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Manuel Bompard : "Rima Hassan fait l’objet d’une persécution judiciaire"

Par Adélaïde Motte

INTERVIEW SUD RADIO - Garde à vue de Rima Hassan, prix des carburants, soutien à Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis : Manuel Bompard, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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Manuel Bompard,  interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 3 avril 2026, dans “L’invité politique”.

"Rima Hassan n’avait aucune drogue sur elle" : au micro de Sud Radio, Manuel Bompard, député des Bouches-du-Rhône et coordinateur de la France Insoumise, a répondu aux questions de Maxime Lledo.   

Carburant : "Le gouvernement a une chose très simple à faire, c’est prendre une mesure de blocage des prix"

Maxime Lledo : Une semaine sous les projecteurs, un maire, celui de Saint-Denis, Bali Bagayoko sur le devant de la scène, un député Raphaël Arnaud qui fait son grand retour à l’Assemblée nationale, des députés qui décident de quitter la maison aussi, et hier l’eurodéputée insoumise Rima Hassan qui se retrouve en garde à vue pour apologie du terrorisme. Tous ces sujets, nous les aborderons. Mais d’abord le choc qui touche tous nos auditeurs, le choc à la pompe à essence dû à la guerre au Moyen-Orient, des aides du gouvernement qui visiblement ne sont pas suffisantes, parce que le Premier ministre annonce d’autres mesures en début de semaine. Est-ce que c’est la bonne direction ?

Manuel Bompard : "Non. Le gouvernement ne fait absolument rien face à ce qui est un état d’urgence sociale. Quand vous êtes obligé d’utiliser votre voiture pour aller travailler, amener les enfants à l’école ou faire les courses, et que le prix à la pompe augmente de 40 ou 50 centimes, 70 millions d’euros d’aides, c’est absolument rien quand vous savez que, dans la même période, les multinationales du pétrole font 12 millions d’euros de surprofits chaque jour, et que leurs marges ont été multipliées par quatre depuis la guerre en Ukraine. C’est ça qu’il faut que les gens comprennent. L’augmentation du prix, c’est pas une fatalité, c’est pas un phénomène naturel, c’est parce qu’il y a des acteurs économiques qui font de la spéculation, qui profitent de la situation pour s’en mettre plein les poches, et c’est vous toutes et tous qui m’écoutez qui en payez la facture."

Mais 70 millions d’euros, c’est énorme, ça ne représente qu’un mois, et derrière, vous le savez, ça vient même de la bouche du gouverneur de la Banque de France, les caisses sont vides, on n’a plus d’argent.

"Précisément pour cette raison, le gouvernement a une chose très simple à faire, c’est prendre une mesure de blocage des prix. C’est un article du code du commerce qui permet de le faire. D’ailleurs, vous avez déjà un certain nombre de pays dans le monde qui ont annoncé des mesures de cette nature, des plafonnements de prix, des encadrements de marges. La Grèce, la Pologne, la Corée du Sud, la Hongrie, la Croatie prennent…"

"Si cette mesure était mise en place, au lieu d’avoir 50 centimes d’augmentation, vous aurez 40 centimes d’augmentation"

Ça a été fait en Grèce, mais pour la plupart, c’est surtout une baisse des taxes. Moi je peux aussi vous citer l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Suède ou Chypre où c’est aussi des baisses de taxes. Il y a les deux écoles.

"Il y a les deux écoles effectivement. Maintenant examinons les deux écoles. Une des deux mesures, celle que je propose, celle que la France insoumise propose, bloquer les prix, ça coûte 0 euro d’argent public et ça permet immédiatement de ramener le prix au niveau auquel il était avant le déclenchement de la guerre. Ensuite, il y a ceux qui proposent une autre mesure, par exemple le Rassemblement national. Le Rassemblement national dit qu’il faut renoncer à la TVA sur l’augmentation du prix. Alors là, il faut que les gens comprennent bien : la TVA sur l’augmentation du prix, c’est 20 % de l’augmentation. Pour être très clair, si cette mesure était mise en place, au lieu d’avoir 50 centimes d’augmentation, vous aurez 40 centimes d’augmentation."

