"La France est le pays qui, par rapport aux salaires, taxe le plus la mobilité sur la fiscalité des carburants." Au micro de Sud Radio, Pierre Chasseray a répondu aux questions de Jacques Cardoze.
Carburant : "En 2026, la fiscalité a été augmentée de 15 centimes par litre"
Jacques Cardoze : Les prix de l'essence sont exorbitants cet été. Le prix du baril de Brent n'est pourtant pas si élevé. 80 dollars, c'est le niveau d'octobre 2018. Vous vous souvenez, à ce moment-là, le prix de votre essence était 50 centimes moins cher. Alors, on va essayer de comprendre ce décalage. On est avec Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes et que l'on connaît bien évidemment sur Sud Radio. C'est vrai que c'est complexe à chaque fois, il faut essayer de décrypter. Mais d'abord un constat : on n'est pas encore au niveau record, mais on n'est quand même pas loin. C'est un été douloureux, on peut le dire.
Pierre Chasseray : "Bon, vous le savez, je n'aime pas la langue de bois, donc on va aller tout de suite à l'essentiel. Bien sûr qu'il y a un effet de contexte international, avec une crise qui touche notamment le détroit d'Ormuz. Mais soyons très clairs : ce qui fait la différence entre les prix d'il y a 5 ans, d'il y a 10 ans, d'il y a 15 ans et aujourd'hui, la seule responsabilité est imputable à l'État, qui a décidé d'alourdir la fiscalité."
"J'en veux pour preuve qu'en 2026 — il faut arrêter de prendre les Français pour des imbéciles et oublier de le dire — la fiscalité a été augmentée, accrochez-vous, de 15 centimes par litre à travers des certificats d'économie d'énergie. Voilà ce que les Français paient en plus sur leur facture depuis 2026 : 15 centimes d'augmentation par litre. C'est un braquage, c'est un hold-up, c'est du vol."
Jacques Cardoze : C'est une mascarade ? En fait, on nous fait croire que c'est le détroit d'Ormuz, que c'est la faute de Trump, que c'est la faute de l'Iran, que le baril de Brent, que tout est complexe, qu'on a du mal à reporter les prix. Vous, vous êtes cash et vous nous dites très clairement que ce qui s'est passé ces 5 dernières années, c'est qu'on a alourdi la taxation. Pour vous, c'est sans appel ?
Pierre Chasseray : "Mais bien sûr, c'est sans appel. Et d'ailleurs, vous venez de le rappeler, regardez le prix du Brent aujourd'hui. Attention, le prix du Brent, il faut encore derrière passer par l'étape où on va le transformer. Mais quand on regarde le prix du baril, il n'y a rien de délirant."
"D'ailleurs, j'en veux pour preuve que si on enlevait toute la part de fiscalité aujourd'hui et qu'on y imposait une seule, la même que sur les paquets de pâtes, la même que partout, c'est-à-dire une TVA à 20 %, arrêtons-nous à cela, n'ajoutons pas les autres taxes, le prix du litre d'essence serait inférieur à 1 €. Donc vouloir nous faire croire qu'aujourd'hui, le prix de l'essence est devenu totalement délirant dans un marché uniquement parce qu'il y a une crise qui touche le détroit d'Ormuz, c'est vraiment prendre les Français pour ce qu'ils ne sont pas, c'est-à-dire des imbéciles."
"La France est le pays qui taxe le plus la mobilité sur la fiscalité des carburants"
Jacques Cardoze : Et c'est intéressant d'aller regarder parce qu'on a tendance à vite oublier. On ne se souvient pas qu'en octobre 2018 — je regardais ça hier très tranquillement — le prix de l'essence sans-plomb 95 : 1,57 €, le gazole : 1,52 €, le 95 : 1,54 €. Et à ce moment-là, j'ai regardé très précisément quel était le prix du baril de Brent : il était quasiment au même niveau, 86 dollars. Alors bien sûr, il y a tout le reste. On va nous expliquer que ce n'est pas aussi simple, qu'il y a un temps de latence. Alors, c'est à vous que je m'adresse parce que c'est vous le spécialiste : est-ce qu'on peut accorder un tout petit peu de crédit au fait que ce n'est pas si simple ?
Pierre Chasseray : "Oui, un tout petit peu. Sur quelques centimes. Pourquoi ? Parce que c'est comme les salaires, c'est comme tout. Il y a une inflation et, en fait, le transport a augmenté, tout a augmenté légèrement. Mais vous imaginez bien que, sur une dizaine d'années, l'effet inflation ne représente pas non plus 10 % du tarif."
