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Élisabeth Borne : "Une femme présidente serait une bonne chose pour notre pays"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Carburants, pouvoir d'achat, 2027 : Élisabeth Borne, ancienne Première ministre, députée du Calvados et auteure de "Réveillons nous !" (Robert Laffont), était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Élisabeth Borne
Élisabeth Borne, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 19 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Droit d’inventaire du macronisme, bilan d’Emmanuel Macron, division du bloc central, présidentielle de 2027, sécurité, chômage, taxe d’habitation, institutions, place des femmes en politique. Au micro de Sud Radio, Élisabeth Borne a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Je ne suis pas en rupture avec le macronisme"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Dans votre livre “Réveillons-nous !”, vous revendiquez un droit d’inventaire et dites que personne ne défend le bilan. À qui pensez-vous ?
Élisabeth Borne : “C’est un constat. Je vois que personne ne rappelle que, peut-être, par exemple sur l’attractivité du pays, la création d’emplois, il y a des succès, sur la transition écologique aussi. Et puis c’est vrai qu’il y a d’autres domaines dans lesquels on a pu mettre beaucoup de moyens supplémentaires. Je pense par exemple à la création de 15.000 postes de policiers et gendarmes, et pour autant on n’a pas réglé les problèmes de narcotrafic.”

Édouard Philippe et Gabriel Attal semblent aujourd’hui en rupture avec Emmanuel Macron. Vous, l’êtes-vous ?
“Moi, je ne suis pas en rupture. Je pense qu’il est important de dire ce qui a marché, par exemple sur l’emploi, mais aussi ce qui n’a pas marché, et de comprendre pourquoi. Cela suppose de la durée et de la constance dans l’action. L’instabilité de la fin du quinquennat, depuis la dissolution, ne donne pas cette capacité à agir dans la durée.”

Avec “Réveillons-nous !”, qui s’est endormi ?
“C’est d’abord la classe politique, qui ne prend peut-être pas la mesure de la gravité de la situation, notamment au plan international. C’est aussi un appel à la lucidité. Il faut mesurer les défis qui sont devant nous. Les responsables politiques doivent se retrousser les manches pour s’attaquer aux causes, et pas seulement aux symptômes.”

Vous avez quitté les instances dirigeantes de Renaissance. Qu’est-ce qui vous a agacée ?
“Pour moi, un parti politique est un endroit où l’on débat et où l’on échange sur des idées. Il y a des enjeux de méthode et des enjeux de ligne avec lesquels je peux ne pas être d’accord. C’est pour cela que j’ai souhaité me mettre en retrait. Je veux me consacrer à mon mouvement, Bâtissons ensemble, précisément pour rassembler.”

Vous restez donc fidèle aux intuitions de départ du macronisme ?
“Je reste convaincue que les intuitions de départ étaient pertinentes. Soutenir la création d’entreprises, l’innovation, l’égalité des chances, affronter la transition écologique, la transition démographique et la révolution de l’intelligence artificielle, cela reste essentiel. Je crois aussi qu’il faut porter un projet à l’échelle européenne. Les réponses doivent se bâtir à cette échelle-là.”

Candidatures pour 2027 : "Je n’ai pas de problème personnel avec Gabriel Attal. Les jeux tactiques ne sont pas à la hauteur de la situation"

Gabriel Attal prépare un meeting, Édouard Philippe aussi. Est-ce un concours de muscles ?
“Aujourd’hui, les Français peuvent attendre qu’on leur propose des idées, des pistes d’action et un projet. On voit beaucoup d’aventures individuelles et de jeux tactiques. Peut-être que tout cela n’est pas à la hauteur de la situation. Il faut d’abord répondre aux attentes des Français.”

Vous craignez un éparpillement des candidatures en 2027 ?
“Si le bloc central se divise, il y a un risque important d’avoir un deuxième tour entre les deux extrêmes. Ce n’est évidemment pas ce que je souhaite pour mon pays. Ce serait une erreur profonde d’avoir trop d’aventures individuelles. Il faut se rassembler, de la gauche réformiste à la droite modérée.”

