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Vincent Jeanbrun : "Nous voulons faire adopter le projet de loi logement avant 2027"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Canicule, bouilloires thermiques, crise du logement : Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

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Vincent Jeanbrun, interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 26 juin 2026, dans “L’invité politique”.

Canicule, réchauffement climatique, adaptation des bâtiments, diagnostic de performance énergétique, passoires thermiques, rénovation urbaine, encadrement des loyers et projet de loi logement. Au micro de Sud Radio, Vincent Jeanbrun a répondu aux questions de Maxime Lledo.

Canicule : "La mobilisation générale a été au rendez-vous"

Maxime Lledo pour Sud Radio : Face aux tensions dans les hôpitaux, les écoles, les transports et les services d’urgence, les pouvoirs publics ont-ils été à la hauteur de cette vague de chaleur ?
Vincent Jeanbrun : “Cette situation montre la nécessité de prendre très au sérieux ce qui est en train de nous arriver. Au début de la vague de chaleur, certains expliquaient qu’il ne s’agissait que d’un petit coup de chaud, mais nous avons vécu quelque chose de véritablement extraordinaire qui a nécessité une mobilisation générale. Je remercie les fonctionnaires, les soignants et tous ceux qui se sont mobilisés dès que chacun a pris la mesure de l’événement. J’ai le sentiment que cette mobilisation générale a été au rendez-vous, même si les conséquences de la crise vont continuer à se faire sentir.”

Les services publics risquent-ils de rester sous tension malgré la baisse attendue des températures ?
“Même si les températures redescendent, cette crise continuera malheureusement à produire des conséquences. Je pense notamment aux agriculteurs, qui prennent cette vague de chaleur de plein fouet et doivent affronter une difficulté supplémentaire. Les soignants, les agents publics et les services de secours risquent également de devoir rester extrêmement mobilisés. La fin du pic de chaleur ne signifie donc pas la fin de la vigilance.”

La canicule représente-t-elle également une urgence pour les personnes sans domicile ?
“L’été peut parfois être plus difficile à supporter que l’hiver pour les personnes qui vivent dans la rue. Dans le secteur de l’hébergement d’urgence, toutes les structures, les associations et les bénévoles se sont mobilisés pour être au rendez-vous. Cela montre que nous sommes capables de gérer l’urgence lorsqu’elle se présente. Mais cette capacité de réaction doit désormais s’accompagner d’une accélération des mesures de transition.”

"Il n’y a pas si longtemps, l’extrême droite affichait son climatoscepticisme"

Une partie de la classe politique française n’a-t-elle toujours pas pris conscience de la réalité du réchauffement climatique ?
“Il n’y a pas si longtemps, dans l’hémicycle, certains affichaient ouvertement leur climatoscepticisme, notamment à l’extrême droite. Lors des questions au gouvernement, on entendait encore des ricanements dès que les mots changement climatique étaient prononcés. Cela montre qu’un travail de pédagogie reste nécessaire. Mais l’essentiel est que les Français prennent toute la mesure de la réalité scientifique à laquelle nous sommes confrontés.”

Comment parler du changement climatique sans tomber dans le catastrophisme ?
“Les scientifiques ne nous annoncent pas des catastrophes imaginaires, mais décrivent une réalité qu’il faut prendre en compte. Il faut le faire sans catastrophisme, en reconnaissant que des phénomènes que nous n’avons pas connus vont se produire. Puisqu’ils sont documentés scientifiquement, nous pouvons les anticiper. Et puisque nous pouvons les anticiper, nous devons prendre des mesures pour nous y adapter.”

Les critiques contre les normes environnementales vous paraissent-elles contradictoires avec les alertes sur le manque d’anticipation ?
“Les mêmes climatosceptiques qui minimisent le changement climatique nous attaquent matin, midi et soir sur les normes environnementales. Ils expliquent que la protection de l’environnement serait inutile et qu’ils supprimeraient ces règles s’ils arrivaient au pouvoir. Pourtant, les bâtiments neufs ou rénovés selon de bonnes normes protègent mieux leurs occupants. On ne peut pas reprocher aux pouvoirs publics de ne pas anticiper tout en demandant la suppression des outils d’anticipation.”

Les normes imposées au secteur du bâtiment doivent-elles néanmoins être stabilisées ?
“Les entreprises ne me disent pas qu’elles ne veulent plus de normes, elles me demandent de ne pas les changer tous les matins. Il ne faut pas mettre les entrepreneurs en difficulté avec des évolutions permanentes et imprévisibles. En revanche, lorsque les règles sont stables et que l’objectif est clairement défini, elles peuvent accompagner une transformation vertueuse. La réglementation environnementale 2020, dite RE2020, participe déjà à cette adaptation des bâtiments, même si tout n’est pas parfait.”

