« C'est l'ordre du jour, mystère ». La formule est signée Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste. Chacun des participants s'interroge sur la finalité profonde de cet étrange rendez-vous. C'est un titre de Blake et Mortimer. Et de son décorum. La scène aura quelque chose d'inhabituel : Emmanuel Macron va recevoir les chefs de parti, non pas dans les salons de l'Elysée comme ça se fait d'habitude, mais sous terre, dans Vega, c'est la nouvelle salle de crise Vega (inaugurée en avril 2026 pour remplacer le traditionnel PC Jupiter, ndlr), aménagée au premier sous-sol, autour de la table du premier ministre, les chefs militaires, les patrons du renseignement.
Ambiance docteur Folamour avant la guerre électronucléaire. Mais que va donc révéler le chef de l'État à ses visiteurs ? Nous, face à des heures sombres, cette dramatisation soudaine, eh bien, elle intrigue.
Mais pourquoi donc cette réunion ?
Officiellement, le président va évoquer la dégradation soudaine du contexte international, à savoir le détroit d'Ormuz plus bloqué que jamais, le pipeline saoudien attaqué, l'intensification des frappes sur les infrastructures entre l'Ukraine et la Russie, ou encore la multiplication des attaques hybrides russes sur l'Europe. C'est ce que précise l'Elysée, qui explique que le chef de l'État s'est entretenu ces derniers jours avec ses homologues du proche du Moyen-Orient, Irak, Arabie Saoudite, Qatar, Jordanie, Liban, et côté Kiev avec Volodymyr Zelensky, bien évidemment, histoire de montrer qu'il y a toujours un pilote dans l'avion.
Mais pourquoi donc cette réunion ? Réponse de l'Elysée : c'est son devoir d'informer, écoutez bien, ceux qui aspirent à diriger le pays dans quelques mois, de la situation internationale dont ils hériteront.
Retailleau : « On y va parce qu'on est poli »
« On y va parce qu'on est poli », c'est ce que dit Bruno Retailleau ! Pour le président des Républicains, candidat à l'élection présidentielle, vous le savez. « Après cinq années de hollandisme et dix années de macronisme, la France s'est appauvrie comme jamais. Cette réunion ne servira à rien. Mais j'irai quand même », précise Bruno Retailleau. Alors, chez Edouard Philippe, même interrogation : « mais qu'est-ce qu'il va donc nous dire ? » Gabriel Attal, qui plaidait hier lors d'un discours à Reims pour des Etats-Unis d'Europe, n'en sait pas plus, lui non plus. La convocation dans la War Room, en sous-sol, l'intrigue beaucoup. « Nous serons hors de portée des Russes, des Chinois et des Américains », ironise Olivier Faure, qui pointe une mise en scène trop sophistiquée à ses yeux pour un président qui cherche à se remettre au centre du jeu dans un paysage qu'il a forcément déserté, lui qui ne peut plus se représenter l'an prochain. Dixit, le candidat à la primaire socialiste.
Audoul : « Une invitation inutile »
Et il y aura une grande absente, Marine Le Pen, qui sera représentée par Jordan Bardella, façon de dire que tout va pour le mieux avec le président du Rassemblement National, elle qui a parlé, c'était sur LCI, de « duo exceptionnel ». Quant aux rumeurs de tensions, c'est « bullshit, circulez ! ». Pour le porte-parole Julien Audoul, « l'invitation élyséenne tout à l'heure sera totalement inutile », dit-il. On va entendre les mêmes choses, avec les mêmes mots, pour le même constat égréné après année. Rien ne sortira de tout ça.
« L'invitation de Macron ne passe pas »
Voilà, la messe est dite, la France a beau être confrontée à une montée des périls, cette invitation lancée par le président ne passe pas. Les candidats à sa succession le soupçonnent de vouloir se dédouaner de la crise des carburants, de nous faire avaler la pilule des 54 milliards et de chercher à partager le fardeau, à « mouiller tout le monde », ça c'est entre guillemets, à huit mois de la présidentielle, une élection qui pourrait, elle aussi, être bousculée par ses périls extérieurs. Mais oui, c'est aussi une réalité, et c'est peut-être au fond l'un des messages qu'Emmanuel Macron veut adresser ce matin à ceux qui prétendent lui succéder. »