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Christophe Gomart : "On n'a pas les moyens de mener une guerre de haute intensité"

ENTRETIEN SUD RADIO - Alors que les débats sur le réarmement de la France et de l’Europe se multiplient, le député européen LR et ancien chef du renseignement militaire, Christophe Gomart, alerte sur l’état des capacités françaises. Invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio, il estime que les efforts budgétaires engagés ces dernières années restent largement insuffisants face au retour des conflits de haute intensité.

Christophe Gomart
Christophe Gomart, invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états"

Face à Périco Légasse, le général Christophe Gomart pointe la réduction drastique des moyens militaires depuis la fin de la guerre froide, évoquant notamment le passage de 1.300 chars au début des années 1990 à seulement 220 aujourd’hui. Il appelle à une "loi de programmation militaire de reconstruction" et juge que la France n’est plus préparée à faire face à une guerre majeure.

Christophe Gomart : "Les armées françaises sont dotées de 220 chars - au début des années 1990, on avait 1.300 chars"

Périco Légasse : On répète systématiquement depuis le début de ce conflit, et même depuis la polémique entre Pierre de Villiers et le président de la République, qui avait signalé que la France n'était pas forcément dotée des moyens militaires dont elle avait besoin. Y a-t-il eu des efforts de ce côté-là, et aussi au niveau du renseignement ?

Christophe Gomart : Beaucoup disent que le budget des armées a été doublé. Oui, sans doute, en euros. Mais à la fin des fins, à la fin de la loi de programmation militaire actuelle, il n'y aura pas plus de chars, il n'y aura pas plus d'avions Rafale ou pas plus de frégates. En revanche, avec l'actualisation de la loi de programmation militaire, qui va être augmentée, ça permettra de recompléter les stocks qui ont été vidés pour deux raisons. La première, c'est des stocks vidés parce qu'on a donné de l'armement et des munitions aux Ukrainiens. Et la deuxième est liée à la guerre en Iran, parce que nous avons protégé notre allié émirati et nos alliés du Golfe face aux drones ou face aux missiles lancés par les Iraniens. Donc, de mon point de vue, cette loi de programmation militaire est totalement insuffisante, et le prochain président de la République devra sans aucun doute doubler cette loi de programmation militaire pour avoir une loi de programmation militaire de reconstruction. Les armées françaises sont dotées de 220 chars Leclerc. Lorsque j'étais capitaine, au début des années 1990, l'armée française avait 1.300 chars. Aujourd'hui, des chars plus modernes, plus performants sans aucun doute, mais on voit bien le désarmement lié à la fin de la guerre froide.

Et aujourd'hui, compte tenu de l'évolution du monde, de la résurgence des empires, des États puissants, il est temps que la France prenne conscience que les menaces sont là, que l'Europe est prise en étau entre une Russie impérialiste, des États-Unis qui deviennent prédateurs (alors qu'ils étaient protecteurs), avec une Turquie qui cherche à réinventer l'Empire ottoman, avec une Chine qui cherche à nous imposer son économie et face au terrorisme islamiste, qui demeure. Donc oui, il est temps.

"C'était un choix politique de moins dépenser dans notre Défense"

Périco Légasse : En 1989, le Mur s'effondre, l'Union soviétique n'a plus que quelques années à vivre. Est-ce qu'il est cohérent et logique de la part d'un exécutif, d'un gouvernement, d'une classe politique et d'une armée de dire "bon, il y a une page de tournée, on a moins besoin de faire le stock de médicaments, l'épidémie est écartée ? Et puis, on a un allié très puissant qui sont les États-Unis, on a l'OTAN qui est là, on peut baisser la garde" ?

Christophe Gomart : C'est exactement ce qui s'est passé. C'était un choix politique de nos gouvernements successifs de plus dépenser dans le social ou le sociétal que dans notre propre Défense. La France dispose certes de son propre parapluie nucléaire. Mais on a laissé l'industrie partir en Chine et on a laissé l'énergie aux Russes, en particulier avec le gaz russe. Et on se rend bien compte aujourd'hui que l'Europe et la France sont un peu nues. Il serait temps de se rendre compte que ce monde est dangereux.

Le prochain président de la République devra montrer aux Français le besoin de courage, la nécessité de faire des sacrifices. Alors, c'est des mots qu'on n'aime pas entendre, mais la réalité est bien là. Si les Français savaient exactement l'état de l'armée française, ils seraient sidérés. On a une armée française qu'on voit bien le 14 juillet sur les Champs-Élysées, qui est très belle. J'ai connu l'armée française expéditionnaire au Mali, en Afghanistan… on a les moyens de faire ça. Et la France a toujours les moyens de faire ça. Mais de là à mener une guerre de haute intensité, je pense que la France aujourd'hui n'en a pas les moyens, malheureusement.

https://www.youtube.com/watch?v=zBd5nCc0k1M

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Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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