"Sur le DPE, vous avez une analyse sur le confort d’hiver et sur le confort d’été"

Le diagnostic de performance énergétique prend-il suffisamment en compte les logements qui deviennent des bouilloires thermiques pendant l’été ?
“Le diagnostic de performance énergétique, ou DPE, comporte déjà une analyse du confort d’hiver et du confort d’été. Mais je confirme que les modèles doivent mieux prendre en compte la protection contre le rayonnement solaire, la présence de volets et la capacité du bâtiment à rester frais. Je vais travailler sur ces questions avec mes équipes et avec les autres membres du gouvernement. Cette évolution aurait également une vertu pédagogique pour les occupants.”

Comment expliquer qu’un logement très bien classé puisse malgré tout devenir difficilement supportable en période de canicule ?
“Un logement classé A, s’il a été bien pensé, doit normalement disposer de systèmes permettant de mieux gérer la température, notamment grâce à une ventilation adaptée. Une très bonne isolation permet de conserver plus longtemps la fraîcheur produite à l’intérieur. Mais elle peut également conserver la chaleur si celle-ci est entrée dans le logement. Ouvrir les fenêtres au mauvais moment pendant la canicule peut ainsi faire entrer un air chaud qui restera ensuite piégé.”

Faut-il créer deux notes distinctes pour distinguer le comportement d’un logement en hiver et en été ?
“Il faut aller vers deux indications très claires, l’une portant sur le rapport au froid et l’autre sur le rapport au chaud. Nous devons être capables de proposer rapidement des outils beaucoup plus lisibles et pédagogiques. Des indicateurs existent déjà, mais ils doivent être mieux compris et davantage mis en valeur. Les pratiques des occupants doivent également être prises en compte, car elles jouent un rôle dans la capacité d’un logement à conserver sa fraîcheur.”

La multiplication des épisodes de canicule impose-t-elle de revoir profondément la conception des bâtiments ?
“Nous devons construire des logements moins émetteurs de carbone, mais également plus résilients face aux changements de température. Les normes environnementales ont précisément pour objectif d’améliorer cette performance et cette capacité d’adaptation. Les bâtiments rénovés ou construits récemment selon de bonnes règles offrent généralement une meilleure protection. La transition du secteur ne consiste donc pas seulement à réduire les émissions, mais aussi à améliorer concrètement le confort des habitants.”

"700.000 passoires énergétiques vont pouvoir être louées : c’est gagnant-gagnant-gagnant"

Votre projet de loi permettra de louer temporairement des logements classés F ou G. Cette annonce ne tombe-t-elle pas particulièrement mal en pleine canicule ?
“Je crois au contraire que cette mesure tombe parfaitement, car les Français rencontrent déjà de très grandes difficultés pour se loger. Nous voulons éviter que 700.000 logements sortent du parc locatif, tout en garantissant que les travaux de rénovation seront réellement réalisés. Ces logements ne sont pas invivables douze mois sur douze, mais il est hors de question de les laisser durablement dans leur état actuel. Notre proposition cherche donc à répondre simultanément à l’urgence du logement et à l’urgence de la rénovation.”

En quoi cette mesure serait-elle favorable aux propriétaires comme aux locataires ?
“C’est un dispositif gagnant-gagnant-gagnant. Le propriétaire continue à percevoir un loyer qu’il peut mobiliser pour rembourser les travaux, tandis que le locataire dispose d’un toit et sait que son logement va être amélioré. C’est également favorable aux entreprises chargées de réaliser les rénovations. Retirer 700 000 logements du marché concernerait potentiellement des millions de Français lorsque l’on tient compte de tous leurs occupants.”

Comment garantir que les travaux promis seront effectivement réalisés ?
“L’engagement sera formalisé par un contrat et les délais seront clairement définis. Le propriétaire devra réaliser les travaux dans un délai de trois ans, ou de cinq ans lorsqu’il s’agit d’une maison individuelle. Le but n’est pas de maintenir indéfiniment des passoires thermiques dans le parc locatif. Le contrat permet précisément de s’assurer que le logement sera rénové tout en évitant une diminution brutale de l’offre disponible.”

