Jean-François Achilli : Vous êtes candidat à l’élection présidentielle pour la quatrième fois. Pourquoi cette démarche ? Proposez-vous aujourd’hui des choses que les autres ne proposent pas ?
Nicolas Dupont-Aignan : C’est la raison de ma candidature : offrir un choix, un vrai choix aux Français. J’ai présenté hier dans mon discours quatre différences très simples. Je veux sortir de l’Union européenne pour rendre son indépendance à la France, pour qu’elle puisse résoudre ses problèmes. Je veux mettre en place un protectionnisme intelligent comme le font les pays d’Asie. Je veux faire la paix en Ukraine. Et je veux la démocratie directe à la Suisse. Sur ces quatre points très précis, je serai le seul candidat à offrir ce choix aux Français. Voilà pourquoi j’y vais.
« Je veux qu’on rende sa liberté à la France »
Vous êtes le candidat du Frexit ?
Je n’aime pas ce mot. D’abord parce que c’est un mot anglais, parce que la France n’est pas l’Angleterre. Et parce que je ne propose pas la disparition de l’Europe. Je constate que l’Union européenne, qui a été rejetée par 55 % des Français en 2005, n’a rien à voir avec l’idée européenne de départ.
Je veux simplement dire que la France ne peut plus obéir à Madame von der Leyen, qui va contre ses intérêts fondamentaux. Je prends des exemples très concrets, parce que cela concerne tous les Français : les carburants, l’élargissement à l’Ukraine, le contrôle numérique, la guerre en Ukraine avec, selon moi, un danger majeur pour nos jeunes.
Je ne peux pas accepter ce que j’appelle ce coup d’État fédéral, parce que les Français ne sont pas au courant de ce qui est en train de se tramer. Je crois qu’on peut avoir une belle Europe avec des nations libres. On a vécu cela avec le général de Gaulle et Adenauer. Chacun avait ses frontières, son budget, ses lois, et il y a eu des coopérations.
Je n’aime pas la caricature qu’on fait de mon propos. Je veux qu’on rende sa liberté à la France, qu’elle puisse mener sa politique économique pour s’en sortir et redresser des coopérations avec nos voisins.
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« Le monde a changé, mais la liberté, c’est la liberté »
Vous voulez qu’on quitte l’euro et qu’on revienne au franc ? Que répondez-vous à ceux qui redoutent une dévaluation, de l’inflation ou une hausse du coût des importations ?
Le monde a changé, mais la liberté, c’est la liberté. Un pays qui ne maîtrise pas sa monnaie, qui ne maîtrise pas sa frontière, qui ne maîtrise plus ses lois, qui ne maîtrise pas son budget, est un pays qui rend malheureux ses concitoyens. La preuve en est, c’est qu’aujourd’hui, c’est la faillite.
Un pays comme la Suisse, à nos portes, petit pays au milieu des montagnes, s’en sort beaucoup mieux parce qu’il a gardé la maîtrise de sa politique. Un pays comme la Norvège, indépendant, s’en sort. Des petits pays, qui ont beaucoup moins de moyens que la France, maîtrisent leur politique et ne sont pas esclaves de bureaucrates, de technocrates, souvent corrompus, qui sont en train de mener, selon moi, l’Europe à la ruine. Si vous voulez éviter l’immigration, il faut contrôler sa frontière.
« Il y a le choix de reprendre le contrôle de notre politique »
La Chine est aujourd’hui une puissance économique gigantesque. La France peut-elle réellement agir seule ?
Qui a ouvert toutes ces frontières à la Chine en matière automobile ? Qui nous a imposé la voiture électrique ? Qui a imposé les ZFE ? C’est l’Union européenne de Madame von der Leyen. Et les gouvernements français se sont couchés. Qui a imposé le Mercosur, qui va ruiner nos éleveurs et qui importe de la viande bourrée d’antibiotiques et d’hormones de croissance ? C’est Madame von der Leyen.
Il faut arrêter. Il n’y a pas le choix entre se soumettre ou rien. Il y a le choix de reprendre le contrôle de notre politique, car tous les pays du monde qui réussissent maîtrisent leurs leviers du pouvoir.
Cela n’interdira pas de bâtir des coopérations. Quelle est l’entreprise qui lutte contre Boeing ? C’est Airbus. Airbus n’a pas été fait par l’Union européenne. C’est une coopération d’États.
Je vais me battre pendant cette campagne parce que je sais qu’il y a des millions de Français qui pensent comme moi. Je considère qu’il y a une propagande de soumission à une organisation dangereuse, qui est l’organisation européenne d’aujourd’hui, qui n’a rien à voir avec l’Europe que je veux construire. On récupère notre souveraineté et, après, on coopérera avec les autres.
