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Sandrine Rousseau :"Le sujet n'est pas l'immigration dans le 17 octobre"

Par La rédaction

INTERVIEW SUD RADIO – Mélenchon, gauche Sandrine Rousseau, députée Ecologiste de Paris était l’invitée de Sud Radio au micro de Benjamin Glaise.

Sandrine Rousseau : « Présidentielle : je réclame un vote des militants écologistes »

Benjamin Glaise : Journée de grève et de manifestation contre la vie chère. Les parcours des manifestations font l’objet de bras de fer avec les autorités. Vous comprenez la peur et l’inquiétude des commerçants ?

Sandrine Rousseau :"Là, il y a quand même le service d’ordre des syndicats qui sera là. Il y a les forces de l’ordre, mais il y a aussi une forme d’auto-organisation et de maintien de la paix, du calme dans les manifestations. Et ces grandes manifestations, les grandes formations syndicales savent faire ça. On l’a vu pendant les retraites, on l’a vu à chaque fois. Donc là, pour moi, il y a beaucoup moins de risques pour les commerçants cette fois-ci que les fois précédentes"

"Moi, je rappelle qu’il y a quand même eu une stratégie de montée en tension avant le départ de la manifestation, avec des jets de lacrymo très intenses place de la République, et que ça n’a pas aidé au calme de cette manifestation, loin de là. Donc là, on est dans des conditions différentes. J’entends que Laurent Nuñez a changé aussi sa doctrine, et c’est quand même le minimum. Mais je crois que cette fois-ci, venez, venez en nombre"

"Il faut que les gens arrivent à vivre !"

Nous sommes à six mois de la présidentielle. Quelle promesse pourrait tenir un gouvernement qui a encore six mois devant lui ?

"Il pourrait débloquer des choses. Il pourrait, par exemple, augmenter le SMIC très rapidement. Là, on est quand même dans une situation très critique pour les gens qui sont au SMIC. Et pour les gens qui ont des bas salaires, je rappelle qu’aujourd’hui, travailler ne garantit pas de pouvoir vivre. C’est quand même la base.

Donc, en fait, vraiment, là, il y a besoin de permettre aux gens de vivre, tout simplement, de desserrer la bride. On ne peut pas continuer dans une société où les personnes n’arrivent pas juste à manger trois fois par jour, à se déplacer, même à accéder aux soins"

Emmanuel Macron devra-t-il démissionner si la mobilisation perdure ?

"Démissionner à six mois d’une présidentielle, ça, je n’y crois pas un instant. Enfin, ils devront céder, mais ça, c’est tout le bras de fer. En fait, ce qui sera la marque du macronisme de ces deux mandats, c’est d’avoir toujours raison contre tout le monde, d’être complètement sourd et aveugle à tout ce qui se passe dans la rue, à l’Assemblée, et dans les corps intermédiaires"

"Ce sont des manifestations pour une vie digne"

Si vous n’êtes pas entendus, vous continuerez à manifester tous les samedis ?

"Mais vous savez, je pense que les manifestations, ce sont des manifestations pour la dignité, pour la capacité à vivre. Il y a quand même, sous Macron, une précarisation de la base de la pyramide qui est très conséquente. Le nombre de pauvres a explosé, le nombre de très riches aussi. Donc, en fait, ça, c’est son bilan"

Marine Tondelier doit-elle maintenir sa candidature à la présidentielle ?

"Le vote des militants est prévu du 10 au 13 décembre prochain, et c’est trop tard, selon moi. J’ai toujours voulu qu’il y ait un vote et qu’ensuite, chacun prenne ses responsabilités en fonction de ce vote. Simplement, ce vote est extrêmement tardif. Et je refuse aussi — et je le pose un peu fortement — qu’on soit dans une stratégie que je qualifie, et le mot est fort, d’opportuniste dans le moment"

C’est-à-dire qu’on se greffe à une dynamique qui existe d’un côté ou de l’autre, ou qu’on fasse le choix en fonction du nombre de places qu’il y aura pour les législatives. Là, il y a deux lignes politiques qui sont assez différentes. Et, en tant que parti politique, dans un moment aussi crucial que celui que nous vivons, nous devons savoir choisir entre deux lignes politiques"

Que faites vous samedis ?

"Je vais à un salon féministe du livre. Je ne vais pas au meeting de Jean-Luc Mélenchon, mais j’appelle à ce que mon parti prenne une décision qui permette de rejoindre la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Il n’y a pas de doute là-dessus, j’ai toujours été très claire là-dessus"

Êtes-vous prête à soutenir Jean-Luc Mélenchon d’ici à décembre, quitte à claquer la porte des Écologistes ?

"Je vais vous dire, si vraiment la position des Écologistes, alors qu’on est entre 2 et 3 % dans les sondages, c’est de virer à peu près toutes les têtes qui dépassent, ce serait vraiment un signe de faiblesse énorme. Et surtout, sans choix de ligne politique. Franchement, si la réponse à tout ça, c’est de virer les gens, eh bien, qu’ils le fassent, mais on en paiera le prix"

"Les propos d'Édouard Philippe sont scandaleux !"

