Dans son livre Nos vrais maîtres (Éditions L'Artilleur), Ghislain Benhessa raconte comment la France a abandonné sa souveraineté pour être gouvernée par l'Europe.
Ghislain Benhessa : "Nos gouvernants de Bruxelles, ces hommes qui apprécient un monde qui se règle de lui-même"
Périco Légasse : Qui sont les premiers responsables politiques européens qui ont accepté cette renonciation, cette démission ?
Ghislain Benhessa : C'est très simple. Sur la période de 1970 à 2026, donc notre actualité : quand de Gaulle démissionne à la suite du référendum perdu de mai 1969, ce printemps-là est tragique parce que c'est la fin des haricots. C'est terminé. Tout de suite après, je trouve ça très symptomatique : dès le jour d'après, Alain Poher, président du Sénat, fait un intérim à la suite de de Gaulle. Il n'est pas élu, c'est un visage bonhomme d'une France des élites un peu méconnues du peuple français. Et, je crois que c'est très drôle : Jean d'Ormesson écrira sur Alain Poher : "Il a le pouvoir de l'ennui". C'est-à-dire qu'on ne remarque pas Alain Poher. Et je rappelle qu'Alain Poher est un homme qui va causer des dommages collatéraux à long terme qui sont hallucinants. Il va choisir des hommes au Conseil constitutionnel, il va avoir un impact délirant. C'est un monnetiste. Et il n'est pas le seul. Je pense que c'est là où l'air du temps a changé : après de Gaulle, petit à petit, montent sur les grandes marches de l'administration française jusqu'à l'Élysée des hommes qui sont mieux à Bruxelles qu'à Paris.
Périco Légasse : C'est quoi, cette mouvance, c'est le centrisme atlantiste ?
Ghislain Benhessa : C'est des libéraux centristes. Je trouve que c'est les hommes qui se lovent extrêmement bien dans cette dictature de l'ennui. Ils apprécient un monde qui se règle de lui-même. Vous savez, le monde de la gouvernance. Le monde où, tout d'un coup, la technocratie l'a emporté. Et les centristes sont très à l'aise dans un monde qui s'autorégule : vous ne prenez pas de responsabilités, vous ne prenez pas de risques, vous ne mettez pas en jeu votre mandat…
Périco Légasse : Emmanuel Macron n'est-il pas la continuité de Jean Monnet ?
Ghislain Benhessa : J'y ai réfléchi récemment : Jean Monnet, d'où vient-il ? Il était banquier à la City à Londres, il a bossé chez Blair & Co à New York, il a rencontré une pelletée d'avocats new-yorkais qui l'ont accompagné dans sa vie. D'où vient Emmanuel Macron? L'Inspection des finances, puis surtout la banque Rothschild. Et Macron disait lui-même avant d'être élu qu'il ne voulait pas faire de politique, en tout cas pas à l'ancienne. Que tous ces vieux clivages, ça l'ennuie, qu'il faudrait un monde responsable qui s'autorégule. C'est un petit Jean Monnet de 2026.
"Si on continue comme ça, dans 15 ans, tout le reste des compétences aura été confisqué par l'Europe"
Périco Légasse : Puisque l'Europe des États-nations technocratiques ne marche pas, est-ce que l'Europe des peuples plutôt avec des entités régionales dans une grande confédération ou une fédération, est-ce que ça marcherait mieux ?
Ghislain Benhessa : D'une part, la démocratie est le cauchemar des européistes d'époque et, à mon avis, de beaucoup de ceux qui sont aujourd'hui aux manettes. Et, deuxièmement, vous savez, je pense qu'on confond deux problèmes. Je pense que l'Europe fait parfois le pari des régions contre les peuples et les nations, parce que ça l'arrange de penser une démolition de l'ensemble pour que rien ne subsiste. Concept très libéral ! Vous cassez tout pour fractionner, c'est la vieille phrase de "diviser pour mieux régner". Je veux dire que c'est ainsi que l'Europe fonctionne.
Et deuxièmement, je pense qu'il faut revenir à des choses extrêmement simples. C'est que le cauchemar de l'Europe, c'est la démocratie. Le cauchemar de l'Europe, c'est que les peuples revendiquent leur vérité et leur existence. Puisque ça veut dire que la tradition, la coutume, la langue, les peuples, les règles subsistent contre un empire qui se veut un empire totalitaire. Je m'explique : c'est ça que je reproche le plus à l'Europe. C'est que l'Union européenne et tous les juges dont je parle, des vrais maîtres, leur objectif, c'est de ne plus s'arrêter. Au début, on nous disait : 'c'est l'Europe du marché'. Au début déjà, ils rêvaient de l'Europe de la défense. Ensuite, on a fait l'Europe de la santé, c'était le Covid. Maintenant, on rêve de nouveau de l'Europe de la défense. Mais en parallèle, on fait quoi ? On fait l'Europe du changement de sexe, on fait l'Europe des libertés tous azimuts, on fait l'Europe des questions militaires, on fait l'Europe des questions sociales, des questions de travail. Du coup, ça veut dire quoi ? Si on continue comme ça, dans 15 ans, ce qui restera comme autonome pour les États, ce sera vaguement d'avoir le droit de changer le papier peint de la salle de cours… parce que tout le reste aura été confisqué par l'Europe. L'Europe, qui n'a eu pour but que d'une chose, c'est de tout rapter, de tout fédéraliser et de tout totaliser.
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