Sur vos idées, blocage des prix ou blocage des marges, si le cours double, les prix doubleront aussi, et il y a un risque de pénurie.

"Absolument pas. Il faut bloquer les marges au niveau du raffinage. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, les marges ont été multipliées par quatre. Donc aujourd’hui, ce n’est pas vrai de dire que les raffineurs ne peuvent pas réduire leurs marges. Ils peuvent réduire leurs marges, mais comme ils ne veulent pas le faire parce qu’ils profitent de la situation, il faut que le gouvernement l’impose. Et si le gouvernement l’impose, l’effet est immédiat sur les prix. Je vous ai cité un certain nombre de pays qui ont mis en place cette mesure, il n’y a pas de pénurie. Quand la France l’a fait, il n’y a pas eu de pénurie. Quand on a bloqué le prix du gel hydroalcoolique en France pendant la crise sanitaire, il n’y a pas eu de pénurie. Quand dans les départements d’Outre-mer on bloque les prix des carburants, il n’y a pas de pénurie. Pourquoi ? Parce que les multinationales préféreront gagner moins en France que perdre le marché."

"Rima Hassan a été salie, insultée, calomniée sur à peu près tous les médias"

L’actualité politique, c’est aussi ce qui s’est passé hier dans la soirée, à savoir la garde à vue de l’eurodéputée Rima Hassan. Elle était ciblée par une enquête judiciaire en France pour apologie du terrorisme après avoir tenu des propos considérés comme une marque de soutien au mouvement islamiste, le Hamas. Et puis il y a eu aussi tout d’un coup la découverte de drogue de synthèse, ce qui a mené à une garde à vue. Réaction ce matin ?

"Ce que vous dites ne correspond pas à ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est que Rima Hassan a été convoquée sous le régime de la garde à vue à propos d’un tweet qu’elle a fait, qui ne concerne pas le Hamas. Depuis maintenant deux ans, Rima Hassan a fait l’objet de 16 procédures. À l’heure où je vous parle, 13 procédures sur les 16 ont été classées sans suite. Rima Hassan fait l’objet d’une persécution judiciaire, d'une persécution politique. Pourquoi ? Pour le seul tort de prendre la parole et de dénoncer le génocide à Gaza. Quant à la question de la drogue, parce que hier, pendant toute la journée, Rima Hassan a été salie, insultée, calomniée sur à peu près tous les médias, Rima Hassan n’avait aucune drogue. Et vous le verrez, toutes celles et ceux qui ont participé à cette cabale hier se sont couverts de honte. Et le fait qu’il y ait des fuites policières sur la base d’informations mensongères qui soient ensuite utilisées dans les médias pour salir une personne sans qu’elle puisse répondre est une violation du secret de l’enquête, une violation de la présomption d’innocence. C’est un dysfonctionnement majeur dans un pays et dans un État de droit. Et toutes celles et ceux qui ont participé à ça maintenant vont devoir s’excuser et rendre des comptes."

Essayons de comprendre quand même la colère ce matin que vous tenez ici à ce micro. Rima Hassan persécutée par le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique, c’est quoi ? C’est une manipulation ?

"Il y a en France depuis maintenant plusieurs mois des politiques, effectivement sous l’influence d’un certain nombre de réseaux pro-Netanyahou, qui dès que quelqu’un prend la parole pour défendre le peuple palestinien, essaient de judiciariser la procédure pour faire passer du soutien légitime et nécessaire et vital au peuple palestinien pour de l’apologie du terrorisme ou de l’antisémitisme. On vit ça dans ce pays depuis maintenant plusieurs mois et c’est absolument inacceptable."

