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Municipales : pourquoi tant de listes dans les petites communes

Si deux tiers des communes françaises ne comptent qu'une seule liste aux prochaines municipales, d'autres, parfois minuscules, nagent dans l'opulence démocratique, affichant jusqu'à quatre listes, une anomalie à l'échelle du pays, souvent nourrie par les petites histoires et rivalités locales.

Ed JONES - AFP

Si deux tiers des communes françaises ne comptent qu'une seule liste aux prochaines municipales, d'autres, parfois minuscules, nagent dans l'opulence démocratique, affichant jusqu'à quatre listes, une anomalie à l'échelle du pays, souvent nourrie par les petites histoires et rivalités locales.

Une seule cheminée fume dans le petit village de Caubous, aux confins de la Haute-Garonne, mais la commune pyrénéenne devra départager deux listes de cinq candidats chacune, dimanche prochain.

"Ce qui est rigolo, c'est que le jour du vote, tout le monde sait à qui chacun va donner sa voix", confie à l'AFP Patrick Naud, qui, avec sa compagne, est le dernier habitant à l'année de ce hameau de vieilles pierres. C'est "l'un des plus humbles et discrets villages de la vallée", proclame un panneau touristique, devant la mairie installée dans une ancienne grange.

Face à face, donc, une liste comptant notamment le maire, élu depuis 2008, et sa sœur, qui ne résident pas là mais y ont leurs racines familiales, et une seconde avec des "gens arrivés plus récemment" qui reprochent au sortant de "ne rien faire" et "ont envie de faire quelque chose", explique M. Naud.

Dans le village de Caubous, en Haute-Garonne, le 11 mars 2026

Dans le village de Caubous, en Haute-Garonne, le 11 mars 2026

Ed JONES - AFP

Le sentiment d'immobilisme lié aux mandats à répétition d'un élu, c'est aussi l'un des ingrédients d'Aix-la-Fayette (Puy-de-Dôme) où 97 habitants devront départager trois candidats.

Élu depuis 1995, le maire Guy Sauvadet rêve d'un sixième mandat face à Roger Bergheaud, 72 ans, qui évoque "la lassitude de (ses) concitoyens, avec un maire en place depuis 30 ans", tout comme le troisième postulant, Didier Vial, chef d'entreprise à la retraite, qui reproche au premier "un manque de concertation" dans ce village, "premier fief de la famille du marquis de la Fayette", comme le proclame fièrement le site internet de la mairie.

Dans d'autres communes, ce sont les dissensions au sein d'équipes sortantes qui alimentent l'éparpillement, comme à Gouy-Saint-André (Pas-de-Calais, 4 listes pour 659 habitants).

- "Petites Républiques dans la grande" -

Une querelle liée à la délivrance d'un permis de construire pour un box à chevaux proche du domicile du neveu d'un des adjoints au maire, a conduit à une rupture de la majorité qui présente donc deux candidatures, face à deux listes d'opposition.

Malgré la rupture, l'atmosphère est plus calme que par le passé dans cette commune proche de la baie de Somme, relativise le maire, Grégory Leroy, 53 ans, qui a "connu des périodes où c'était chaud" avec "des pneus crevés, des tracts anonymes".

Municipales: l'abondance de listes dans les petites communes, une anomalie nourrie par les histoires locales

Municipales: l'abondance de listes dans les petites communes, une anomalie nourrie par les histoires locales

SEBASTIEN BOZON - AFP/Archives

Et les vainqueurs avaient coutume d’aller accrocher une casaque sur les portes des perdants, pour leur signifier qu’ils s’étaient "pris une veste", selon l'édile.

Quelques kilomètres plus au sud, à Mouflers (Somme, 96 habitants), une brouille entre une tête de liste de la mairie sortante et la première adjointe, par ailleurs épouse du maire, qui ne se représente pas, a conduit cette dernière à figurer en 2e position sur une autre liste.

Trois candidatures, "ça fait beaucoup", note avec le sourire Fabien Cockenpot, agriculteur de 48 ans qui s'est également lancé, pour "dynamiser" ce "village-dortoir" entre Amiens et Abbeville qu'il trouve "malheureusement un peu mort".

Plus à l'ouest, à Gurunhuel (Côtes-d'Armor) le maire sortant ne se représentait pas non plus.

Dans cette commune d'environ 400 habitants, proche de Guingamp, "il y a quatre listes parce qu’il y en a trois qui sont l’émanation du conseil municipal sortant", explique à l'AFP Rémy Chapelain qui a pris la tête de "Gurunhuel, un bocage accueillant et solidaire".

Cette liste "de gauche, écologiste et solidaire" s'est montée "parce que nous avions peur qu’il y ait justement une uniformité de pensée dans ce qui allait se présenter", explique-t-il.

Quatre listes, c'est aussi le lot des quelque 500 habitants de Formiguères, village des Pyrénées catalanes dont le maire avait démissionné en décembre après plusieurs mois de polémique autour de son départ pour Tahiti.

"Climat très tendu", "village fracturé", "tensions", témoignent auprès de l'AFP trois des candidats en lice dans ce village qui fait face à des enjeux importants, comme l'avenir de sa station de ski à l'heure du changement climatique.

Après le 1er tour dimanche, ici comme ailleurs, des majorités vont devoir se construire.

"Les 34.875 communes, ce sont autant de petites Républiques dans la grande, et la République, elle a besoin aujourd'hui, alors qu'elle est tellement divisée, fracturée, qu'on se rassemble", a exhorté mercredi sur France Inter, Gérard Larcher (LR), président du Sénat, l'assemblée des territoires.

Par Eloi ROUYER avec les bureaux et correspondants de l'AFP / Caubous (France) (AFP) / © 2026 AFP

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