Un mois de mai festif pour des millions de Français pratiquant une religion, mais aussi un mois marqué par des tensions autour de ces célébrations. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a appelé les préfets et les responsables de la sécurité à une "vigilance maximale" dans un télégramme daté du mercredi 13 mai. Mais pourquoi ces événements suscitent-t-il des inquiétudes ? Entretien et analyse avec Driss Aït Youssef, docteur en droit public et spécialiste de la sécurité globale, au micro de Sud Radio.
"Une menace terroriste toujours aussi importante"
Les principales fêtes religieuses du mois de mai (l'Ascension et la Pentecôte pour les chrétiens, Chavouot pour la communauté juive, Aïd al-Adha pour les musulmans) "interviennent alors que nous sommes au niveau «urgence attentat», c'est-à-dire le niveau le plus élevé du plan Vigipirate.
"16 projets d'attentats ont été déjoués depuis 2024, ce qui est quand même relativement important. Et encore tout récemment, deux mineurs de 16 ans ont été mis en examen dans le Nord pour un projet d'attentat contre un centre commercial", indique Driss Aït Youssef.
Une hausse des actes antireligieux
Les moments de rassemblement sont des moments propices à la commission d'attentats. "Les actes antireligieux sont en augmentation. Les actes antisémites, même s'ils sont en baisse de 16% en 2025, restent à un niveau extrêmement élevé depuis le 7 octobre, avec environ 1 250 actes recensés.
"Et puis, vous avez aussi les actes antimusulmans et anticatholiques qui sont également en hausse. J'ajoute à cette longue liste, malheureusement, ce qui s'est passé à Londres, dans le quartier de Golders Green, où deux hommes juifs ont été agressés", déclare le spécialiste la sécurité globale.
La menace iranienne
La menace iranienne inquiète désormais les services de renseignement français. En mars dernier, un attentat à l'engin explosif a été déjoué à Paris, devant les locaux de la Bank of America. Laurent Nuñez avait alors établi un "lien" avec la guerre au Moyen-Orient, évoquant aussi des "similitudes" avec les actions menées par le groupuscule pro-iranien "Hayi".
Pour Driss Aït Youssef, cette menace est d'autant plus complexe qu'elle repose souvent sur des profils isolés : "Nous avons des individus aujourd'hui qui sont peu ou pas du tout sensibilisés, pas très religieux, et qui vont commettre des attentats, se revendiquer d'une appartenance à une organisation terroriste, ce qui rend encore cette menace terroriste difficile à appréhender".
Les services de renseignement sous tension ?
"Les services de renseignement et les services de sécurité intérieure, dans leur globalité, ne peuvent pas tout", selon Driss Aït Youssef. "À un moment donné, le politique doit aussi prendre ses responsabilités. Regardez les violences liées à la victoire du PSG : ce n'est pas normal d'interdire une fan-zone, ou qu'un moment festif comme un match de football de grande qualité puisse dégénérer sur la voie publique. À un moment donné, on ne peut pas demander aux policiers de pallier un manque d’éducation ou une absence de fermeté de la puissance publique. Ce n'est pas possible"
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