À six mois de l’élection présidentielle, le harcèlement scolaire s’impose comme un sujet de société et de politique publique. L’enquête Ifop, publiée en marge de la journée nationale contre le harcèlement scolaire ce 5 novembre 2026, révèle que trois Français sur quatre jugent l’action de l’Éducation nationale insuffisante. Une écrasante majorité attend des engagements concrets des futurs candidats.
Un phénomène en progression
Le harcèlement scolaire a progressé depuis une dizaine d’années, l’inquiétude aussi, particulièrement marquée chez les femmes (79%) et les 65 ans et plus (82%). Et il faut dire que les faits divers tragiques ne manquent pas.
Nicolas, 15 ans, suicidé à Poissy en 2023 après des signalements répétés de harcèlement, Lucas, 13 ans, mort en janvier 2023 dans les Vosges après des moqueries et insultes à caractère homophobe : Ce sentiment s’inscrit dans une succession de drames qui ont durablement marqué l’opinion.
Une École jugée trop passive
Sensibiliser, repérer les violences et encourager les victimes à parler : cette journée de sensibilisation mobilise les établissements et la communauté éducative. Mais l’étude met en évidence un déficit de confiance envers l’institution scolaire : 75% des Français considèrent que l’Éducation nationale n’en fait pas assez pour lutter contre le harcèlement.
Cette défiance renvoie directement aux difficultés de traitement des alertes. L’affaire de Nicolas a notamment cristallisé les critiques sur le traitement des requêtes. Ses parents avaient alerté le lycée dès la rentrée 2022, puis saisi le rectorat.
La réponse de l’administration évoquait les « risques pénaux d’une dénonciation inexacte », avait été qualifiée de « honte » par Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation nationale. Le sentiment d’impuissance est renforcé par la lenteur judiciaire. Dans le dossier de Lindsay, 13 ans, morte en 2023 dans le Pas-de-Calais, sa mère avait dénoncé l’absence de date de procès, plus de trois ans après le drame.
🏫 Journée mondiale du harcèlement scolaire 🗣️ @MagalieVicente : « C’est une utopie totale la promesse de l’interdiction des réseaux sociaux ❗️» 📺 https://t.co/ZtgvbSTep3 https://t.co/lhejxDfhKE
— Sud Radio (@SudRadio) November 5, 2026
Une forte demande de sanctions
Face à des faits établis, les Français ne veulent plus seulement de la sensibilisation. 93% souhaitent un accompagnement thérapeutique ou un suivi psychologique obligatoire pour les élèves auteurs, et 91% soutiennent un stage de sensibilisation ou des travaux d’intérêt général.
Les sanctions disciplinaires, y compris l’exclusion temporaire ou définitive, recueillent elles aussi 91% d’avis favorables. 87% veulent un signalement systématique à la justice, 84% des poursuites pénales et 89% des obligations pour les parents, comme un stage de parentalité ou une amende.
La médiation, souvent présentée comme une voie de réparation, convainc moins : seulement 30% y sont « tout à fait favorables ». Les Français n’excluent pas le dialogue, mais placent clairement la sanction au-dessus.
Un enjeu électoral pour 2027
Le numérique se place lui aussi, au cœur des inquiétudes. 83% des Français souhaitent une nouvelle loi pour interdire ou du moins, contrôler l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans.
Le harcèlement scolaire pourrait peser sur la présidentielle de 2027. 94% des Français attendent des candidats des engagements concrets pour protéger les enfants, et 82% déclarent que ce thème influencera leur vote. Les femmes (88%) et les moins de 35 ans (90%) se montrent particulièrement attentifs à cette question.
Pour les candidats 2027, le message est donc sans ambiguïté : Après les affaires Marion, Lucas, Evaëlle, Lindsay et Nicolas, l’opinion publique ne semble plus prête à accepter que le harcèlement soit traité comme une fatalité scolaire.