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Boris Vallaud : "Nous ne renonçons pas à la censure"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - "Nous ne renonçons pas à la censure" selon Boris Vallaud, député des Landes et président du groupe socialiste à l'AN. Il était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

Boris Vallaud, censure, PS
Boris Vallaud interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 13 novembre 2025, dans “L’invité politique”.


Le parti socialiste conserve toutes les armes à sa disposition contre le gouvernement, y compris la censure. Au micro de Sud Radio, Boris Vallaud a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

13 novembre : Salah Abdslam "doit purger l’intégralité de sa peine"

Jean-François Achilli : Dixième anniversaire des attentats de Saint-Denis et de Paris. Chacun se souvient. Où étiez-vous ce soir-là ?

Boris Vallaud : "Écoutez, j’étais chez moi au moment des premières attaques, et j’ai rejoint ensuite la cellule de crise, place Beauvau, alors qu’une attaque était en cours. J’étais secrétaire général adjoint de l’Élysée. J’ai le souvenir de cette cellule de crise où le bilan s’aggravait, et chacun était saisi d’effroi face à l’horreur, à la monstruosité. J’ai le souvenir aussi d’une mécanique implacable, d’un État en marche — ce qui est plutôt rassurant — d’un président de la République et d’un gouvernement très mobilisés mais très calmes aussi. Et puis ce message du président de la République, un peu avant minuit, aux Français, qui résonne encore en chacun d’entre nous."

Dix ans après, Boris Vallaud, que dites-vous du détenu à perpétuité Salah Abdeslam, qui vraisemblablement a reçu une clé USB avec des messages radicalisés, et qui veut désormais parler aux familles des victimes ?

"D’abord, le fait qu’une clé USB puisse circuler laisse quand même songeur. Il y a sans aucun doute une faille, mais je ne doute pas que les services pénitentiaires s’interrogeront sur la possibilité de cela. Par ailleurs, j’ai entendu, comme vous, via son avocate, la proposition de Salah Abdeslam de rencontrer les familles des victimes, les parties civiles. La réponse leur appartient. Je ne suis pas certain qu’elles répondront favorablement. En tout cas, il doit purger l’intégralité de sa peine. Et nous devons avoir une pensée pour toutes les victimes, pour nos services de sécurité, pour les services de secours, qui ont fait un travail absolument exceptionnel, avec un courage, une dignité, un engagement qui forcent l’admiration, aujourd’hui encore."

Suspension de la réforme des retraites : "J’ai envie de dire surtout victoire pour le mouvement social, pour les Français qui, par millions, avaient manifesté dans les rues"

Jean-François Achilli : Le vote d’hier, une victoire pour le Parti socialiste après cette suspension de la réforme des retraites ? Que dites-vous ce matin ?

Boris Vallaud : "Moi, j’ai envie de dire surtout victoire pour le mouvement social, pour les Français qui, par millions, avaient manifesté dans les rues. Victoire pour les centaines de milliers, les millions de Français qui vont bénéficier d’un trimestre de réduction du temps de travail. Pour tous ces hommes et toutes ces femmes, pouvoir partir un trimestre avant, ce n’est pas rien."

Vous dites victoire, mais après tout, ce n’est qu’une suspension : il n’y a pas d’abrogation.

"Vous avez parfaitement raison. C’est quand même un à deux trimestres gagnés. J’ai envie de dire : c’est le verre à moitié vide, pas plus, bien sûr. Mais il y en a qui choisissent le verre complètement vide. Nous, on choisit le verre à moitié vide, avec la perspective, évidemment, d’une abrogation de cette réforme, notamment à l’occasion des élections présidentielles."

"Ceux qui choisissent le verre complètement vide, ce sont ceux qui ont voté contre hier, qui sont dans le tout ou rien, et qui préfèrent finalement le rien. Nous, on a préféré qu’il y ait des avancées concrètes pour les Françaises et les Français : carrières longues, carrières pénibles dans la fonction publique… pompiers, policiers, aides-soignantes, infirmières… ce n’est pas rien. Et ceux qui considèrent que ce n’est pas grand-chose se paient un luxe que les classes populaires ne peuvent pas s’offrir."

Jean-François Achilli : Vous remerciez le Rassemblement national d’avoir voté avec vous ?

Boris Vallaud : "Non, je ne remercie personne. Je me bats pour les Françaises et les Français."

Vous vous rendez compte, vous avez voté avec le RN quand même.

"Ce sont eux qui ont voté avec nous. Mais je fais l’observation qu’ils ne voulaient pas débattre de ce budget ; ils voulaient renverser ce gouvernement, renvoyer à des élections très hypothétiques la suite des choses. Ils ont pris le risque de tout faire perdre aux Françaises et aux Français. Nous, on a fait un autre choix : considérer ce qui était inadmissible dans ce projet de budget, et pied à pied, dans le débat parlementaire, faire reculer le gouvernement."

Ceux qui pratiquent le verre vide, c’est la France insoumise. Ils disent de vous que vous avez obtenu une arnaque. Que leur dites-vous ?

