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Attaque meurtrière de Trappes : « Un acte très préparé », selon Laurent Mazaury, député des Yvelines

Par Jean-François Achilli

INTERVIEW SUD RADIO - Au lendemain de la tuerie qui a frappé Trappes, La Verrière et les environs, dans les Yvelines, Laurent Mazaury, député UDI de la 11e circonscription des Yvelines et vice-président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, exprime son émotion face à cette tragédie

Hannah McKay - POOL/AFP

Quel est votre sentiment après cette tragédie qui a frappé votre territoire ?

Laurent Mazaury : Vous faites bien de parler d’un élu de terrain. J’habite à Élancourt, une ville voisine de Trappes, depuis plus de quarante ans. C’est chez nous.

Mes pensées vont à la victime qui a perdu la vie, aux blessés et à leurs familles. Je pense notamment à cette petite fille de 12 ans qui lutte encore pour sa vie après avoir reçu huit impacts de balles. C’est absolument atroce. Des vies ont été brisées.

J’étais à la mairie de Trappes hier après-midi, puis à nouveau hier soir, aux côtés du président de la République. J’ai échangé avec des proches et des habitants qui ont réussi à sauver leurs enfants. Une mère m’a notamment raconté comment elle avait réussi à se réfugier dans un local municipal après que des balles eurent été tirées sur sa voiture.

Ce sont des scènes d’apocalypse. Nous sommes face à un individu qui semble s’être radicalisé à l’extrême, et je considère qu’il s’agit très clairement d’un acte raciste. Il a suivi un parcours sanglant, de Trappes à La Verrière puis à Coignières, en tirant sur des personnes qu’il semblait considérer comme ne correspondant pas à sa vision de la France.

C’est abominable et insupportable. Cette tragédie nous appelle à refaire nation et à lutter contre celles et ceux qui cherchent à diviser notre pays.

« La question est de savoir s’il s’est préparé seul »

Vous décrivez un acte raciste commis par un homme qui semblait particulièrement préparé. Quels éléments avez-vous pu recueillir ?

D’après les éléments dont j’ai pu discuter avec le procureur et les autorités présentes, l’individu semblait effectivement très préparé.

Il aurait notamment récupéré une mitraillette Sten, une arme britannique datant de la Seconde Guerre mondiale, utilisée notamment par les résistants et les commandos britanniques. Cette arme aurait ensuite été remilitarisée pour pouvoir être utilisée comme une arme létale.

Cela pose aussi la question de l’accès aux informations sur Internet permettant de transformer ou de remettre en état de fonctionnement certaines armes.

Il y a également la manière dont il aurait piégé son appartement à Plaisir, avec des bonbonnes de gaz et des dispositifs dangereux. Les services de déminage ont dû intervenir pendant plusieurs heures avant que les enquêteurs puissent procéder à la perquisition en toute sécurité.

Tout cela laisse penser qu’il s’était préparé. La question est désormais de savoir s’il a agi seul. C’est l’hypothèse envisagée, mais les enquêteurs analysent notamment les éléments téléphoniques pour déterminer s’il a pu bénéficier de complicités ou être en lien avec des groupuscules.

C’est un travail en cours. Un proche était également placé en garde à vue au moment de notre échange. Il appartient désormais à la justice d'établir précisément les responsabilités et les éventuelles ramifications de cette affaire.

« Les réseaux sociaux ne peuvent pas être des territoires d’impunité »

Craignez-vous que ce type de violence se multiplie dans les mois et les années à venir ?

Oui, car nous sommes malheureusement sur un terreau fertile. Certains médias peuvent contribuer à cette dynamique, mais je pense surtout aux réseaux sociaux et à la manière dont leurs algorithmes fonctionnent.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux ne peuvent pas être des territoires d’impunité. On y trouve des appels à la haine, à la violence et, parfois, au meurtre. Ces contenus doivent être signalés, retirés lorsqu’ils sont illégaux et leurs auteurs doivent pouvoir être poursuivis.

Les plateformes doivent répondre de leurs pratiques. Lorsqu’elles amplifient certains contenus grâce à leurs algorithmes pour capter davantage l’attention, augmenter leur audience et vendre davantage de publicité, cela pose un véritable problème.

