Communautarisme de LFI, stratégie de Jean-Luc Mélenchon, santé mentale des enfants et réseaux sociaux, avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, budget et souveraineté des Outre-mer, municipales à Paris et exploration pétrolière en Guyane. Au micro de Sud Radio, Naïma Moutchou a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Jean-Luc Mélenchon ne parle plus à des citoyens, il parle à des communautés"
Jean-François Achilli : La France Insoumise (LFI) est-elle devenue communautariste ? Vous vous êtes inquiétée fin décembre de ce virage assumé aux municipales, allant jusqu’à dire qu’on en arrivait à expliquer qu’il faudrait voter en fonction de la couleur de la peau. Cela vous choque-t-il ?
Naïma Moutchou : “Absolument. Je suis particulièrement choquée. Je dénonce depuis quelque temps déjà la stratégie de La France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon qui consiste désormais, sans aucun doute, à opposer les Français entre eux. Consister à dire qu’on est français parce qu’on est de telle ou telle origine avant tout. D’ailleurs Jean-Luc Mélenchon ne parle plus à des citoyens, il parle à des communautés.”
Vous dites que ce discours est dangereux pour la République. Pourquoi ?
“Parce que je sais ce que ça veut dire. Je viens moi-même d’une petite ville de banlieue parisienne, de parents immigrés marocains. La République ne m’a pas construite en me demandant d’où je venais mais en me demandant ce que je voulais devenir. Quand j’entends aujourd’hui des mots comme “Nouvelle France” ou quand j’entends Jean-Luc Mélenchon reprendre des obsessions identitaires violentes, je suis très inquiète.”
Manuel Bompard vous a répondu en disant que la représentativité des élus était essentielle à la démocratie. Que lui répondez-vous ?
“Ce n’est pas le sujet. Évidemment qu’il faut de la représentativité. Mais ça ne veut pas dire qu’il faille en faire un projet politique. L’origine, l’ethnie, ce n’est pas entendable dans la République. La liberté de vote de chacun ne peut pas être conditionnée à la couleur de peau.”
Vous parlez d’une politique de fracture menée par LFI.
“Oui, c’est la politique de la division, la politique qui consiste à attiser la haine pour quelques voix. C’est un calcul cynique qui vise à jouer sur le ressentiment d’une partie de la population pour accéder au second tour de l’élection présidentielle.”
Vous êtes allée jusqu’à dire que LFI était un parti raciste. Vous maintenez ?
“Oui, je l’assume. C’est une forme de racisme. Sous couvert de progressisme, on essentialise les gens sur la base de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils pourraient être. J’ai passé ma vie, comme avocate à la LICRA, à me battre contre cela.”
🗣️@NaimaMoutchou : "LFI est un parti raciste. @JLMelenchon, c'est la politique de la fracture. Il ne parle plus aux citoyens, il parle à des communautés. Quand j'entends parler de 'grand remplacement', je suis très inquiète" #GrandMatin
➡️Le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W pic.twitter.com/DbJUlEDTZP
— Sud Radio (@SudRadio) January 26, 2026
Vous subissez des attaques personnelles sur les réseaux sociaux.
“Oui, je suis traitée d’arabe de service, je subis du cyberharcèlement. Mais ce n’est pas ça qui me fera reculer. Je continuerai à dire ce que je pense.”
LFI va rejeter le texte visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
“C’est exactement ça, LFI c’est la poupée qui dit non toute la journée. Sur un sujet aussi important que la santé mentale de nos enfants, c’est grave. On ne peut pas dire que la santé mentale est une priorité nationale et refuser toute proposition pour lutter contre la violence des réseaux sociaux.”
Nouvelle-Calédonie : "Je dis au FLNKS que la porte reste ouverte"
La Nouvelle-Calédonie va-t-elle rester française après l’accord Élysée-Oudinot reconnaissant l’identité kanak sans aller vers l’indépendance ?
“Je dis au FLNKS que la porte reste ouverte. Elle l’a toujours été. Je regrette leur absence mais je ne peux pas croiser les bras. En 2024, la Calédonie a vécu une année terrible avec des violences, des émeutes, une économie à plat. Il faut avancer.”
🔴Nouvelle-Calédonie
🗣️@NaimaMoutchou, ministre des Outre-mer : "Je dis au FLNKS que la porte reste ouverte. Qu'ils prennent leurs responsabilités... On ne peut pas laisser tomber les Calédoniens !" #GrandMatin
➡️Le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/6zdLOvsafR— Sud Radio (@SudRadio) January 26, 2026
Le FLNKS a quitté la table des négociations. Que lui demandez-vous ?
“De prendre ses responsabilités. S’ils souhaitent se raccrocher au processus, il y a une place. On ne peut pas attendre alors que le territoire souffre encore.”
La Calédonie restera-t-elle française ?
“Ce n’est pas ce que nous écrivons dans cet accord. C’est une étape pour retrouver de la stabilité. Mon rôle est de redonner de la lisibilité et un cap, pas de trancher cette question aujourd’hui.”
Vous êtes personnellement opposée à l’indépendance ?
“Nous mettons en place les moyens pour que le territoire se projette. Il y a un transfert possible de compétences régaliennes si les garanties sont réunies. Nous permettons aux différents projets de continuer à vivre.”
Une révision constitutionnelle est nécessaire, avec un calendrier serré.
“La forme ne doit pas être un problème. Le calendrier est réaliste. Le projet sera examiné par le Sénat dans les prochaines semaines. On ne peut pas demander des efforts aux Calédoniens et ensuite dire que le Parlement ne ferait pas son travail.”
"Il n’est pas question de lorgner sur la souveraineté territoriale de nos Outre-mer"
Le budget des Outre-mer est-il finalement en hausse ?
“Oui, c’est une hausse. C’est une victoire pour les Outre-mer. Un milliard d’euros supplémentaires, qui s’ajoutent à plus de deux milliards. C’est un ministère de souveraineté, nous mettons les moyens.”
Il faut sauver les Outre-mer ?
“Ce sont des territoires fragiles mais essentiels à la République. Dans un monde de rapports de force, les Outre-mer sont des avant-postes de notre souveraineté.”
Concernant Saint-Pierre-et-Miquelon, y a-t-il un risque pour la souveraineté française face au Canada ?
“Il n’est pas question de lorgner sur la souveraineté territoriale de nos Outre-mer. La coopération avec le Canada ne remet pas en cause notre souveraineté.”
Faut-il autoriser l’exploration pétrolière en Guyane ?
“Je défends une autre ligne que celle de la ministre de la Transition écologique. Attention à ne pas tout décider depuis Paris. Il faut concilier écologie exigeante et réalité économique. Ma position est favorable, mais c’est l’exécutif qui tranchera.”
Municipales à Paris : "La droite et le centre, nous gagnerons Paris !"
Édouard Philippe veut-il faire perdre la droite et le centre à Paris selon Rachida Dati ?
“La campagne est lancée. J’ai des liens d’amitié avec Rachida Dati mais aussi avec Pierre-Yves Bournazel, notre candidat. Il est légitime de porter un projet.”
Cette candidature fragilise-t-elle Rachida Dati ?
“Il y a toujours des ambitions individuelles dans une campagne. Ensuite viennent les choix de responsabilité. Je connais la volonté d’Édouard Philippe de rassembler.”
Vous êtes confiante pour Paris ?
“Oui, personne ne doit être inquiet. La droite et le centre gagneront Paris. C’est l’objectif.”
Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio
Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !