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Soprano : « On a besoin d'entendre des politiques qui parlent de la vraie vie »

INTERVIEW SUD RADIO - Tournée des stades, politique, transmission : Soprano revient sur trente ans de carrière, ses engagements sociétaux et sa vision de l'avenir au micro de Jacques Cardoze à l'occasion de l'annonce de sa tournée "Karaoké Stadium Tour".

Soprano : "On a besoin d'entendre des politiques qui parlent de la vraie vie"

Jacques Cardoze : Vous venez d'annoncer une grande tournée à travers les stades de France en 2027 et 2028. Pourquoi avoir fait ce choix plutôt que de vous limiter au Stade de France ?

Soprano : « Nous cherchions les stades capables d'accueillir l'infrastructure d'une grande scène, car toutes les enceintes ne le permettent pas. Cela me tenait particulièrement à cœur d'aller dans les provinces pour proposer de gros spectacles. Souvent, les gens doivent prendre le train et réserver des chambres d'hôtel à Paris ou à Marseille pour assister aux concerts dans les stades. J'ai eu envie de leur dire : restez chez vous, c'est moi qui me déplace. Et on termine la tournée avec Marseille, le plus beau stade de France. Je le dis, je le crie, je me le tatoue. On aura une grande scène avec un décor incroyable. Ce sera un show magnifique. »

« Michael Jackson est ma référence ultime »

L'idée centrale de cette tournée est d'organiser un grand karaoké participatif. Quel en est le concept ?

« Je voulais organiser un grand karaoké dans les stades pour que les familles puissent s'amuser, danser et sortir pendant l'été, comme dans un festival. J'ai souhaité qu'une partie du public fasse directement partie du spectacle. Nous avons créé un espace dédié au plein milieu de la scène, un carré or, où les spectateurs munis d'accessoires intégreront l'équipe du show pour faire la fête avec nous. »

Votre dernier titre rend un hommage explicite à Michael Jackson. Quelle place occupe-t-il dans votre univers artistique ?

« Michael Jackson est ma référence ultime. Mon premier souvenir musical remonte à l'âge de 5 ans avec Thriller. Mes grands cousins et mes oncles attendaient le clip devant la télévision avec la veste rouge de Beat It. J'étais émerveillé, choqué et effrayé de voir un homme se transformer en loup. Dans mon titre C le DJ, quand je chante "fais-moi croire que je sais danser comme Michael", c'est parce que je ne sais pas danser comme lui. Le DJ met la musique, je ferme les yeux et j'ai l'impression de faire le moonwalk, même si je reste sur place. »

« Nous allons à la rencontre de tout le monde »

Vous lancez cette formule : "Tous les chanteurs vont au Stade de France, mais personne ne vient nous voir, donc moi je fais les stades de France". Qu'exprimez-vous à travers ce message ?

« J'adore le Stade de France, nous y avons vécu des moments mythiques et j'y vois de magnifiques concerts. C'est simplement une petite formule pour signifier que nous allons à la rencontre de tout le monde. Certains stades magnifiques, comme Le Mans où la pluie avait empêché Johnny Hallyday de jouer, n'avaient jamais accueilli de concert. C'est une grande fierté pour un artiste de la scène urbaine et du rap d'inaugurer ces lieux où se produisent les légendes. »

« Ça fait trente ans que j'ai débuté »

Comment avez-vous pensé la rétrospective de ce show alors que vous célébrez trente ans de musique ?

« Ça fait trente ans que j'ai débuté à 15 ou 16 ans avec mes cousins dans le groupe Psy 4 de la Rime, et je n'aurais jamais imaginé une telle carrière. Si j'allais revoir le jeune Sopra de mes débuts pour lui demander son rêve, il me répondrait : faire chanter les gens. Ce spectacle sera donc un karaoké géant réunissant toutes les chansons et les personnages qui ont marqué mon parcours. »

Cette proximité interactive avec le public est essentielle pour vous ?

