. Ces grandes infrastructures ont des répercussions encore trop peu connues sur les écosystèmes marins.

Un constat visible dans le rapport de la coalition européenne OCEaN (Offshore Coalition for Energy and Nature), sur la planification de l’éolien offshore et des réseaux électriques en mer Baltique et dans les mers du Nord.

"Il y a mieux et moins cher"

Et puis, Erwan Seznec, rédacteur en chef adjoint du service Société du Point et auteur de l’enquête, constate au micro de Sud Radio « qu’il y a mieux, et moins cher. » S’il reconnaît que tous les grands projets industriels ont un impact sur l'environnement, « la vraie difficulté de cet appel d'offre numéro 10, c’est qu’on se rend compte que ça va produire une électricité extrêmement chère, beaucoup plus que le prix du marché et on en a pas besoin. L’année dernière, la France a exporté « assez d'électricité pour toute la Belgique, par exemple, et il en restait même un petit peu pour le Luxembourg. »

Un projet "voué à être subventionné" à vie

Pour autant, les centrales nucléaires tricolores ne seront pas remplacées par les éoliennes offshore : l’énergie du vent dépend… du vent et il n’y en a pas partout ni tout le temps ! Alors comment concilier objectifs environnementaux et approvisionnement énergétique ?

L’équation semble difficilement résolvable puisque « les grands projets d'éolien en mer prennent 10 ans à être conçus. L’Ao10 est probablement voué à être subventionné ad vitam aeternam. Et puis, en terme de climat, ça n'a aucun impact, puisque sans vent, il faut remettre en marche des centrales au gaz. »

Des "tours Eiffel" installées sur des bateaux

La France a annoncé à la Commission européenne, une subvention maximale et sous conditions, de 63 milliards d’euros sur une vingtaine d’année pour soutenir ce programme. Un choix plus politique que vert. Il ne convainc pas et inquiète même.« Il s'agit de poser des ‘tours Eiffel’, ces éoliennes de 300 mètres, sur des péniches géantes. »

L’éolien flottant est un concept inédit, jamais expérimenté, alors Erwan et ses confrères lancent un appel d'offre sur des prototypes. Le but ? Tester la résistance, l’efficacité et jauger la nuisance sonore et visuelle des éoliennes marines. « C'est un vrai saut dans l'inconnu, à tel point qu'on n'a pas les navires pour installer ces éoliennes géantes. »

Sans candidat, l'appel d'offre est "voué à l'échec"

Et puis les zones d’ombre de la proposition interrogent. « Les réponses à l'appel d'offre en question sont censées avoir été enregistrées il y a une dizaine de jours. » Mais pour l’heure, il n’y a aucun candidat pour l’éolien flottant, « même avec les conditions très généreuses que l'État offre : l’appel d’offre est peut-être voué à l’échec. »

Ces 10 milliards d'investissements devraient lancer le parc, mais le coût de fonctionnement à l'année, encore flou, se chiffrera en milliards d'euros. Et le spécialiste l’assure, « nous paierons, vous comme moi, et les industriels paieront. L’éolien en mer consiste à dépenser beaucoup d'argent pour avoir une électricité plus chère et un réseau plus instable. Réveillez-vous, on va tous payer pour ça. »

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