"Non, ce qui se passe, c'est vraiment une fiscalité. D'ailleurs, je vais vous le résumer en un mot : la France est le pays qui, par rapport aux salaires, taxe le plus la mobilité sur la fiscalité des carburants. Cocorico, on est les champions. Et puis on va en rajouter un petit peu quand même. On est quand même le seul pays, aujourd'hui, qui a décidé de matraquer les Français à coups de taxes, mais qui, derrière, n'a même pas l'honnêteté intellectuelle de le reconnaître. On augmente la fiscalité partout et on remet ça. Et l'argument que je ne supporte pas, c’est quand on remet ça sur l'Europe."
"C'est bien beau. On dit toujours : « C'est la faute de l'Europe, des directives européennes. » Les directives européennes, je les ai analysées. Si la France appliquait la fiscalité imposée par l'Europe, il y aurait 70 centimes par litre en moins sur le plein des Français."
"Vous avez bien entendu : si la France appliquait les consignes européennes, c'est-à-dire une baisse de la TICPE, les accises de mobilité au niveau le plus bas prévu par l'Europe et la TVA à 15 % prévue par l'Europe, nous serions 70 centimes moins chers par litre."
"Donc arrêtons aussi de faire croire aux Français que tout est de la faute de l'Europe. Non, l'État doit prendre sa responsabilité. Il a décidé de faire de l'argent facile et stupide en taxant la mobilité parce qu'en plus, c'est un argent mort."
"Lorsque vous taxez la mobilité au carburant, l'argent n'a pas travaillé. Ce qu'il faut pour créer de la richesse dans un pays, c'est que l'argent passe de main en main. Pour faire simple, il faut qu'on achète des pains au chocolat, qu'on consomme. Tout ça, c'est un indice de croissance et de PIB. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui, d'ailleurs, nous sommes à un taux de croissance zéro, c'est-à-dire à la limite, à la limite de la récession."
"La valeur du carburant, c'est 80 centimes par litre. Tout le reste, c'est de la fiscalité"
Jacques Cardoze : Gabriel Attal appelle les distributeurs à plafonner les prix des carburants. Vous avez entendu ça ? Est-ce que c'est peine perdue ? D'abord, j'ai envie de dire : Gabriel Attal, il a aussi été Premier ministre. Pourquoi il n'a pas agi à ce moment-là ?
Pierre Chasseray : "Est-ce que je peux me permettre une critique ? Je ne voudrais pas m'en prendre au pauvre Gabriel Attal, qui est tout seul dans son coin. Le problème, c'est qu'il n'y a pas un seul parti politique qui, aujourd'hui, propose quelque chose de crédible."
Jacques Cardoze : Ce serait quoi, précisément, ce qu'il faudrait proposer à ce moment-là ?
Pierre Chasseray : "Bloquer les prix ? Pas possible, parce que bloquer les prix, ça sous-entend que vous imposez à certains, sur les marchés, de vendre à perte. Ce qui n'est pas possible. Donc on oublie, c'est stupide. Baisser la TVA à 5,5 %, c'est stupide puisque l'Europe impose au minimum un taux de TVA à 15 %. Donc, en fait, qu'est-ce qu'on peut faire ? On peut supprimer les certificats d'énergie. Ça, c'est direct et concret : moins 18 centimes par litre. On peut baisser les accises de mobilité en les divisant quasiment par deux, ça, l'Europe est d'accord. Et on peut baisser la TVA à 15 %. Le tout additionné, c'est, accrochez-vous, 70 centimes par litre en moins."
"Aucun parti politique, pour l'instant, n'a établi cette proposition. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas bossé. Ils parlent, ils s'expriment, ils veulent donner l'impression, en disant des choses démagogiques, que ça peut fonctionner, sauf que personne ne bosse. Alors, je leur conseille un petit peu de lecture. Qu'ils s'achètent mon bouquin, 10 €, ça ne devrait pas peser lourd et ça leur permettra d'arrêter de dire des grosses bêtises à la télé."
Jacques Cardoze : Gabriel Attal appelle les distributeurs à plafonner les prix des carburants. Là aussi, c'est peine perdue. On sait que Total n'ira pas au-delà de ce qu'il fait déjà. Là, il appelle les distributeurs à plafonner les prix des carburants, mais on sait que Total limite ça aussi parce qu'il y a un certain nombre de jours autorisés dans l'année.