Que répondez-vous aux associations qui dénoncent une mesure cynique pour les locataires modestes ?
“Le dogmatisme et les leçons de morale ne mettent personne à l’abri. La priorité absolue reste d’avoir un toit, car il est plus facile de trouver des solutions pour rafraîchir un logement lorsque l’on dispose déjà d’un refuge. Cela ne signifie pas qu’il faut accepter de laisser ce logement classé F ou G. La réponse pragmatique consiste à maintenir le bien sur le marché tout en imposant sa rénovation dans un délai contractuel.”

La situation des finances publiques permet-elle encore de financer une rénovation énergétique de grande ampleur ?
“Le ministre du Logement ne construit pas lui-même les logements, son rôle est de faciliter le travail de toute l’équipe de France du logement. Celle-ci rassemble les acteurs qui construisent, vendent, financent et rénovent les logements privés ou sociaux. Nous devons mobiliser l’investissement privé, la défiscalisation, MaPrimeRénov’ et les certificats d’économies d’énergie, financés par les entreprises concernées. L’État connaît une situation financière critique, mais cela n’empêche pas de bâtir des partenariats avec les entreprises, les bailleurs sociaux, la Caisse des dépôts et Action Logement.”

Projet de loi logement : "Nous voulons une adoption avant 2027"

Pourquoi l’examen du projet de loi logement doit-il commencer dès le mois de juillet au Sénat ?
“Le calendrier est très important, car le texte doit être examiné par le Sénat et par l’Assemblée nationale avant la fin de l’année. Les décrets devront également être pris afin que tous les nouveaux outils puissent entrer en vigueur au début de l’année 2027. Au-delà de la canicule, les Français n’arrivent plus à se loger correctement. Il y a donc une urgence à relancer la construction et la rénovation du logement en France.”

Quel est l’impact concret de la crise du logement sur la vie quotidienne ?
“Les Français ont perdu l’équivalent de 25 mètres carrés de pouvoir d’achat immobilier en dix ans. Des étudiants renoncent à poursuivre leurs études parce qu’ils ne trouvent pas de studio, tandis que de jeunes actifs dorment dans leur voiture faute de logement accessible. Certaines familles renoncent même à avoir un enfant parce qu’elles ne disposent pas d’une pièce supplémentaire. Nous ne parlons pas uniquement de bâtiments, mais des personnes qui vivent à l’intérieur.”

Comment financer la rénovation urbaine alors que l’État doit réduire ses dépenses ?
“Le financement doit être partenarial. Pour la rénovation urbaine des quartiers, nous parlons d’un programme de cinq milliards d’euros auquel participent Action Logement, les bailleurs sociaux, la Caisse des dépôts et l’État. Dans cet exemple, la contribution directe de l’État représente environ 10 % de l’ensemble. Cela montre que nous pouvons aller chercher plusieurs sources de financement pour mener les transformations nécessaires.”

La France est-elle confrontée à un véritable mur thermique pour ses écoles et ses bâtiments publics ?
“Lorsque vous avez plusieurs groupes scolaires dans un état préoccupant, vous mesurez immédiatement l’ampleur du mur d’investissement. La rénovation d’un seul groupe scolaire peut représenter des dizaines de millions d’euros et, lorsque le premier chantier est terminé, il en reste parfois sept autres. La transition du parc immobilier se planifie donc sur dix, quinze ou vingt ans. Le meilleur moment pour agir était il y a trente ans, mais l’autre meilleur moment est maintenant.”

Le plafonnement des loyers doit-il être généralisé pour répondre aux difficultés des locataires ?
“J’ai commandé un rapport sur l’expérimentation du plafonnement des loyers et ses résultats ne sont objectivement pas très satisfaisants. À la lecture de ce rapport, je suis philosophiquement plutôt opposé à sa généralisation. J’ai néanmoins engagé une concertation avec les villes qui souhaitent poursuivre l’expérimentation afin d’améliorer le dispositif. Une collectivité peut vouloir prolonger localement ce pilotage sans que la mesure soit appliquée partout en France.”

Peut-on encore plaisanter sur la canicule et sur les habitants qui vivent sous les toits ?
“On a le droit de faire des blagues dans notre pays, mais on a également le droit de ne pas les apprécier. Dans la période que nous traversons, certaines plaisanteries peuvent être particulièrement mal reçues par ceux qui souffrent directement de la chaleur. Chacun reste libre de faire de l’humour, mais chacun doit aussi mesurer le contexte. En l’occurrence, je ne pense pas que cette plaisanterie était la meilleure à faire.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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