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Plainte en ligne : un outil censé désengorger la justice mais qui crée de nouvelles tensions

Depuis février 2024, la possibilité de porter plainte en ligne via la plateforme "Ma Sécurité" devait faciliter les démarches des victimes et alléger la charge de travail des forces de l’ordre. Mais selon des informations de La Dépêche du Midi, ce nouveau service n’aurait pas produit les effets escomptés et pourrait même engorger le système judiciaire plutôt que l’aider.

Plainte en ligne : un outil censé désengorger la justice mais qui crée de nouvelles tensions

Lancé pour moderniser la justice et simplifier le dépôt de plainte, le service en ligne accessible via la plateforme "Ma Sécurité" devait permettre aux victimes de déclarer des infractions — comme des vols, cambriolages ou dégradations — sans se déplacer dans un commissariat ou une gendarmerie. L’objectif affiché était double : offrir une démarche plus rapide pour les usagers et libérer du temps pour les policiers et gendarmes.

Plaintes en ligne : le cap du million a été franchi

Pour un grand nombre de victimes présumées, cette démarche en ligne semblait plus simple : déclarer son préjudice en quelques clics plutôt que consacrer une demi-heure à un dépôt physique. À cela s’est ajouté un dispositif complémentaire de "visio-plainte", avec des bornes installées directement dans certains services de police pour permettre aux usagers de déposer plainte sans bloquer un agent.

Pourtant, les chiffres montrent une tendance qui interroge sur l’efficacité réelle de ce système. Entre février 2024 et août 2025, près d’un million de plaintes en ligne ont été déposées auprès des services de la Police nationale, rapporte La Dépêche du Midi. Dans un pays qui enregistre en moyenne 3,5 millions de plaintes par an, cela représente une part significative des déclarations potentielles.

Plaintes en ligne : 16% des plaintes déposées ont été rejetées

Le traitement de ces dossiers n’a pas été sans accrocs : environ 16% des plaintes saisies en ligne et transmises en commissariat ont été rejetées, signe que de nombreuses déclarations ne répondaient pas aux critères de recevabilité ou étaient mal qualifiées au départ. Ce tri impose un travail supplémentaire aux forces de l’ordre, qui doivent vérifier, reclasser ou parfois renvoyer certains dossiers, au lieu de profiter pleinement d’un gain de temps.

"Depuis la Charte d'accueil du public qui date d'une vingtaine d'années, on est tenus à une prise de plainte systématique", a fait savoir au micro de Sud Radio Denis Boé, responsable de la filière Police judiciaire, Renseignement territorial au syndicat Alliance Police Nationale.

Le syndicat Alliance Police Nationale souhaite revenir sur la prise systématique de plaintes

"Le souci, c'est que, la plupart du temps, ces plaintes qui sont prises malgré tout ne sont pas instruites. Je pense que, par rapport à une personne qui s'estime victime, on doit avoir un discernement, lui dire : 'Écoutez, il n'y a pas d'éléments d'enquête, il n'y a pas de témoins, il n'y a pas de vidéo. Je pense qu'à ce moment-là il est plus judicieux de ne pas prendre la plainte plutôt que de prendre une plainte dont on connaît déjà l'issue'", a poursuivi Denis Boé à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

D’après La Dépêche du Midi, cette situation vient s’ajouter à une justice déjà sous pression, où les services d’enquête et les tribunaux peinent à absorber des volumes importants de plaintes, qu’elles soient déposées en ligne ou physiquement. La promesse d’un "allégement du travail" apparaît aujourd’hui plus complexe qu’initialement prévu, entre dématérialisation et surcharge administrative.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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