Pierre Chasseray : "Mais c'est pire que ça. Il faut quand même se rendre compte de ce qui se passe aujourd'hui. La valeur du carburant, ce qu'on met dans le plein, c'est quoi ? C'est 80 centimes par litre. Tout le reste, c'est de la fiscalité. Donc arrêtons un petit peu, là. Regardons un peu les choses en face. On va plafonner. C'est-à-dire qu'on va plafonner le carburant, donc, sur les marges, on va enlever 3, 4 centimes maximum. C'est le maximum de ce que pourront faire les pétroliers. 4 centimes. Ce que les Français veulent, c'est retrouver un prix à 1,50 €."
"Si on impose le même niveau de taxes sur l'électricité, on est exactement au même prix que sur le carburant"
Jacques Cardoze : Pierre Chasseray, c'est vrai que les 3, 4 centimes, c'est à peu près la marge ? Parce qu'en général, c'est ce qu'ils disent.
Pierre Chasseray : "Tout à fait. Les distributeurs, si vous prenez la grande distribution, on est de l'ordre de 1 à 2 centimes. Si vous prenez les petites stations-service indépendantes, par exemple celles qui sont au sein de la FNA, la Fédération nationale de l'automobile, les toutes petites stations, c'est 5 centimes par litre. Et puis vous imaginez, imaginez demain, vous montez, Jacques, une station-service. Vous avez envie de vous lever le matin pour ne rien gagner, pour travailler à perte, pendant que l'État prend quasiment 1,50 € sur le litre ? C'est stupide. La seule mesure acceptable, c'est de baisser la fiscalité."
Jacques Cardoze : On est d'accord. Est-ce que tout ça est, en réalité, une volonté politique pour nous faire passer à l'électrique de force ?
Pierre Chasseray : "Oui, bien sûr. Passer à l'électrique en oubliant une chose : c'est que demain, si on impose à l'électricité le même taux de fiscalité que l'État impose sur les carburants… Accrochez-vous bien, tous ceux qui songent à l'électrique, parce qu'on attend juste, du côté de l'État, que le marché soit captif. En fait, la réalité, c'est que si on impose le même niveau de taxe sur l'électricité, on est exactement au même prix que sur le carburant."
"Donc, pour l'instant, ce qui sauve les possesseurs de véhicules électriques — et tant mieux pour eux, j'en suis ravi — c'est que, pour l'instant, l'État attend que le marché soit captif. Il n'y a pas suffisamment de Français à l'électrique pour qu'il matraque à coups de taxes. Mais vous avez un doute, dans un État qui est incapable de se passer de la taxe sur les carburants ? Eh bien, s'il n'y a plus de voitures et de taxe carburant, ça basculera sur l'électrique, évidemment."
"Un État toxicomane de la taxe qui a décidé d'éponger les Français"
Jacques Cardoze : Je n'ai pas trop de doute, parce que j'ai essuyé les plâtres et je me suis aperçu que la taxation, lorsque je voulais faire, entre guillemets, un plein à l'électrique sur une station, c'était beaucoup plus élevé que si je le faisais dans un village. C'est-à-dire qu'en fait, quand on voyage, on n'y échappe pas, quoi. On n'échappe pas à la taxation.
Pierre Chasseray : "Et attention : lorsque vous voyagez, que vous trouvez que le plein de recharge électrique est cher, vous échappez à la fiscalité de l'État. Il n'y a pas toute la fiscalité qui est imposée au prix des carburants."
"Si l'on impose exactement la même fiscalité dans nos déplacements, cette fois-ci dans les stations-service, notamment d'autoroutes ou autres, cette fois-ci, rouler à l'électrique coûterait plus cher que rouler au thermique. Donc arrêtons un petit peu de prendre les Français pour des imbéciles. Ça, j'ai du mal à le supporter."
"La réalité, c'est qu'on n'est pas sur un problème de crise carburant, ni de pénurie, ni de quoi que ce soit. Le seul problème, c'est un État toxicomane de la taxe qui a décidé à tout prix d'éponger, de rincer les Français directement à la station-service."
Jacques Cardoze : Vous lancez une pétition qui s'appelle #BalanceTonPlein. Quel est le propos ? Quelle est l'idée ? Et quel est le but ?
Pierre Chasseray : "Facile, simple : mobiliser les Français pour qu'ils connaissent la vérité. Mobiliser les Français pour qu'à travers le discours de 40 millions d'automobilistes, ils puissent avoir accès directement aux vraies informations. J'en veux pour preuve ce que je vous affirme ce matin. C'est-à-dire que si on appliquait en France les consignes européennes sur les carburants, le prix au litre serait 70 centimes moins cher par litre. Je n'ai pas dit sur le plein : par litre."
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