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Le handicap est-il le grand oublié des élections à venir ? "Une partie de la population est laissée sur le côté"

Par Thomas Rannou

GROS PLAN SUD RADIO - Alors que le handicap reste largement absent du débat public à l’approche des élections, une décision de justice récente et plusieurs enquêtes ravivent la colère des associations de défense des personnes déficientes visuelles.

Alors qu'en théorie, la loi impose aux grandes entreprises de rendre leurs sites internet accessibles aux non-voyants, dans les faits, Auchan, Carrefour, Leclerc ou encore Picard sont épinglés par 60 millions de consommateurs. Leurs sites sont régulièrement jugés inaccessibles ou très partiellement utilisables pour les malvoyants, avec une synthèse vocale peu fonctionnelle.

Des sites de grandes enseignes jugés inaccessibles

Les dysfonctionnements sont nombreux : synthèses vocales défaillantes, menus illisibles, ou encore impossibilité de naviguer correctement entre les différentes rubriques. Une situation qui, pour les associations, équivaut à "entrer dans un supermarché dont tous les rayons seraient floutés".

Le tribunal judiciaire de Lille a récemment rejeté la demande de deux associations qui accusaient Auchan de non-respect du principe de non-discrimination. Elles réclamaient la mise en conformité du site de l’enseigne. Le juge a estimé que l’entreprise n’était pas soumise à cette obligation d’accessibilité numérique, en raison d’un chiffre d’affaires inférieur à un seuil réglementaire fixé à 250 millions d’euros. Une décision vivement critiquée par les associations.

"On veut tout digitaliser, on veut retirer de l’humain"

Au-delà des sites commerciaux, les critiques visent l’ensemble des services publics numériques. De nombreuses démarches essentielles restent difficilement accessibles : impôts, identité numérique, démarches administratives ou judiciaires.

Invité au micro de Valérie Expert et Félix Mathieu dans 'C'est quoi le problème', Anthony Martins-Misse, qui anime chaque samedi l'émission 'Faut que ça change' sur Sud Radio, dénonce une situation structurelle : "On veut tout digitaliser, on veut retirer de l’humain, on veut retirer du papier… mais faut-il encore ne pas laisser une partie de la population sur le côté." Il tient également à rappeler que les personnes déficientes visuelles représentent environ 2,5 millions de personnes en France, soit près de 5 % de la population.

"10 % de la population n’a pas accès à ces démarches en ligne"

Malgré les ambitions affichées par l’État, les résultats restent faibles. Sur les 250 démarches administratives jugées prioritaires lors de la Conférence nationale du handicap, seules 6 % seraient aujourd’hui pleinement conformes.

Anthony Martins-Misse insiste sur l’ampleur du problème : "10 % de la population n’a pas accès à ces démarches en ligne". Il dénonce une situation qui revient à créer une citoyenneté à deux vitesses.

Un cadre légal existe pourtant, notamment avec une directive européenne transposée en droit français en 2023. Mais son application reste inégale, faute de contrôles et de sanctions réellement dissuasives. Selon Anthony Martins-Misse, le problème est clair : "Tant que vous n’avez pas de sanctions qui tombent, ça ne peut pas devenir un sujet pleinement pris en compte."

Au-delà des aspects techniques, le débat touche à la place des personnes handicapées dans la société numérique. Un enjeu qui dépasse largement la seule question des sites web, il s’agit en réalité d’un accès réel aux droits fondamentaux.

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