Pierre Chasseray estime que la taxation des carburants constitue un frein au pouvoir d’achat, à la mobilité et à l’activité économique. Face à l’endettement public, il plaide pour une baisse des prélèvements sur l’essence et le gazole, considérant que la relance de la consommation et le retour de la confiance des ménages seraient plus efficaces pour soutenir l’économie que la création de nouvelles taxes.
Pierre Chasseray : "Les donneurs de leçons s'augmentent leur enveloppe de frais de mandat lorsqu'il y a une augmentation des prix du carburant"
Pierre Chasseray : Symboliquement, ce qui m'a gêné, c'est qu'on parle de sobriété aux Français. On leur dit : "mais attendez, 2 euros le litre, ça va, c'est pas cher. On n'a pas besoin de vous aider. On va vous filer 100 balles et un mars uniquement pour des gros rouleurs". Et quand on regarde ça, on s'aperçoit qu'on a d'un côté les donneurs de leçons qui, eux, s'augmentent leur enveloppe de frais de mandat lorsqu'il y a une augmentation des prix du carburant. Et de l'autre, nous, les Français, et au bout du compte, il n'y a rien : le prix à la pompe reste le même. Ça, déjà, c'est une hérésie.
Le point de départ de l'écriture de ce livre a été cette phrase que tout le monde la répète, mais que personne ne comprend : "La France n'a pas les moyens de baisser les taxes". C'est faux ! la France n'a pas les moyens de ne pas baisser les taxes ! La taxe sur la mobilité, philosophiquement, c'est le truc le plus débile qu'on peut imaginer. Si on veut que les Français consomment, il faut qu'ils puissent sortir de chez eux. Si on leur met des factures de carburant qui grèvent leur pouvoir d'achat, ils ne sortent plus, ils ne consomment plus.
Je vais faire le parallèle avec les deux dernières statistiques qui sont tombées. La première, c'est l'augmentation du nombre de petits colis Amazon qui sont livrés, je crois que c'est +20%. Cela dit quelque chose de notre société. Pourquoi on se fait livrer ? Parce que c'est moins cher. Mais pas parce que c'est moins cher sur le produit - parce que c'est moins cher que de se déplacer. […] Le carburant est un impôt mort qui casse l'économie. Si on veut demain relancer notre économie directement, il faut baisser les prix du carburant.
"Dans la grande distribution, vous avez une marge de 2 ou 3 centimes par litre d'essence"
Périco Légasse : À combien s'élèvent les taxes sur le carburant ?
Pierre Chasseray : En gros, on est toujours aux alentours de 60% de taxes à peu près.
Périco Légasse : Donc 10 euros de carburant, 6 euros dans les caisses de l'État.
Pierre Chasseray : 6 euros dans les caisses de l'État. 4 euros pour la distribution, le pétrolier, le fournisseur, celui qui a transporté etc. Dans la grande distribution, vous avez une marge de 2 ou 3 centimes par litre d'essence, c'est pas grand-chose. Lorsque vous êtes dans une station indépendante, la marge, c'est plutôt 7 centimes. Ce qui veut dire que, grosso modo quand vous avez fait le plein chez Jacques Vesse en Aveyron, qui a sa station service, à la fin de votre plein, il ne peut pas encore se payer un café.
Il faut compter, en gros, sur la distribution avec le transport, 1,15 euro. Donc, vous imaginez bien 2 euros litre, on a déjà 1,20 euro qui part dans les taxes. Après, il va falloir se partager le biscuit avec ceux qui ont fait l'extraction du pétrole, à l'autre bout du monde, pour le ramener jusqu'ici. Grosso modo, avant que ça passe entre les mains du dernier transporteur, il reste en gros 60 centimes.
"Lorsque vous n'avez plus de carottes dans votre terrain et que vous ne plantez pas de carottes, il n'y aura pas de carottes !"
Périco Légasse : C'est plus facile finalement, - l'État qui est en déficit de 3.600 milliards de pertes, 70 millions d'intérêts de la dette à rembourser, - la première vache qu'on a envie de traire quand on est au ministère des Finances, c'est celui qui est le plus vulnérable, c'est l'automobiliste.
Pierre Chasseray : C'est un contresens. Je l'explique aussi dans ce livre : la France est devenue toxico. Quand vous êtes dans des ministères à embaucher des gars qui gagnent très bien leur vie et qu'à la fin de la réunion dans le ministère, on se dit : "bon ben, on a trouvé une solution, on va créer une taxe"… c'est vraiment le degré zéro !
La réalité, c'est que l'État n'a plus les moyens. Lorsque vous n'avez plus de carottes dans votre terrain et que vous ne plantez pas de carottes, il n'y aura pas de carottes ! C'est exactement ça. Donc, si vous prenez toutes les carottes de tout le monde, le terrain est vide, ça ne repousse jamais - c'est ça, le syndrome.
Aujourd'hui on se retrouve sur un système où on fait cette erreur. Est-ce que la France, déjà, a un problème économique ? La dette 3.000 milliards d'euros, OK, très bien. L'épargne en France, 6.000 milliards d'euros, le double. Qu'est-ce qui crée le fait que l'épargne française ne soit pas injectée dans l'économie ? Tous les économistes sont d'accord : c'est le manque de confiance. Lorsque vous avez confiance dans l'avenir, les gens investissent.
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