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"Personne ne m’a fait autant changer qu’elle" : Robert Ménard se confie sur sa relation complexe avec sa fille

Par Thomas Rannou

INTERVIEW SUD RADIO - Entre désaccords profonds et attachement intact, Robert Ménard décrit une relation père-fille marquée par l’impossibilité croissante de débattre sereinement. À travers ce récit intime, il esquisse en creux le portrait d’un pays où le dialogue se heurte de plus en plus aux fractures générationnelles et idéologiques.

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Robert Ménard, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 7 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Invité de Sud Radio dans l’émission La France dans tous ses états, au micro de Périco Légasse, le maire de Béziers, Robert Ménard, a longuement défendu la démarche intime et politique qui a conduit à la publication de sa Lettre à Clara.

Un texte écrit à sa fille de 24 ans, devenu au fil des échanges un objet bien plus large qu’une simple correspondance familiale. Pendant près d’une heure, l’entretien a oscillé entre confidences personnelles, réflexions sur l’état du débat public et échanges parfois vifs avec les auditeurs, dessinant le portrait d’un homme confronté à la fois à une crise intime et à ce qu’il perçoit comme une crise collective.

Une lettre intime devenue "traité sociologique"

Robert Ménard assume la dimension presque théorique que certains prêtent à son texte. Sans revendiquer explicitement un statut d’analyse, il reconnaît que cette lettre dépasse son cadre personnel : "Cette absence de dialogue entre un père et une fille qui s’aiment, elle est exactement ce qu’on vit dans ce pays".

En rendant publique cette relation tendue mais toujours affectueuse, il cherche à illustrer une situation qu’il juge emblématique. Il insiste sur le fait que les désaccords familiaux ne sont plus anecdotiques mais structurants : "Chaque fois que je discute avec des gens, souvent, les parents et les enfants ont rencontré ça".

Il met moins en avant la violence des oppositions que leur banalisation, et la difficulté croissante à maintenir un espace de discussion. Pour lui, cette lettre fonctionne ainsi comme un miroir, un moyen de dire ce que beaucoup vivent sans parvenir à le formuler.

“On ne se parle plus sereinement”

Le maire de Béziers décrit une relation marquée par l’accumulation de tensions, au point de rendre les échanges presque impossibles sur certains sujets. "Je n'arrivais plus à lui parler sereinement", reconnaît-il, évoquant son propre tempérament : "Je m’emballe, je m’engueule, je peux dire des mots qui dépassent ce que je pense".

Face à cela, il décrit une fille qui "le prend mal" et avec qui les discussions deviennent vite conflictuelles. Il insiste aussi sur l’évolution des règles implicites au sein de la famille : "Quand on se voit à la maison, on me dit : tu ne parles pas de ça, de ça, de ça… et chaque année la liste s’allonge".

Cette multiplication des sujets tabous traduit, selon lui, une forme d’impuissance à débattre sans se blesser. Pourtant, l’affection reste intacte : "On s’envoie des SMS, je t’aime, elle me l’écrit, je t’aime mon papa". Toute la tension réside donc dans cette contradiction entre un lien affectif fort et une difficulté réelle à se comprendre.

“Je ne veux pas la faire changer d’avis” : une relation sans conversion

Malgré ces divergences, Robert Ménard revendique une posture qui tranche avec la logique habituelle du débat politique. "Je ne veux pas la faire changer", affirme-t-il clairement, refusant toute tentative de conversion idéologique. Il rejette notamment l’idée selon laquelle il suffirait d’attendre qu’elle évolue avec l’âge : "Je n’ai pas envie qu’elle change là-dessus".

Au contraire, il reconnaît la légitimité de sa révolte : "Parce que d’abord, elle a raison, et parce qu’elle me fait changer". Cette reconnaissance de l’influence de sa fille est centrale dans son discours : "Personne ne m’a fait aussi changer qu’elle". Il insiste aussi sur la nécessité d’écouter ceux qui ne pensent pas comme lui : "Ils ont des raisonnements, ils sont intelligents".

Dans une société qu’il juge de plus en plus fragmentée, Robert Ménard appelle ainsi à retrouver une forme de dialogue fondé sur l’écoute et la reconnaissance de l’autre. "On peut dire des choses difficiles", affirme-t-il, "mais il faut que les gens sentent qu’on les aime".

À travers Lettre à Clara, c'est avant tout une attitude qu'il tient à honorer, celle qui consiste à ne pas rompre, à continuer à parler, même quand tout oppose. Une manière, selon lui, de résister à la tentation du repli et de la rupture qui menace à la fois les familles et le débat public.

Vous pouvez retrouver l'entretien intégral ici.

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