"Je ne leur dis rien. Ils ont choisi la stratégie du tout ou rien. Et pour les Français, souvent, c’est rien. Nous, on n’a pas fait ce choix. Qu’ils soient durs, ça m’indiffère. Je m’en fiche complètement. Quand je retourne dans ma circonscription, que je vois des hommes et des femmes qui ont des vies difficiles, quand ils peuvent partir à la retraite plus tôt, ils sont très contents."

Ce sont les gains du Parti socialiste qui a décidé de ne pas renverser le gouvernement ?

"C’est le gain de tous ceux qui décident de se battre et d’être utiles, et de ne pas renvoyer à 2027, à une hypothétique destitution du président de la République, ou au pari de la dissolution. Aujourd’hui, dans le débat parlementaire, nous essayons de ramener des victoires à la maison pour les Françaises et les Français."

"Le compromis, on le construit forts de ce que nous sommes, de la place que nous occupons, de la possibilité de faire ou de défaire un gouvernement, un budget, de nous abstenir ou de voter contre"

Jean-François Achilli : Avec Olivier Faure, il y a eu une menace de censure pour obtenir cette suspension.

Boris Vallaud : "La pression ne se dément pas."

Ce n’est pas un compromis : c’est une menace ?

"Le compromis, on le construit forts de ce que nous sommes, de la place que nous occupons, de la possibilité de faire ou de défaire un gouvernement, un budget, de nous abstenir ou de voter contre. Il était prévu l’augmentation de la CSG pour les pensions de retraités, une augmentation des cotisations pour les apprentis, la suppression des aides à l’embauche dans les Outre-mer, la réduction des exonérations sur les chèques-vacances et tickets-restaurant ; il devait y avoir des franchises chez les dentistes et sur les dispositifs médicaux. Il n’en est plus question. Et hier, nous avons obtenu deux choses : le dégel des pensions et le dégel des minima sociaux."

Comment finance-t-on cette suspension, ces carrières longues ? On parle de près de 2 milliards…

"Il y a notamment la hausse de la CSG sur les revenus du capital. Nous nous sommes battus, dans le budget de l’État et dans celui de la sécurité sociale, pour plus de solidarité nationale de la part de ceux qui le peuvent, afin d’épargner ceux qui n’ont que leur travail."

Jean-François Achilli : Sébastien Lecornu passe l’hiver puisqu’il n’y a plus de censure ?

Boris Vallaud : "Vous connaissez la formule : c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses. Le texte part au Sénat ; on verra dans quel état il revient, puis en commission mixte paritaire, puis à l’Assemblée nationale."

Il y a toujours une menace de censure du PS ?

"Toutes les armes constitutionnelles à notre disposition, nous les conservons. Y renonçons-nous ? Non. Menaçons-nous de façon constante ? Non. Nous avançons. Nous avons déjà obtenu beaucoup, ce n’est pas rien. Et nous continuons avec la même détermination."

Ce n’est pas que de la petite politique. Il y a les municipales, puis la présidentielle de 2027. La France insoumise : le divorce est total ?

"Vous me posez la même question et je vous fais la même réponse. Oui, c’est terminé. Et nous essayons de construire une union de la gauche qui va de Raphaël Glucksmann à Clémentine Autain, de François Ruffin à Aurore Lalucq, avec des socialistes très impliqués."

Jean-François Achilli : Il y a eu un événement important hier soir : c’est l’annonce de la remise en liberté de Boualem Sansal. Vous l’avez saluée vous-même. Un grand bonheur.

Boris Vallaud : "Voilà, un grand bonheur. Je pense d’abord à lui, à ses proches, et puis à nous tous qui étions dans l’angoisse. On sait qu’il a une santé qui est une santé fragile. Il faut remercier le président allemand, qui, par son intercession, a permis cette grâce et cette libération. Et on souhaite maintenant qu’il puisse non seulement être pris en charge sur le plan de la santé mais qu’il puisse retrouver les siens. Et voilà, c’est un soulagement."

Vous dites merci à Frank-Walter Steinmeier, le président allemand, qui a une bonne relation avec le président Tebboune. C’est un camouflet pour la diplomatie française quand même, de passer par Berlin pour obtenir enfin cette remise en liberté ?

"Que la relation franco-algérienne soit difficile, soit dégradée, qu’il y ait la nécessité, parce que ce sont deux grands pays, deux grands peuples, deux grandes nations, de travailler de concert, me paraît être une évidence. Mais aujourd’hui, je veux simplement, moi, me réjouir de cette libération, et je crois que vous aussi."

Il y a un journaliste, c’est Christophe Glaize, qui est toujours détenu, qui reste un objet de marchandage d’Alger en direction de Paris. Ça reste sur la table.

"Ça n’est pas réglé. Vous avez raison de dire qu’il reste Monsieur Glaize, un journaliste, et que nous réclamons de la même manière que pour Boualem Sansal la libération. Les socialistes ont été constants dans leur exigence d’une libération de Monsieur Glaize et de Monsieur Sansal. Voilà. Moi, je suis au Parti socialiste, je ne m’exprime pas au nom d’autres sur les échiquiers politiques, mais en revanche, pour ce qui est des socialistes, nous sommes clairs, constants, et nous parlons haut et fort."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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