Je pense aussi à l’anonymat. Nous sommes tous attachés aux libertés individuelles, mais la liberté de chacun doit s’arrêter là où commence celle des autres. Un pseudonyme ne doit jamais permettre de menacer, de harceler ou d’appeler au meurtre en toute impunité.

Je demande donc que les auteurs de tels propos puissent être identifiés par la justice, dans le respect du cadre légal, et que les plateformes coopèrent beaucoup plus rapidement avec les enquêteurs.

La liberté d’expression ne donne aucun droit à l’impunité, surtout lorsque les conséquences se font sentir jusque dans nos villes et dans la vie quotidienne de nos concitoyens.

Les plateformes numériques ne jouent-elles pas suffisamment le jeu, malgré l’évolution de la législation ?

C’est bien évident. Nous nous heurtons à des murs. Derrière leur volonté affichée de défendre la liberté d’expression, certaines plateformes protègent aussi leurs intérêts financiers.

Leur modèle économique repose notamment sur l’attention des utilisateurs. Or, des contenus polémiques ou haineux peuvent contribuer à attirer cette attention et à générer des revenus publicitaires.

Il faut donc que les plateformes assument davantage leurs responsabilités et répondent plus rapidement aux demandes des enquêteurs lorsqu’elles sont formulées dans le cadre de la loi.

Il faut trouver un équilibre entre la protection des libertés individuelles et la nécessité de prévenir les menaces, les appels à la violence et les passages à l’acte.

« Il faut réapprendre aux gens à vivre ensemble »

Au-delà des réseaux sociaux, quel rôle l’éducation doit-elle jouer dans la prévention de ces violences ?

L’éducation est fondamentale. Je pense d’abord au rôle des parents, mais aussi, et surtout, à celui de l’Éducation nationale.

Nous devons revenir à un enseignement plus efficace de la philosophie, du civisme et de ce qui nous permet de faire nation.

Lorsque nous parlons de fraternité, ce n’est pas simplement un mot que l’on inscrit dans notre devise républicaine. Il faut réapprendre à vivre ensemble, à se respecter et à ne pas désigner celui qui est différent de soi comme responsable de ses propres difficultés.

Notre histoire nous rappelle également combien la dénonciation de ses voisins ou de ses proches peut conduire à des actes terribles. Nous devons rester vigilants face aux mécanismes qui poussent à désigner des boucs émissaires.

Certains partis politiques prospèrent sur ces divisions. C’est insupportable.

Nous devons retrouver une véritable culture du respect, de la fraternité et de la responsabilité collective. C’est aussi par l’éducation que nous pourrons lutter durablement contre la haine et la radicalisation.

« La haine se nourrit aussi de mots répétés et de stigmatisations banalisées »

Emmanuel Macron a évoqué un tournant après cette tragédie, estimant qu’il s’agissait d’un acte terroriste planifié. Est-ce, selon vous, une première en France ?

Non. Il y a déjà eu d’autres crimes racistes dans notre pays. On peut notamment remonter à l’attentat de la rue des Rosiers, en 1982.

Je pense que le président de la République a peut-être commis une maladresse en parlant de tournant. Peut-être voulait-il marquer une rupture et annoncer que les choses allaient changer. Mais l’histoire de notre pays montre que nous avons déjà connu des crimes de cette nature.

La haine ne surgit pas de nulle part. Elle se nourrit aussi de mots répétés, de stigmatisations banalisées et d’appels à la violence diffusés en toute impunité.

Hier, le président a voulu faire passer un message : celui de la fin de l’impunité. J’espère simplement que cette volonté se traduira concrètement dans les faits.

Vous attendez donc des actes, au-delà des déclarations politiques ?

Absolument. J’attends que les plateformes, mais aussi les responsables politiques de tous bords, prennent leurs responsabilités face à ce qu’ils diffusent, amplifient ou encouragent.

Je parle en tant qu’élu de terrain, attaché au dialogue et au dépassement des clivages. Je ne peux pas accepter que certains entretiennent les divisions pour faire prospérer leur boutique politique.

À l’Assemblée nationale, j’assiste parfois à des discours et à des débats qui n’ont pas leur place dans une institution héritée de notre histoire républicaine et des Lumières.

Ce n’est pas possible. Nous devons retrouver un débat politique digne, respectueux et responsable. La démocratie suppose la confrontation des idées, mais elle ne doit jamais devenir un prétexte pour alimenter la haine ou banaliser la violence.

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