Ukraine : « Dès que quelqu’un veut la paix, on est suspecté d’être pro-russe »
Vous voulez cesser d’alimenter la guerre en Ukraine, mettre fin aux sanctions contre Moscou et obtenir un accord de paix. Êtes-vous le candidat pro-russe ?
Bien sûr que non. Dès que quelqu’un veut la paix et ne pas partir dans un engrenage nucléaire dramatique, vers lequel le président de la République veut, selon moi, nous entraîner, on est suspecté d’être pro-russe.
Ceux qui dépensent les milliards des Français, des automobilistes, des retraités, pour alimenter le régime ukrainien alimentent une tuerie. Et ce sont les Ukrainiens qui sont d’ailleurs sacrifiés au passage.
Je remarque que les États-Unis et la Russie sont prêts à la paix. Je considère que ce sont les dirigeants européens qui bloquent cette paix. En 2022, trois mois après le début de la guerre, Ukrainiens et Russes se sont entendus sur un plan de paix. Selon moi, les dirigeants européens avec Joe Biden ont saboté ce plan.
On a la chance, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, d’avoir Trump, qui a compris qu’il fallait la paix avec la Russie. Je considère qu’Emmanuel Macron et von der Leyen sabotent cette paix parce qu’à travers la guerre, ils veulent mettre les peuples d’Europe sous leur contrôle.
C’est extrêmement grave ce qui se passe et je serai le seul homme politique à assumer mes positions. Je dis aux Français : si vous ne voulez pas voir vos jeunes partir combattre là-bas et nous entraîner dans ce conflit fou, il faut réagir vite. Je serai le seul candidat qui porte cette idée de paix.
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« Que l’Ukraine reste en dehors de l’OTAN et de l’Union européenne »
La Russie a envahi l’Ukraine. Dans votre plan de paix, qu’est-ce que vous demandez concrètement à Vladimir Poutine ? En échange de quoi ?
Le retrait des troupes russes, bien évidemment. En échange de ce qui n’aurait jamais dû cesser d’être : que l’Ukraine reste en dehors de l’OTAN et de l’Union européenne. C’est la seule chose que demande Moscou. Donald Trump et Poutine sont d’accord sur ce point et je considère que c’est Emmanuel Macron et von der Leyen qui sont en train de casser cette paix.
Si vous regardez la communication de l’Élysée ces derniers jours, c’est la même que pendant le Covid : faire peur aux Français et nous entraîner dans le chaos. Il a déjà ruiné la France pendant la crise Covid avec le « quoi qu’il en coûte ».
Vous voulez dire qu’Emmanuel Macron joue sur les peurs ?
Il exploite les peurs, il en joue. Mais les Français sont beaucoup plus raisonnables que lui. Je ne me prêterai jamais à cette mascarade à l’Élysée pour nous entraîner vers la guerre alors qu’il y a une possibilité de paix. Ce n’est pas honnête. Il ment aux Français. Il instrumentalise ce conflit à des fins personnelles.
« Faisons de l’Ukraine un pays neutre »
Vous ne craignez pas qu’il s’agisse d’une paix imposée par la Russie ?
Pas du tout. Il ne faut pas mentir aux Français. L’Ukraine a été russe pendant quatre siècles. Elle est indépendante et il faut garantir son indépendance.
La seule chose que veut la Russie, c’est qu’elle ne soit pas dans l’OTAN et qu’elle ne soit pas dans l’Union européenne. Nous n’avons pas besoin de l’Ukraine dans l’Union européenne. Faisons-en un pays neutre, défendons sa souveraineté.
Mais il faut comprendre que si on continue comme ça, la France sera ruinée. Est-ce que les Français veulent payer toujours plus ou est-ce qu’ils veulent garder leur argent pour résoudre leurs problèmes ? Moi, je veux résoudre les problèmes de la France.
Marine Le Pen et Jordan Bardella : « Ils ne sont pas clairs »
Marine Le Pen et Jordan Bardella affirment que « la Russie ne peut dicter la politique de la France par la menace ». Ils maintiennent leurs réserves sur les soutiens financiers à l’Ukraine, mais leur position a changé. Qu’en pensez-vous ?
Elle est incompréhensible. Moi, j’ai une position claire. Je suis gaulliste. Le général de Gaulle était sorti du commandement militaire intégré de l’OTAN parce qu’il ne voulait pas que les Français soient entraînés dans une guerre qui n’est pas la leur.
Si nous allons dans tous les conflits du monde, alors pourquoi ne pas intervenir en Palestine et en Israël ? Pourquoi ne pas intervenir au Yémen ? On va dépenser tout l’argent des Français.
Vous dites que Marine Le Pen et Jordan Bardella ne sont pas clairs ?
Ils ne sont pas clairs. Si vous comprenez quelque chose, allez leur demander. Ce n’est pas à moi de faire la prévente. En tout cas, moi, je veux résoudre les problèmes des Français. Si on veut baisser le prix de l’électricité, baisser le prix du carburant, baisser le prix du gaz, il faut la paix en Ukraine.
