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Claire Géronimi, victime de viol par un OQTF : "Mon agresseur n'aurait pas dû être en France"

ENTRETIEN SUD RADIO - Victime d’un viol par un OQTF dans le hall de son immeuble parisien, Claire Géronimi publie "Le hall d’entrée. Pour eux, je n’avais pas le bon profil", un livre dans lequel elle raconte minute par minute les trente minutes d’horreur qu’elle a vécues, jusqu’au procès de son agresseur, condamné à 18 ans de prison. Sur Sud Radio, elle revient sur le traumatisme mais aussi sur un féminisme à géométrie variable selon l’origine de l’agresseur.

Claire Géronimi, victime de viole par un OQTF : « Je dénonce un féminisme à géométrie variable »
(Photo by Thibaud MORITZ / AFP)

Claire Géronimi, vous avez écrit un livre : Le hall d'entrée Pour eux, je n'avais pas le bon profil. Vous évoquez le viol dont vous avez était victime le 11 novembre 2023 dans le hall d’entrée de l'immeuble parisien que vous habitez. Il s'agit d'un ressortissant centrafricain âgé de 25 ans, sous le coup d'une OQTF. Il s'appelle Jordy Goukara et en est à la seconde agression de la journée, puisqu'avant vous Mathilde a été victime également. Cet individu a été condamné à 18 ans de prison et une interdiction définitive du territoire français à l'issue de ce procès.

"30 minutes d’horreur"

C'est très compliqué à lire, mais je raconte les 30 minutes d’horreur, je les décris minute par minute. Comment je vois ma vie défiler car il y a également cette tentative de meurtre qui n'a pas aboutie comme Mathilde. L’objectif était aussi de décrypter le profil dangereux de cet individu, et montrer la violence de cette agression.

Il y a mon corps et il y a mon esprit qui est ailleurs. Mon corps qui est là et qui est tout simplement un automate et qui se livre entièrement à l'agresseur pour essayer de gagner du temps pour ne pas mourir. Mon agresseur m'avait menacé avec une arme. Et il y a mon esprit qui essaye d'anticiper et de réfléchir à comment je vais pouvoir sortir de cette situation.

"Notre société est totalement individualiste"

Il y a cette voisine qui pousse la porte du hall de l'immeuble, qui fait fuir le violeur mais qui n'est pas très sympathique et doit prendre son taxi. 

La première hypothèse que j'ai eue est qu'elle aussi était en état de choc. Elle n'a pas forcément voulu voir la réalité en face. Mais quand elle appelle son mari et qu'il dit « qu’on ne s'en mêle pas », il y a vraiment un abandon complet. Et la deuxième hypothèse qui est beaucoup plus large, c'est que notre société aujourd'hui est totalement individualiste, et qu'on ne va pas forcément aider les uns et les autres. On se retrouve en femme entre femmes, elle était censée vouloir m’aider. 

C'est aussi ce que je veux dénoncer dans ce livre, c'est que demain, si on se retrouve confronté à cette situation, il faut savoir au moins rester avec la personne. Bien sûr, ne pas se mettre en danger, mais tout simplement savoir accompagner, rester avec la personne, du moins jusqu'à ce qu'il y ait des professionnels qui puissent arriver.

"La justice a été implacable"

Vous estimez que la justice a été rendue ? 

La justice a été rendue dans notre cas. Je pense que la justice a été implacable. malheureusement ce n'est pas le cas pour beaucoup de victimes, quand on sait qu'il y a plus de 80% des plaintes qui sont classées sans suite, faute de preuves. Quand on sait que des fois la justice met entre deux et cinq ans pour arriver. La peine de Jordy Goukara a été exemplaire et cette interdiction définitive d'être sur le territoire français est exemplaire.

Nous avec l'association que j'ai créée Eclats de Femmes, on accompagne des femmes victimes qui reconstruisent leur vie après une agression, deviennent mamans, sont enceintes et en fait la justice leur demande en plein milieu 5 ans après d'aller au procès, de se confronter à l'agresseur et c'est des choses qui sont très lourdes.

"Certaines lignes éditoriales n'ont pas voulu m’écouter"

Il y a aussi l’après. Vous n'êtes pas forcément la bonne cliente pour parler des violences faites aux femmes et des viols car vous êtes engagée politiquement, à droite de l’échiquier. Vous êtes vice-présidente de l’UDR

Je dénonce un féminisme à géométrie variable et certaines lignes éditoriales qui n'ont pas voulu m’écouter. À chaque fois je contactais certains journalistes pour parler de l'histoire, pour dénoncer cette insécurité pour les femmes. Mais quand j'ai commencé à parler dans les médias, beaucoup m'ont censurée, n'ont pas voulu me donner la parole. Ou quand j'ai eu la parole, on a commencé à me dire que j'étais un montage de l'extrême droite, parce que je disais que mon agresseur était sous OQTF.

