Amoureux transi de cyclisme et du panache du "Pirate" Marco Pantani, le biathlète Emilien Jacquelin a enfin décroché son trésor olympique avec le bronze de la poursuite (12,5 km) dimanche à Anterselva (Italie), après des années de galère.
L'hommage au grimpeur italien, décédé d'une overdose il y a 22 ans, va même plus loin puisque Jacquelin, 30 ans, porte à son oreille une boucle d'argent ayant appartenu à Marco Pantani.
"Grâce à lui, le nom de Marco fait encore le tour du monde", a apprécié Tonina Pantani, la mère du cycliste.
Quand Emilien Jacquelin était petit, son père lui a acheté une cassette vidéo du Tour de France 1998, remporté par Marco Pantani. Il assume aussi les parts d'ombre du grimpeur italien, tombé pour dopage mais jamais contrôlé positif à l'EPO.
"Pour certains c'était la pire partie de l'histoire du cyclisme, mais quand vous avez cinq ans, il vous fait tomber amoureux du sport", commente-t-il.
Pour lui, porter cette boucle représente l'idée qu'il se fait de la compétition: "l'audace, le panache, le courage d'attaquer quand personne n'ose".
Le biathlète de Villard-de-Lans a eu du panache dès le sprint (10 km) vendredi, quand il skiait comme un dingue avant de blanchir les cinq dernières cibles du debout en 16,8 secondes.
Mais Jacquelin a explosé physiquement dans le dernier tour, laissant filer la médaille pour 2/10e de secondes. La symbolique est cruelle, puisque c'était aussi la veille de l'anniversaire de la mort de son héros Marco Pantani.
Emilien Jacquelin franchit la ligne de la poursuite des Jeux olympiques de Milan Cortina, le 15 février 2026 à Anterselva
Odd ANDERSEN - AFP
Mais il est fier d'avoir incarné l'audace avec son tir engagé, qui lui a tant fait défaut ses dernières années.
- "En quelque sorte son héritage" -
"Plusieurs fois dans ma carrière, j'ai essayé de tirer plus lentement pour essayer d'être plus régulier, un peu comme les autres. Alors qu'en fait, là où je m'exprime le mieux, c'est de cette manière-là. C'est des tirs pour lesquels je serais incapable de dire ce que j'ai mis en place, tellement je suis dans du naturel", explique-t-il.
Emilien Jacquelin n'a pas failli à sa réputation dimanche dans la poursuite. Alors qu'il était à 14/15 et tirait pour le titre olympique avec une trentaine de secondes d'avance, il a tiré vite, trop vite peut-être avec deux fautes, laissant filer le Suédois Martin Ponsiluoma vers la victoire, suivi par le Norvégien Sturla Laegreid.
Bandeau sur le front comme le "Pirate", il a franchi la ligne d'arrivée avec un doigt sur l'oreille gauche avant de lever les index vers le ciel pour dédier sa victoire à Pantani.
"La manière dont j'ai couru aujourd'hui, c'était en quelque sorte son héritage. C'était la plus belle façon de montrer que Marco était encore en vie ici aux Jeux olympiques", savoure Jacquelin.
Une juste récompense pour le quintuple champion du monde, qui n'avait pas décroché une médaille internationale pour lui tout seul, depuis la poursuite, déjà, de Pokljuka (Slovénie) en 2021, en or cette fois avec un 20/20 au tir.
Emilien Jacquelin durant la poursuite des Jeux olympiques de Milan Cortina, le 15 février 2026 à Anterselva
FRANCOIS-XAVIER MARIT - AFP
Annoncé comme le successeur de la légende Martin Fourcade en 2020, Emilien Jacquelin a parfois eu du mal à gérer émotionnellement le départ à la retraite de son ami.
"J'ai essayé de changer beaucoup de choses pour suivre ses traces. En oubliant le plaisir que je prenais au pas de tir. Et la manière avec laquelle je dois faire les choses en étant moi-même pour performer", confie le trentenaire.
Dimanche, le biathlète a donc été fidèle à ses préceptes, quitte à faire enrager ses entraîneurs avec un tir très engagé, mais en décrochant sa première médaille individuelle aux Jeux olympiques, là où son ami d'enfance Nans Peters a levé les bras sur le Tour d'Italie en 2019.
Par Arthur CONNAN et Thomas BACH / Anterselva (Italie) (AFP) / © 2026 AFP