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Carburants : « Je supprime les certificats d’économie d’énergie »
Vous promettez une baisse de 50 centimes d’euro à la pompe. Quelle taxe baissez-vous ?
C’est très simple. Je supprime les certificats d’économie d’énergie inventés par une directive européenne : 15 centimes. Je supprime la TVA sur la taxe. Vous savez qu’on est un des seuls pays au monde à taxer une taxe. Quinze centimes, cela fait 30 centimes. Et je supprime les accises de 20 centimes : 50 centimes, pour arriver au niveau de l’Espagne.
Mais les caisses sont vides. Cela représenterait un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros.
La France vient de donner 5 milliards de plus à l’Union européenne. La France s’est engagée pour 40 milliards en Ukraine. La France accepte qu’il y ait 20 milliards de fausses cartes Vitale. La France donne 12 milliards pour mettre des éoliennes qui coûtent une fortune. Donc il y a de l’argent, il est mal dépensé.
« Je souhaite que le peuple français se réveille, mais pas dans la violence »
Souhaitez-vous que les Gilets jaunes reviennent sur les ronds-points ?
Je souhaite que le peuple français se réveille, mais pas dans la violence. Je souhaite surtout que le peuple français comprenne qu’il y a une autre politique possible que je vais présenter. Qu’ils aillent voter, parce que ce système délétère se nourrit de l’abstention. Je sais que si les millions de Français qui sont écœurés vont voter, tout peut changer.
Je leur propose un changement fort, mais sérieux. Mon programme de sortie de l’Union s’accompagne d’un programme d’assainissement des finances, d’efforts productifs. Car être libre, c’est aussi être droit, c’est aussi reconstruire le pays par un effort. C’est ce qu’avait fait le général de Gaulle.
« Je suis un homme libre »
En 2017, vous vous étiez rallié à Marine Le Pen au second tour. Vous ne regrettez pas d’avoir quitté ce bateau ?
Je suis un homme libre. Et je devrais soutenir des communiqués abscons où on ne comprend rien ? Moi, je propose aux Français un moyen de sortir de la crise. Je ne veux pas de la politique pour faire des promesses pour arriver au pouvoir. Je veux arriver au pouvoir légitimement, avec un projet de redressement du pays. Mes concurrents sont tout à fait respectables, mais ils sont candidats au poste de gouverneur d’une province, d’une colonie, d’un protectorat.
Y compris Marine Le Pen ?
Mais oui, puisqu’elle accepte désormais l’Union européenne. C’est son choix, je le respecte. Moi, je dis aux Français que si on veut ne serait-ce que baisser la TVA sur les carburants, on ne peut pas le faire. L’Union européenne nous l’interdit. Si on veut baisser le prix de l’électricité pour l’aligner sur nos centrales nucléaires, on pourrait offrir aux Français une électricité de moitié. On ne peut pas le faire. On est prisonnier. Donc il faut se libérer. Ce n’est pas être contre l’Europe, c’est reconstruire l’Europe.
Présidentielle 2027 : « Je souhaite être au second tour et je peux l’être »
Vous êtes crédité de 2,5 % dans les enquêtes. Quel score à l’élection présidentielle ?
Je souhaite être au second tour et je peux l’être, parce que cette élection n’a jamais été aussi ouverte. Il y a des millions de Français qui sont écœurés de la vie politique et qui vont voir que je serai le seul à proposer un programme qui va au-delà de la droite et de la gauche, qui est un programme de salut public, d’indépendance nationale, de paix. Vous ne savez pas ce qui peut se produire. Il me reste sept mois pour convaincre les Français.
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🗣️ @Dupontaignan : "Je souhaite être au second tour et je peux l’être !"
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Ne risquez-vous pas de diviser ce pan de la politique ?
Je ne divise rien du tout. Il y a une démocratie, il y a un premier tour. Ce ne sont pas les sondages, ce ne sont pas les médias, ce sont les Français qui doivent voter.
Je veux leur redonner confiance et leur dire : on peut changer la France, mais il faut se prendre en main. Soit on reste un pays soumis à des gens non élus, soit on reprend les leviers du pouvoir. Mais cela exige d’avoir un projet. Ce projet, je le présente. Les Français jugeront. On verra bien.
« Je suis candidat devant les Français, quels qu’ils soient »
Vous êtes donc candidat à l’élection présidentielle pour Debout la France ?
Debout la France, c’est un mouvement, mais je ne suis pas le candidat du mouvement. Je me présente devant les Français, c’est le principe gaullien de la Ve République. On n’est pas les candidats des partis. Les partis, c’est autre chose. Je suis candidat devant les Français, quels qu’ils soient.