C'est interdit car ça remet en cause toute leur idéologie. Quand je reprends ces féministes qui veulent défendre toutes les femmes, au final ce n’est pas le cas. Elles soutiennent à géométrie variable. Elles préfèrent défendre des sujets, des femmes qui ont eu des agressions qui ne sont pas polémiques.

"Mon agresseur n'aurait pas dû être en France"

C'est là où on se rejoint aussi avec Marlène Schiappa, qui a préfacé mon livre. Au-delà de nos idéologies politiques, on défend n'importe quelle victime qui a subi n'importe quel viol, et le sujet OQTF se rajoute par la suite. 

Bien sûr que mon agresseur n'aurait pas dû être sur ce territoire et il n'aurait pas violé ni Mathilde ni moi. Marlène Schiappa dit que soutenir une victime de viol devrait être le minimum syndical de l'engagement féministe, peu importe pour qui elle vote. Mais, pour eux, je n'avais pas le bon profil. Pour eux il y a les bonnes victimes, il y a les mauvaises victimes. Il y a les bons agresseurs et les mauvais agresseurs. 

"Marlène Schiappa a été une des seules féministes à m'accompagner"

Marlène Schiappa a été une des seules féministes à bien avoir voulu m'accompagner, à bien avoir voulu m'écouter. On s'est rencontrées 3-4 mois après mon agression, et elle m'a même soufflé l’idée d'écrire ce livre. Elle m'a également défendue publiquement au moment du procès. C’est la seule à avoir bien voulu le faire, contrairement à d'autres féministes qui m'ont complètement déglinguée.

Bien sûr qu'on n'a pas envie de défendre une victime qui s'est fait violer par un individu sous OQTF, parce que c'est contre leurs valeurs. Pour autant on va aller parler et crier haut et fort que Gérard Depardieu a violé telle ou telle personne. C'est lamentable et scandaleux. Je me suis pris énormément d’insultes. Que ce soit des figures politiques, des figures féministes. 

"Un malaise profond de la société"

Il y a ces enquêtes aussi qui sont allés chercher jusqu’aux financeurs de votre association Éclats de Femmes. Qu’en peinez-vous ?

Je pense que ça révèle un malaise profond de la société et que ces combats sont plus ligués par des idéologies. Ces féministes préfèrent promulguer leurs idées plutôt que de défendre vraiment les victimes. Ce n'est pas ça le féministe. Le féministe c’est quand on défend toutes les victimes d'agressions. 

Quand les femmes victimes viennent demander de l'aide à notre association nous les accompagnons du dépôt de plainte jusqu'au procès. On ne leur demande pas par qui elles sont faites violer. On ne va pas leur dire : « Ah bah non, excusez-moi, on ne vous répond pas parce que votre agresseur était sous OQTF ou parce que votre mari était de nationalité française ». Nous accompagnons parce qu'il y a une histoire, il y a un traumatisme et qu'elles ont besoin d'aide. 

"Certains politiques ont bien voulu me rencontrer, d'autres non"

Certains disent : « C'est de la récupération politique ». Je tiens à remettre l'église au milieu du village, la récupération politique n'a jamais eu lieu. C’est moi qui ai décidé de rencontrer des politiques, certains ont bien voulu me rencontrer, d'autres non.

Encore une fois, je pense que depuis mon agression, je ne pouvais plus fermer les yeux et rester dans mon cabinet de conseil bien au chaud, et derrière un tableau Excel. J’avais besoin de m’engager. D'une part pour les femmes et d'autre part aussi pour notre pays. Et Éric Ciotti est une des seules personnalités politiques à bien avoir voulu me recevoir à l'époque. 

Personne n'a réussi à me faire taire

On a gardé contact, et quand il m'a proposé de m'engager au sein de son parti, je me suis dit pourquoi pas ? Il n'y a qu'à l'intérieur qu'on pourra faire vraiment bouger les choses. Personne n'a réussi à me faire taire. Deux ans après, je suis encore là, et je porte avec autant de force le combat pour ces femmes. Je me dis que mon histoire n'aura pas servi à rien.

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