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Quand l'IA casse des emplois : 2.400 postes menacés chez Capgemini

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Le groupe français de services informatiques Capgemini a annoncé, le 20 janvier 2026, un vaste projet de réorganisation de ses effectifs en France pouvant conduire à la suppression de jusqu’à 2.400 emplois sur le territoire national.

Capgemini : 2.400 emplois menacés par la transformation technologique

Cette restructuration concerne environ 7% des 35.000 salariés que l’entreprise emploie dans l’Hexagone, dans un contexte où l’activité économique est jugée moins dynamique et les mutations technologiques, notamment liées à l’intelligence artificielle, de plus en plus rapides.

"L'IA est un outil qui s'est démocratisé et s'est installé absolument partout"

Selon Capgemini, ce plan vise à répondre à une combinaison de facteurs : un ralentissement de la demande client, notamment dans des secteurs industriels comme l’automobile, et la nécessité d’adapter les compétences de l’entreprise aux défis liés à l’intelligence artificielle, au cloud et à la data. Dans son communiqué, la direction assure que cette transformation permettra au groupe de rester compétitif face aux évolutions technologiques et aux attentes des clients. "Le cas Capgemini, ce n'est pas uniquement à cause de l'IA. C'est aussi parce que les résultats en France et en Europe ne sont pas terribles, il faut être honnêtes", commente Benoît Serre, co-président du cercle Humania, spécialiste des ressources humaines au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Toujours est-il que c'est l'impact supposé de l'IA que le citoyen lambda retient comme unique facteur derrière ce plan social. "Cette révolution a une caractéristique par rapport aux autres révolutions technologiques : c'est sa vitesse. Vous avez des techniques aujourd'hui qui n'existaient pas il y a trois mois. C'est vrai que cela crée beaucoup d'instabilité dans les organisations. Deuxième élément : c'est un outil qui s'est démocratisé et s'est installé absolument partout. Dans les années 1980, les robots étaient l'apanage des entreprises - aujourd'hui, n'importe quel individu avec son téléphone peut accéder à l'IA", explique Benoît Serre.

Capgemini offrira à ses salariés des opportunités pour se reconvertir

Contrairement à une suppression d’emplois contrainte, Capgemini affirme que ce plan devrait se faire sur la base du volontariat. Les salariés concernés auront la possibilité de se reconvertir vers des métiers jugés porteurs au sein de l’entreprise, en lien avec les nouvelles technologies, ou d’opter pour une rupture conventionnelle collective, dispositif qui permet des départs négociés avec compensation. Un dialogue social doit s’engager avec les organisations syndicales pour définir les modalités exactes et les mesures d’accompagnement.

"À la fin de l'histoire, probablement, comme toutes les révolutions technologiques, ça créera plus d'emplois que ça n'en aura détruit. Le problème, c'est qu'on n'est pas dans la fin de l'histoire mais dans une fin intermédiaire. Dans la phase intermédiaire, c'est très inégal, ça supprime des emplois. Donc, pour les entreprises, c'est un enjeu d'organisation, ce qu'on appelle dans le jargon RH 'la réallocation des ressources'", estime Benoît Serre au micro de Sud Radio.

Dans certaines villes comme Toulouse, où l’entreprise emploie des milliers de personnes, les syndicats attendent encore des précisions sur l’impact local de ce plan et précisent qu’un calendrier de consultations est prévu fin janvier 2026. Les réactions syndicales sont partagées. Si certains représentants saluent l’effort de ne pas recourir à des licenciements secs, d’autres dénoncent une pression sur les salariés pour quitter l’entreprise et estiment que la transformation technologique ne doit pas se faire au détriment de la sécurité d’emploi.

Les suppressions d’emplois à cause de l’intelligence artificielle : un phénomène plus large

L’annonce de Capgemini s’inscrit dans une tendance plus générale observée dans plusieurs secteurs économiques. L’intelligence artificielle (IA) transforme profondément les activités, automatisant des tâches auparavant réalisées par des humains, modifiant la structure des emplois et la demande de compétences. Dans les services informatiques, la montée en puissance des outils d’IA générative, de l’automatisation des processus et des plateformes basées sur les données change la manière dont les projets sont réalisés. Cela peut conduire à une réduction des besoins dans certains métiers traditionnels tout en créant des opportunités dans d’autres.

De grandes entreprises internationales ont déjà annoncé des réductions d’effectifs liées directement ou indirectement à l’adoption de technologies d’automatisation. Par exemple, des annonces similaires ont été faites par d’autres acteurs du monde de la tech, qui justifient une partie de leurs plans sociaux par une transformation numérique accélérée.

"Vous n'avez pas des métiers qui disparaissent mais vous avez certaines tâches à l'intérieur d'un même métier qui changent", analyse Benoît Serre. Les jeunes diplômés en particulier ont des soucis à se faire : "L'IA détruit les premiers emplois, les emplois d'acquisition des compétences". En définitive, "l'IA va modifier le rôle de l'humain. La bonne question n'est pas de savoir ce que l'IA va faire en entreprise. C'est ce que nous voulons que les gens fassent. Et ensuite, on déduira ce que l'IA peut faire à leur place", conclut Benoît Serre.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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