« Les gens adorent participer et partager ce moment avec les artistes. Nous préparons plein de petites attentions pour qu'ils se régalent. »

« Mon rôle est de rassembler les gens et de combattre toutes les haines »

Dans votre titre Cosmo, vous appeliez au mélange des cultures en citant les blacks, les blancs, les jaunes, les verts, les rouges, les gris. Ce message reste-t-il d'actualité ?

« Il doit absolument le rester. Notre tournée débutera après les élections. J'espère qu'après une année de débats intenses et parfois irrationnels, ces concerts apporteront de l'apaisement. En voyant des personnes de toutes origines, couleurs, classes sociales et religions faire la fête ensemble dans un stade, chacun se dira qu'il est possible de vivre et de construire ensemble. »

Comment appréhendez-vous les tensions politiques, la virulence sur les réseaux sociaux et les polémiques récentes comme celle autour de Léon Marchand à qui l'on demandait son avis politique et qui s'est pris un déferlement de haine ?

« C'est regrettable. Aujourd'hui, la nuance disparaît, les propos sont sortis de leur contexte et la manipulation politique ou médiatique est permanente sur les réseaux. Il devient très difficile pour une personnalité publique de s'exprimer. Moi, au-delà de n'importe quel parti, je continue quand même à dire que je suis contre le racisme, contre les fachos, contre tous les homophobes, les islamophobes, les antisémites. Ayant grandi à Marseille dans une mixité naturelle, mon rôle d'artiste est de rassembler, de combattre la discrimination et de transmettre des valeurs positives aux jeunes pour pouvoir s'élever. »

« Les algorithmes isolent les utilisateurs »

Dans Mon précieux, vous dénonciez l'addiction au smartphone. Que pensez-vous des mesures visant à restreindre leur usage chez les plus jeunes ?

« C'est une mesure de bon sens et de protection. Le harcèlement scolaire prend des proportions inquiétantes. La série anglaise Adolescence montre bien comment le monde réel s'efface pour beaucoup de jeunes au profit d'un univers virtuel captif. Les contenus négatifs et les scandales suscitent plus de clics qu'une action solidaire. Les enfants deviennent prisonniers de cette négativité. Même si des initiatives positives existent, comme le média Média Positif porté par un jeune de 16 ans, l'impact global reste nocif.»

Les algorithmes freinent-ils la curiosité et l'ouverture d'esprit ?

« Les algorithmes isolent les utilisateurs dans des bulles informationnelles. Quand des artistes remplissent le Stade de France, certains s'étonnent de ne pas les connaître parce que leur fil d'actualité ne leur montre pas cette réalité. Cela nuit à la curiosité, à la nuance et rend l'esprit paresseux. »

« On a besoin d'entendre des politiques qui parlent de la vraie vie »

Comment expliquez-vous votre popularité auprès des 7-14 ans qui continuent de vous suivre en grandissant ?

« C'est impressionnant de les voir grandir, fonder des familles et revenir avec leurs enfants. Je cherche toujours à porter de la lumière dans l'obscurité. Dans la chanson Hiro, de nombreux jeunes découvrent des figures historiques comme Rosa Parks, Malcolm X ou Coluche. C'est magnifique de susciter leur curiosité et de les aider à s'élever. »

Votre engagement auprès des Restos du Cœur garde-t-il une résonance personnelle alors que le taux de chômage des jeunes est très élevé ?

« Des membres de ma famille en ont bénéficié, donc je mesure concrètement ce que représente cette aide. Voir des étudiants faire la queue aux Restos du Cœur me touche profondément. Moi, ça me touche et je me dis : merde ! J'aurais aimé que ça s'arrête, les Restos du Cœur, mais la précarité augmente. 