"Rima Hassan a fait l’objet de 16 procédures pour des propos, et dans 13 d’entre elles, ça a été classé sans suite"

Personne ne reproche à Rima Hassan ou à qui que ce soit de défendre la cause palestinienne. Quand pour le faire elle cite Kozo Okamoto, un terroriste ancien membre de l’armée rouge japonaise, responsable du massacre de 26 passagers à l’aéroport Ben Gourion. Elle cite cette personne en disant : « j’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne, tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit mais un devoir ». La résistance, ça fait référence à quoi ?

"À la résistance exemplaire et héroïque du peuple palestinien depuis des années et des années face à la colonisation, face à l’oppression. Et d’ailleurs elle a le droit de le faire, vous savez pourquoi ? Parce que le droit international reconnaît la légalité et la légitimité de la résistance du peuple palestinien. Dans une situation d’oppression, vous avez le droit international qui reconnaît la légitimité de la résistance. Ensuite, ce que le droit international proscrit, c’est ce qu’on appelle les crimes de guerre. Et en l’occurrence, puisque vous parlez du Hamas, ils ont fait des crimes de guerre. Il y a compris des mandats d’arrêt devant la Cour pénale internationale qui visent M. Netanyahou et qui visent les dirigeants du Hamas."

La Cour de cassation hier a considéré que quand on qualifiait le Hamas de mouvement de résistance, ce qu’a fait à plusieurs reprises Rima Hassan, c’était de l’apologie du terrorisme.

"Rima Hassan n’a absolument pas dit les propos que vous lui prêtez et Rima Hassan fait partie des gens qui ont dit après les attentats du 7 octobre que ces attentats étaient inacceptables. En l’occurrence, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, Rima Hassan a fait l’objet de 16 procédures pour des propos, et dans 13 d’entre elles, ça a été classé sans suite. Les trois autres sont encore en cours aujourd’hui."

Est-ce que on peut aussi comprendre sur ce sujet sensible et légitime qui est la cause du peuple palestinien que Rima Hassan peut ne pas être la personne la plus adéquate pour la défendre ? Est-ce que vous, Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise, vous auriez cité ce tweet de Kozo Okamoto ?

"On a absolument le droit d’être en désaccord avec les positions qui peuvent être prises par Rima Hassan. C’est le débat démocratique. On combat les positions politiquement. Mais on n’instrumentalise pas la justice, on n’instrumentalise pas la police, on n’instrumentalise pas la lutte nécessaire contre l’antisémitisme pour faire taire des gens. Rima Hassan a supprimé son tweet. Donc c’est bien la preuve qu’elle a considéré qu’il pouvait y avoir une incompréhension. Donc non, je ne l’aurais pas fait."

"Le parquet n’a pas confirmé cette présence de drogue (sur Rima Hassan). Il a parlé d’une substance qui pourrait s’apparenter à de la drogue"

Est-ce qu’il vous arrive de vous interroger, même si vous nous dites que c’est faux ce matin, sur la consommation de drogue dans les rangs de la France insoumise, de votre parti ? Andy Kerbrat qui avait acheté de la drogue à un mineur, qui est revenu à l’Assemblée nationale. Le parquet a confirmé cette présence de drogue.

"Le parquet n’a pas confirmé cette présence de drogue. Il a parlé d’une substance qui pourrait s’apparenter à de la drogue. Moi ce que je demande aujourd’hui, c’est que le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Justice diligentent des enquêtes administratives pour savoir pourquoi on peut suivre une garde à vue quasiment en direct sur la base d’informations mensongères. Je vais saisir l’ARCOM pour que tous les médias qui ont relayé ces fausses informations présentent leurs excuses et soient sanctionnés."

Vous êtes moins en colère quand ces fuites concernent des adversaires politiques, d’anciens présidents de la République ? On vous a rarement entendu hurler quand c’était des dossiers concernant Nicolas Sarkozy ou d’autres.

