Présenté comme une première mondiale dans le domaine du film non animé, "Remember the Future : 2320" mise sur un univers futuriste spectaculaire tout en divisant déjà critiques et spectateurs.
"C'est comme une assistante qui a travaillé avec moi pendant autant d'années"
Le cinéma entre dans une nouvelle zone d’expérimentation. Avec "Remember the Future : 2320", un long-métrage français conçu entièrement grâce à l’intelligence artificielle, la frontière entre création humaine et production automatisée semble plus floue que jamais. Le film revendique un processus de fabrication intégralement basé sur l’IA : scénario, images, animations, musiques et personnages numériques auraient tous été générés par différents outils spécialisés.
Le film plonge le spectateur dans un futur situé au XXIVe siècle, dans un univers mêlant science-fiction, esthétique pop et visions dystopiques. Le récit navigue entre voyages temporels, réflexion sur la technologie et critique de la dépendance numérique. Les séquences dévoilées montrent des paysages futuristes, des créatures fantastiques et des scènes volontairement spectaculaires, parfois proches du jeu vidéo ou du clip musical.
Alors, comment son réalisateur, Philippe Shangti, a-t-il travaillé ? "J'ai un univers artistique depuis plus d'une vingtaine d'années. Ce que j'ai fait, c'est : j'ai intégré tout mon univers artistique dans un générateur IA qui a travaillé dans un genre d'aura, c'est un cercle fermé avec tout mon travail et mon univers à l'intérieur. Donc, quand je travaillais, je communiquais avec mon IA, elle ne pouvait pas chercher des choses à l'extérieur. C'est-à-dire que elle s'imprégnait déjà de mon style, ma patte, mon identité, mon univers, comme une assistante qui a travaillé avec moi pendant autant d'années", raconte Philippe Shangti à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Réaliser des cascades qui peuvent être mortelles pour les cascadeurs
Mais cette première suscite autant de fascination que de scepticisme. Certains observateurs saluent une démonstration technologique impressionnante et voient dans ce film le début d’une nouvelle manière de produire des œuvres audiovisuelles à moindre coût. "Impossible. Je suis capable de juger, de critiquer l'outil, puisque c'est un outil aujourd'hui. Je peux le dire de manière bien claire : à l'heure actuelle, ce qui est certain, c'est que ça ne peut pas remplacer un acteur", assure Philippe Shangti au micro de Sud Radio. "Un acteur, il y a un vrai travail derrière, un vrai travail de longue haleine. Il y en a qui vont travailler pendant même une décennie pour devenir la personne qu'ils sont aujourd'hui en tant que comédien au cinéma. L'IA n'est pas capable d'aller dans les détails, dans les intonations, dans les émotions, dans l'attitude. Chaque comédien a son truc, son style, son essence. L'IA ne travaille pas comme ça", poursuit Philippe Shangti.
À l'avenir, faudra-t-on séparer clairement les films IA des films traditionnels en interdisant le mélange des genres ? "Je pense que l'IA va être utilisée de manière hybride. Comme, à un moment donné, on a vu arriver dans la réalisation des films techniquement des décors verts, des décors bleus qui ont enlevé les contraintes d'aller sur place dans des lieux compliqués pour faire des scènes. Je pense que ça peut aider des cascades qui peuvent être mortelles pour les cascadeurs et des scènes qui sont complexes à réaliser par des humains. Là, il y a un vrai intérêt d'utiliser l'IA pour compléter et faire monter en puissance créative un film traditionnel, venir en complément pour apporter un aspect technique", répond Philippe Shangti au micro de Sud Radio. "Ensuite, je pense que oui, il faudrait qu'il y ait une catégorie complètement dédiée au film en IA. Ça, c'est certain. Mais je pense que les deux vont arriver. Au fur et à mesure, les cases vont devenir évidentes", poursuit Philippe Shangti sur Sud Radio.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.