Le passage au tout électrique dans les auto-écoles est-il pour bientôt ? L’idée n’a rien d’une fausse information, mais elle reste conditionnée à un accompagnement de l’État. « C’est un engagement qu’on serait susceptible de prendre avec le ministère de la Transition écologique, à condition qu’on nous accompagne », explique Lorenzo Lefebvre, président Éducation routière de Mobilians, organisation professionnelle des entreprises de la mobilité.
« On a aujourd’hui des voitures électriques qui nous permettent, par rapport à leur autonomie, de passer une journée complète avec un enseignant de la conduite », explique t-il. Un moniteur parcourt en effet entre 200 et 280 kilomètres par jour. Une distance qui, selon Lorenzo Lefebvre, reste compatible avec les capacités des véhicules électriques disponibles sur le marché.
La boîte automatique gagne du terrain
Au-delà de la transition énergétique, Mobilians souhaite faire évoluer les modalités d’apprentissage de la conduite. Dans son livre blanc destiné aux candidats à l’élection présidentielle, l’organisation défend l’idée que tous les permis soient passés en boîte automatique à l’horizon 2031. Cette proposition repose notamment sur l’évolution du marché automobile et des habitudes des conducteurs. « Aujourd’hui, 80 % des véhicules qui sont vendus sont en boîte automatique », souligne Lorenzo Lefebvre.
La demande des élèves suit cette tendance. À Rouen, où il dirige quatre bureaux d’auto-école, le professionnel constate une progression importante des inscriptions en boîte automatique. « Il y a à peu près trois ans, 10 à 12 % des personnes passaient le permis en boîte automatique. Aujourd’hui, on est à 22 %. »
Un accompagnement financier nécessaire mais inexistant pour « les véhicules de catégorie B »
Pour Mobilians, le principal obstacle ne réside pas dans l’autonomie des véhicules, mais dans les conditions économiques du passage à l’électrique. Les professionnels bénéficient déjà de certains dispositifs d’aide pour les véhicules lourds, notamment les certificats d’économies d’énergie (CEE). En revanche, Lorenzo Lefebvre déplore : « pour l’instant, pour les véhicules de catégorie B, on n’a aucun accompagnement ».
Le coût d’acquisition des voitures électriques constitue également un frein. Même si leur utilisation permet de réduire les dépenses liées au carburant, l’investissement initial reste plus élevé que pour de nombreux modèles thermiques. « Aujourd’hui, il n’y a pas un gain énorme à passer à l’électrique, si ce n’est le gain écologique », résume-t-il. Les auto-écoles doivent aussi faire face à la hausse des prix des carburants, qui pèse sur leurs dépenses quotidiennes.
Vers un permis plus cher ?
La généralisation de la boîte automatique présente néanmoins un autre avantage : la durée minimale de formation est plus courte. Aujourd’hui, il faut au minimum 13 heures de conduite pour préparer le permis en boîte automatique, contre 20 heures en boîte manuelle.
L’écart de sept heures peut toutefois être trompeur. Un candidat qui souhaite ensuite conduire une voiture équipée d’une boîte manuelle doit suivre une formation complémentaire de sept heures, au terme de laquelle une attestation lui permet de conduire ce type de véhicule. Pour Lorenzo Lefebvre, cette étape supplémentaire ne signifie pas nécessairement que la formule sera plus coûteuse dans son ensemble. « Vous allez en faire moins en électrique, donc à la fin du compte, ça reviendra au même », avance-t-il.