"Non, absolument pas. Moi j’ai toujours défendu le secret de l’enquête et le secret de l’instruction, qui sont des principes à mon avis essentiels de notre État de droit. Vous savez, je vais vous raconter une histoire : la dernière fois, pendant la campagne des élections municipales, on m’a fait pareil. On m’a posé des questions sur Sébastien Delogu, le candidat insoumis à Marseille. On m’a dit : il s’est fait livrer de la drogue à son domicile. Deux jours après, on a appris que c’était des meubles qu'il s’était fait livrer. Donc ça fait deux fois. Donc au bout d’un moment, c’est trop en fait, ça suffit. Parce que la France insoumise, on a le droit de ne pas être d’accord avec elle, on a le droit de critiquer ses positions politiques, pas de problème. Mais par contre, on n’a pas le droit de la salir et on n’a pas le droit de le faire sans respecter les règles de la déontologie et de l’État de droit."

"Cette loi vise à détourner l’accusation d’antisémitisme pour réprimer les voix qui critiquent la politique du gouvernement Netanyahou"

Une proposition de loi visant à répondre à l’explosion des actes antisémites va arriver à l’Assemblée nationale. Qu’est-ce qui vous gêne dans cette loi ?

"C’est ce que disent de nombreuses associations de défense des droits de l’homme : cette loi, contrairement à ce qui est dit, n’a absolument pas pour objectif de lutter contre l’antisémitisme. Si c’était le cas, évidemment je la soutiendrais. Cette loi vise à détourner l’accusation d’antisémitisme pour réprimer les voix qui critiquent la politique du gouvernement Netanyahou. C’est ça l’objectif de cette loi. Et donc c’est une loi extrêmement dangereuse. Et donc moi j’appelle toutes celles et ceux qui nous écoutent à se mobiliser pour empêcher cette loi d’être votée. Il y a notamment une pétition sur le site de l’Assemblée nationale qui a déjà été signée par plus de 100 000 personnes."

Est-ce que vous faites partie des gens qui ont du mal à accepter le fait que de plus en plus, notamment après le 7 octobre, certains utilisent l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme ?

"L’antisionisme n’est pas une forme d’antisémitisme. Si on entend par antisionisme la critique de la politique du gouvernement Netanyahou, la critique de la colonisation en Cisjordanie, la critique de ce qui se passe à Gaza, alors non seulement on a le droit mais on a le devoir de dénoncer cette politique. L’antisémitisme, c’est s’en prendre à une personne en raison de sa confession, de son origine. Et ça, il faut évidemment le combattre absolument. Mais ça n’a strictement rien à voir avec la critique légitime et nécessaire de la politique du gouvernement israélien."

Autre projet de loi qui risque de provoquer de vifs débats, c’est la nouvelle loi sur le séparatisme annoncée par le ministre de l’Intérieur. C’est une démarche prioritaire pour vous aussi ?

"Non, absolument pas. Je pense que le gouvernement fait du bruit pour continuer une politique qui vise à essayer de rendre en France les personnes de confession musulmane responsables de tous les maux. On a parlé tout à l’heure du prix du carburant, c’est ça les difficultés auxquelles les gens sont confrontés. Et cette manière de faire des musulmans un punching-ball électoral, c’est insupportable. Je trouve ça abject, je trouve ça honteux."

Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire après les insultes visant le maire de Saint-Denis, Bali Bagayoko. Il a même proposé de fermer CNews. Est-ce que vous partagez cette position ?

"Quand vous avez une chaîne d’information qui a une convention avec la puissance publique pour lui attribuer un canal de diffusion, et qu’elle ne respecte aucune des règles de cette convention… Quand vous comparez un maire à un singe, quand vous le comparez à une tribu primitive, ça s’appelle du racisme. Les sanctions existent déjà, il y a eu des amendes. Donc il faut monter d’un niveau de sanction. Et monter d’un niveau de sanction, c’est remettre en cause la diffusion des programmes. Sinon quoi ? On considère que c’est normal de faire ça ? Moi j’appelle toutes celles et ceux qui nous écoutent à exprimer leur solidarité avec Bali Bagayoko. Le racisme n’a pas sa place en France."

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