En voulez-vous à Gabriel Attal de se lancer ?
“Je n’ai pas de problème personnel. Je pense simplement qu’il faut sortir des aventures individuelles et des jeux personnels, quels qu’ils soient. L’objectif doit être de se rassembler pour proposer un projet aux Français. C’est ce que j’essaie de porter dans ce livre.”

"Je me projette dans les élections législatives"

Vous-même, pensez-vous à 2027 ?
“Ce n’est pas le sens de ma démarche. Avant de parler d’aventure individuelle, il faut mettre des propositions sur la table. Il faut essayer de rassembler le plus largement possible. C’est seulement comme cela que l’on peut avancer.”

Vous ne dites donc pas non à une candidature présidentielle ?
“Je pense qu’on a intérêt à réfléchir aux législatives. Tout le monde parle de la présidentielle, mais s’il y a une élection présidentielle en 2027, il y aura sans doute une élection législative. Il faudra éviter de se retrouver dans la situation actuelle, avec une Assemblée sans majorité. Moi, je me projette dans les élections législatives.”

Face au Rassemblement national et à Jean-Luc Mélenchon, quelle doit être la réponse ?
“Notre responsabilité est précisément de nous rassembler, de la gauche réformiste à la droite modérée. Il faut un candidat qui porte un projet et qui donne de l’espoir aux Français. Il faut aussi s’attaquer vraiment aux causes des difficultés que rencontrent nos concitoyens. C’est comme cela que l’on peut avancer.”

"Une femme présidente, ce serait une bonne chose pour notre pays"

Les femmes ont-elles aujourd’hui trouvé toute leur place en politique ?
“Je pense qu’on est loin du compte. Il y a des listes paritaires aux élections municipales, mais 80 % des maires sont des hommes. Dans les débats sur la présidentielle, on voit encore beaucoup d’instances uniquement masculines. Il y a encore du chemin à faire pour avoir une véritable parité en politique.”

Dans votre camp, Édouard Philippe et Gabriel Attal se positionnent. Les femmes sont-elles encore trop absentes ?
“Quand il y a des instances de coordination, il n’y a aucune femme autour de la table. Ces messieurs seraient bien inspirés de remarquer que la moitié de l’humanité, ce sont des femmes. Il faut leur donner leur place. C’est aussi un enjeu pour les prochaines échéances politiques.”

Une femme présidente, est-ce qu’il serait temps ?
“Je pense que ce serait une bonne chose pour notre pays. Ensuite, on verra comment la campagne avance dans les prochains mois. Mais ce n’est pas n’importe quelle femme. Marine Le Pen présidente, je ne pense pas que ce serait une bonne chose.”

"Il faut moins voter de nouvelles lois et se préoccuper davantage des lois déjà votées"

Vous dites ne pas avoir compris la décision de vous remplacer début 2024. Avez-vous été retirée trop tôt du pouvoir ?
“Ce n’est pas moi qui en ai décidé. Je dis simplement que pour avoir des résultats, il faut du temps et de la constance. Les Français attendent que les annonces se traduisent concrètement dans leur vie quotidienne. Ces dernières années, on en a manqué.”

Comment expliquez-vous que le pays soit aujourd’hui dans une situation difficile ?
“Je pense que tout n’est pas négatif, et cela mérite d’être dit. Le chômage a néanmoins baissé, et il n’y a jamais eu autant de personnes qui ont un travail. Mais nous faisons aussi face à des crises. Pour les surmonter, il faut agir à l’échelle européenne.”

Le plein emploi était pourtant une promesse forte d’Emmanuel Macron. Pourquoi le pays semble-t-il bloqué ?
“On a besoin de durée et de constance. Beaucoup de réformes ont été engagées, mais elles ne sont pas forcément allées au bout. Je pense par exemple au service public de la petite enfance, voté en 2023, mais qui ne s’est pas déployé. Il faut moins voter de nouvelles lois et davantage traduire dans le concret les lois déjà votées.”

Sur la petite enfance, comment expliquez-vous les affaires qui touchent le périscolaire parisien ?
“Je m’explique mal qu’il n’y ait pas plus de rigueur dans les recrutements de ceux qui accompagnent les jeunes enfants. Des procédures existent normalement pour vérifier les antécédents. Ces vérifications sont indispensables. On ne peut pas mettre des animateurs en contact avec des enfants sans ces garanties.”