Édouard Philippe sous le coup des critiques après avoir parlé d’une surreprésentation de jeunes issus de l’immigration dans les pièges du 17 octobre : que dites-vous ?

"Je pense que ces propos sont absolument inadmissibles. Absolument inadmissibles. Et c’est très grave, en fait. C’est-à-dire, à partir de quand on n’est plus enfant de l’immigration ? À partir de quand on fait partie de la communauté nationale ? Il faut que ce soit nos parents, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents. Et comment sait-il que ce sont des gens issus de l’immigration ? C’est scandaleux et ça suffit. On peut dénoncer les pillages, on peut dénoncer cette délinquance qu’est le pillage.

Et je rappelle quand même que ces enfants de l’immigration dont ils parlent, ou ces descendants de l’immigration, aujourd’hui, ils occupent tous les emplois de la société. Ils sont autant médecins que travailleurs dans le BTP. Ils occupent tous les emplois. Et je rappelle qu’ils font partie de la communauté nationale, mais aussi qu’ils la composent et qu’ils la créent. Le racisme n’est pas une liberté d’expression, c’est un délit. Et donc, nous devons poser les bases juridiques du fait que le racisme reste un délit. Ça n’est pas une opinion politique, c’est un délit.

Édouard Philippe va chercher les voix de Bardella, les voix de Retailleau, alors qu’il avait un chemin qui était celui d’une droite gaulliste. Il s’est mis non seulement dans la mêlée, mais il s’est mis dans la boue de cette mêlée. Alors qu’il ne donne de leçons à personne. »"Je n’aurais pas accepté un débat avec Édouard Philippe"

Jean-Luc Mélenchon aurait-il dû accepter le débat avec Édouard Philippe ?

"Je n’aurais pas accepté, parce que je pense que ça n’est pas à la hauteur d’un ancien Premier ministre que de tenir ces propos. C’est une question de loi, de droit. En France, nous n’avons pas le droit d’être racistes. Pourquoi ? Parce que c’est une discrimination. C’est quand même la base de notre contrat social. Je suis désolée, toute personne qui a la nationalité française est française"

"CNews n'a pas à avoir de canal public"

Êtes-vous favorable à la fermeture de CNews ?

"Alors moi, je pense qu’elle n’a pas à avoir de canal public. Et donc, je m’y oppose. Ça fait aussi partie des positions que je tiens depuis des mois. Elle n’a pas à avoir de canal public parce qu’elle répand des fake news. On l’a vu le jour des manifestations du 17 octobre. Moi, j’ai une très haute opinion du métier de journaliste. Une très haute opinion. Et je pense que la presse fait partie du contre-pouvoir en démocratie.

Donc, la liberté de la presse et le respect des sources sont absolument fondamentaux pour le fonctionnement de notre démocratie. Mais la contrepartie de cela, c’est que les journalistes fassent véritablement leur travail et qu’ils fournissent donc des informations vérifiées, qu’il y ait une pluralité et que ça ne soit pas de la propagande, mais de l’information. L’ARCOM ne fait clairement pas assez son travail"

"Le cancer du sein doit être une cause nationale"

"Le cancer du sein est un fléau assez silencieux. Nous avons une très mauvaise place dans le monde. Nous sommes les premiers au monde en termes de cancer du sein chez les femmes jeunes de moins de 40 ans. Et ce cancer du sein, ce n’est pas une fatalité. C’est-à-dire qu’il y a un peu moins de la moitié de ces cancers qui sont dus à ce qu’on appelle des comportements individuels, c’est-à-dire l’alcool, le tabac, le sucre, etc.

"Mais il y a l’autre moitié qui vient de l’environnement. Et ce que j’ai découvert à l’occasion de ce rapport, c’est que les produits chimiques que nous ingérons quand nous mangeons, quand nous respirons, sont des produits chimiques qui ont été testés sur le sang, mais pas sur la glande mammaire, parce que c’étaient des standards assez masculins de recherche. Et donc, ce que l’on découvre actuellement, c’est que ces produits chimiques s’accumulent dans la glande mammaire. Il y a des chercheurs qui nous ont dit qu’il y avait en moyenne 42 produits chimiques différents dans les tumeurs du sein quand ils les prélèvent"

"Et aujourd’hui, il y a énormément de femmes qui sont concernées par ce cancer. Et je voudrais avoir une pensée pour elles et une parole pour elles en disant que nous avons conscience, à l’Assemblée, de l’importance de prendre ce sujet en main. Que nous n’allons pas vous laisser toutes seules, parce que ce sont des traitements qui sont durs, lourds, difficiles, mutilants pour la plupart. Et, en fait, les femmes se retrouvent souvent très seules parce qu’en plus, une grande partie d’entre elles, 20 %, sont quittées par leur mari au moment de maladies comme ça. Ça doit être une cause nationale"

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