Quand il y a des jeunes qui dorment dans leur voiture pour aller étudier à la fac, je me dis qu'il y a des sujets beaucoup plus importants que tout ce qu'on entend en ce moment. On a besoin d'entendre des politiques qui parlent de la vraie vie, pas de conneries qui poussent à polémiques. »

« Nous nous efforçons de mettre en lumière la création locale »

Dans Enfant de la lune avec Psy 4 de la Rime, vous abordiez déjà la précarité et les épreuves de la jeunesse.

« C'est une réalité que nous avons connue et expressed avec Psy 4 de la Rime. On repensait à cette époque où l'on n'a pas un franc, où des frères sont enterrés ou au bagne, et où l'on vit au crochet des allocs avec sa femme dans un bloc. C'était notre manière d'exposer les difficultés et les interrogations de l'adolescence. »

Vous continuez d'épauler la jeune scène marseillaise, notamment à travers le projet collectif 13 Organisé de Jul ou ce qu'avait accompli le groupe IAM ?

« Franchement, ouais ! Avant Jul, que ce soit Akhenaton ou moi, on avait déjà fait des projets avec plein d'artistes marseillais. Et là, y'a beaucoup d'artistes marseillais avec qui je fais des featurings, de la production et du management pour faire un peu ce qu'IAM a fait et passer le relais, comme avec l'artiste Tifé qui est en train de tout casser à Marseille. Même si l'industrie musicale a évolué, nous nous efforçons de mettre en lumière la création locale.»

« Le rap ne se limite pas à des clichés violents »

Le rap est parfois réduit à des représentations violentes, comme dans la série Validé. Quelle est la réalité de cette culture ?

« La série Validé reste une fiction. Le rap ne se limite pas à des clichés violents. C'est aussi Kery James qui joue au théâtre et finance des bourses d'études pour les jeunes, c'est la poésie d'Oxmo Puccino, le cinéma et la solidarité familiale. C'est un mouvement d'une grande diversité. »

« Retrouver mon fils a été le plus beau cadeau de ma vie »

Dans la chanson Parle-moi, vous racontiez l'histoire personnelle d'un premier enfant placé à la DDASS à votre insu. Quel regard portez-vous aujourd'hui sur cette épreuve ?

« C'est un événement survenu lorsque nous étions très jeunes. Avec le temps, nous avons reçu le plus beau des cadeaux : nous avons pu retrouver notre enfant, il est présent à nos côtés et il grandit avec nous. J'en parle avec retenue aujourd'hui pour préserver mes enfants, mais je tiens à délivrer un message d'espoir à tous les parents et enfants placés. La vie réserve de belles surprises et il faut garder foi en l’avenir. Mes parents m'ont appris à toujours chercher le positif. Dans la vie, il y a des hauts et des bas, et l'important est de savoir apprécier les moments heureux. »

OM : « Supporter un jour, supporter pour toujours »

Un mot sur l'Olympique de Marseille. Malgré les difficultés sportives et les crises comme la saison passée où l'entraîneur est parti, le meilleur joueur s'est battu et la qualification a été manquée de deux points, vous conservez votre ferveur de supporter ?

« Supporter un jour, supporter pour toujours. Je souffre lors des périodes compliquées. L'année dernière, je me rappelle qu'on était tous en mode crise, le meilleur joueur part, l'entraîneur part... Je me disais : "Mais quelle saison pourrie !" alors qu'on était troisièmes, et au dernier match on voit qu'on était à deux points seulement. Il n'y a qu'à Marseille que ça arrive ! Mais Marseille reste le club le plus imprévisible. Même dans les moments de crise, le club est capable de rebondir. Je crois fermement que le positif attire le positif. »

Envisagez-vous d'investir financièrement dans le club ?

« Je n'ai pas du tout les moyens de racheter l'OM. Soutenir un club de quartier dans les quartiers Nord de Marseille est à ma portée et je l'ai déjà fait, mais l'OM relève d'une autre échelle. Nous allons en tout cas nous retrouver durant l'été 2027 dans les stades pour faire la fête, souffler et partager un moment d'évasion. »

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