"Je n’ai pas croisé un Français qui me dise merci pour la suppression de la taxe d’habitation !"

Vous proposez un septennat non renouvelable, un Conseil des ministres présidé par le Premier ministre et une dose de proportionnelle. Est-ce un constat d’échec des institutions ?
“On finit par confondre le rôle du président de la République et celui du Premier ministre. Je pense qu’il faut un responsable de l’exécutif bien identifié, et que ce soit le Premier ministre, puisqu’il est responsable devant le Parlement. Le septennat non renouvelable, le Conseil des ministres présidé par le Premier ministre et une dose de proportionnelle permettraient sans doute à nos institutions de mieux fonctionner. Nous avons besoin de durer et de trouver des compromis.”

La suppression de la taxe d’habitation a-t-elle été une erreur ?
“Ce que je constate, c’est que ce sont plus de 20 milliards d’euros de recettes en moins que l’État compense aux collectivités. Je n’ai pas croisé un Français qui me dise merci pour la suppression de la taxe d’habitation. Les collectivités n’ont plus la capacité de lever cet impôt. C’est un lien qui se rompt entre la commune et une partie des habitants.”

Il ne fallait donc pas supprimer la taxe d’habitation ?
“Je note que cette décision n’a pas répondu au problème de pouvoir d’achat que rencontrent beaucoup de Français. Elle a aussi privé les collectivités d’un levier indispensable. Lever l’impôt permet d’avoir une indépendance et une autonomie d’action. C’est une question importante pour les communes.”

Sur les retraites, faut-il revenir au débat sur la capitalisation ou le système à points ?
“On travaille moins chaque année et moins longtemps que nos voisins. Si l’on veut garder un modèle social généreux, il faut davantage de Français au travail. Cela passe par l’accompagnement des jeunes et le maintien des seniors dans l’emploi. Cela veut aussi dire que ceux qui le peuvent doivent travailler un peu plus longtemps.”

"La baguette magique, sur la sécurité ou le chômage, ça n’existe pas"

Un auditeur de Sud Radio vous interpelle sur l’insécurité et les moyens de la police. Que répondez-vous ?
“Il faut plus de moyens pour nos policiers et nos gendarmes, et plus de policiers et de gendarmes. Il faut aussi plus de moyens pour la justice. Quand les policiers arrêtent des malfaiteurs mais que la justice ne suit pas, c’est extrêmement frustrant. J’ai fait voter des lois de programmation pour augmenter les moyens de l’Intérieur et de la Justice.”

A-t-on fermé les yeux trop longtemps sur la montée de la violence ?
“Il y a des problèmes réels de sécurité et il faut des réponses fermes. Cela suppose de donner des moyens à la police et à la gendarmerie. Cela suppose aussi d’en donner à la justice. C’est le sens de l’augmentation de 50 % des moyens de la justice votée quand j’étais Première ministre.”

Une auditrice de Sud Radio vous reproche dix ans de pouvoir et la hausse du chômage. Vous sentez-vous responsable ?
“Le chômage remonte, mais je redis qu’il n’y a jamais eu autant de Français en emploi. Tout n’a pas forcément fonctionné, et c’est pour cela que je revendique un droit d’inventaire. Il faut voir ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Mais il faut aussi se méfier des promesses de baguette magique.”

Avec “Réveillons-nous !”, dites-vous que le pays s’est endormi ?
“Je ne dis pas qu’on s’est endormi dans l’action. Je dis qu’il faut prendre la mesure des défis devant nous, avec les crises internationales et un modèle social qui coûte de plus en plus cher. Il faut s’attaquer aux causes, pas seulement aux symptômes. Les solutions populistes ne marchent pas.”

Sur la concentration des médias et la polémique autour de Vincent Bolloré à Cannes, quelle est votre position ?
“La concentration des médias est un problème. Les réseaux sociaux et les manipulations de l’information sont aussi un problème. Il faut des médias variés et un service public audiovisuel auquel je suis attachée. Il faut aussi des règles sur les réseaux sociaux, où c’est aujourd’hui la loi de la jungle.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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