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Pourquoi les Houtis ne sont toujours pas inscrits sur la liste terroriste de l'UE

Par Estelle Solari

En visite à Paris début novembre 2026, la ministre yéménite, Afrah Al-Zouba, a réclamé l’inscription des Houthis sur la liste terroriste de l’UE pour couper leurs financements. Mais les 27 restent divisés, craignant une escalade en mer Rouge.

La ministre des Affaires Etrangères yéménite demande d'inscrire les Houthis dans la liste des organisations terroristes lors de sa visite à Paris en novembre 2026.
La ministre des Affaires Etrangères yéménite demande d'inscrire les Houthis dans la liste des organisations terroristes lors de sa visite à Paris en novembre 2026.(Photo by Fadhel Madan / AFP)

En visite hier à Paris le 3 novembre 2026, la ministre yéménite Afrah Al-Zouba, représentante du gouvernement reconnu par la communauté internationale, a réitéré sa demande : inscrire les Houthis sur la liste terroriste de l’UE. La politicienne compte également faire pression en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et en Grèce. Objectif ? Geler leurs avoirs et couper leurs financements. Mais la décision bloque encore, les 27 sont divisés.

Une accusation qui vise un ensemble "trop large"

Et pourtant, la proposition n’est pas nouvelle. Kaja Kallas, haute représentante de l’UE, avait déjà soumis l’hypothèse d’un ajout des Houthis sur la liste des organisations terroristes. Une demande qui s'explique par un contexte géopolitique tendu. Après la prise de Sanaa et une grande partie du Yémen en 2014, les Houthis, mouvement armé yéménite du nord, issu de la minorité zaydite et soutenu par l’Iran, affrontent sans relâche le gouvernement yéménite, soutenu par une coalition menée par l’Arabie saoudite.

Les Houthis sont accusés de crimes de guerre : bombardements sur des civils, tortures, détentions arbitraires, recrutement d’enfants soldats et blocus de l’aide humanitaire. La requête avait donc été soutenue par le Parlement européen le 22 octobre 2026. Elle désignait l’ensemble du mouvement houthi comme organisation terroriste, y compris son aile politique et sa branche armée. Et c’est justement cette désignation globale qui semble plus difficile à accepter.

Elle suppose de prouver l’implication terroriste de toutes les composantes du mouvement, et non seulement de sa branche militaire. L’UE a déjà imposé des sanctions aux Houthis, ciblées : elle ne visent pas encore le mouvement dans son ensemble comme organisation terroriste. Elles comprennent notamment un gel des avoirs et une interdiction de voyage pour plusieurs dirigeants et entités liées au mouvement.

Entre divergences diplomatiques et crainte des retombées

L’inscription d’un groupe sur la liste terroriste de l’UE exige l’unanimité des 27 États membres et si aucun État n’a publiquement posé de véto, la proposition n’a pas encore récolté tous les feux verts. Il existe des divergences diplomatiques car tous les États membres ne jugent pas l’inscription terroriste comme la meilleure réponse.

La réticence des membres de l’UE reflète surtout, une crainte collective des retombées. Et il faut dire que depuis octobre 2023, les Houthis attaquent des navires commerciaux en mer Rouge, en lien avec la guerre à Gaza. Alliés à l’Iran, ils se présentent comme membres de l’« axe de la résistance », aux côtés du Hamas, du Hezbollah et d’autres groupes opposés à Israël et aux États-Unis.

Missiles, drones, embarcations explosives, le groupe a notamment détourné un navire commercial le 19 novembre 2023. Leurs attaques visent une route maritime essentielle, proche du détroit de Bab el-Mandeb. Ces actions, parfois qualifiées de « crimes de guerre », perturbent une route maritime essentielle pour le commerce mondial et touchent directement les intérêts européens.

Une liste qui compte déjà 23 entités

Ces attaques ont provoqué des représailles américaines et britanniques et forcé de nombreux transporteurs à contourner l’Afrique. Résultat ? Des trajets plus longs et des coûts plus élevés. Si les Houthis ont affirmé à Bruxelles qu’ils ne cibleraient pas les bateaux européens, certains Européens craignent ainsi, qu’une inscription des Houthis sur la liste terroriste de l’UE soit perçue comme une escalade. Le mouvement pourrait alors viser plus directement les navires européens.

Al-Qaïda, le Hamas, le Jihad islamique palestinien, les Tigres tamouls... La liste antiterroriste de l’UE compte déjà 14 personnes et 23 entités. Dernière en date ? Le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), ajouté en février 2026. Les Houthis sont déjà soumis à des sanctions de l’ONU. Mais ne figurent donc pas sur la liste antiterroriste autonome de l’UE en 2026.

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