Ce lundi 20 avril, Thomas Portes, député de La France Insoumise était l’invité de l’émission « Paroles d’Honneur », diffusée sur Youtube. Au cours de cette émission, qui portait sur le « racisme dans le rugby », l’élu a émis plusieurs critiques à destination du sport qu’il pratiquait plus jeune.
Le rugby, un sport de blancs ?
Le sujet du racisme dans le rugby est latent depuis de très nombreuses années et l’histoire récente n’a pas manqué de le rappeler à l’instar de Melvyn Jaminet, ou de Bastien Chalureau. En février dernier, c'est un joueur amateur de Drancy (4e division) qui a dénoncé des propos racistes lors d'un match face à Tyrosse. En décembre 2024, ce sont les joueurs de Rochefort originaires qui auraient été visés par des insultes racistes lors d'un match face à Plaisir. L’histoire récente a prouvé qu’il existait toujours des problèmes dans ce sport.
Originaire du Tarn, l’élu de Seine-Saint-Denis a grandi à Agen (Lot-et-Garonne) et travaillé comme cheminot à Montauban (Tarn-et-Garonne), terres de rugby. Il a également longtemps joué à un niveau amateur. En février dernier, il faisait déjà parler de lui lorsqu’il dénonçait devant l'Assemblée nationale le racisme au sein du rugby.
« Plus tu descends dans les divisions inférieures, plus les propos racistes sont exacerbés. Sur les terrains de Top 14, tu peux avoir un abruti en tribune et tu l'entends très rarement sur le terrain entre joueurs, mais dès que tu descends de niveau... », estimait l’insoumis pendant l’émission.
Sur le fond, le constat n’est pas totalement inédit. Historiquement, le rugby français s’est développé dans des territoires ruraux, principalement dans le sud-ouest, avec une sociologie différente de celle du football, sport plus urbain et populaire à son origine. Pendant longtemps, cette géographie sociale s’est traduite par une moindre diversité visible.
Un rugby d’aujourd’hui en constante évolution
La réalité du rugby d’aujourd’hui est cependant plus complexe. Comme le reconnaît lui-même Thomas Portes, le paysage a évolué : le Top 14 est désormais marqué par une forte internationalisation et une diversité croissante de profils et d’origines. « Aujourd’hui, quand on regarde le Top 14, il existe une mixité internationale incroyable, des joueurs qui viennent des quatre coins du monde, de toutes les religions et de toutes les couleurs de peau, c’est différent […] Ça a longtemps été le sport des blancs mais ça tend à évoluer, et heureusement », a-t-il ajouté.
Un point de vue partagé par Pablo Guillen, journaliste sportif pour Le Figaro : « Il y a de la mixité en Top 14, dans le meilleur championnat du monde aujourd’hui. Même en amateur et c’était génial. Dans les prochaines années, le rugby va tendre vers quelque chose d’encore plus hétérogène et c’est super. »
Dans ce processus d’évolution, Thomas Portes cible la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde 2023. « Le symbole de cette catastrophe, c'est la cérémonie de la Coupe du monde avec Jean Dujardin ! La baguette de pain, le marcel et la moustache ! C'est bon quoi ! », s’exclame-t-il.
Pour l’élu, cette représentation pose question. Car elle donne à voir une France figée, homogène, très éloignée de la réalité sociale contemporaine. Une France rurale, blanche, qui invisibilise d’autres visages du pays, notamment ceux issus des grandes métropoles ou de la diversité. « Le rugby, c'est un sport de terroir mais qui tend à se développer, quand on voit Antoine Dupont, le rugby féminin ou tout ce qui se fait autour du Crunch Creator (un match de rugby France-Angleterre entre influenceurs)», affirme Pablo Guillen.
Une sortie plus problématique sur la forme que sur le fond
Ce qui a mis le feu aux poudres, ce n’est pas tant la réponse sur le fond que la manière dont elle a été énoncée par Thomas Portes. En résumant le rugby à « un sport de blancs », l’élu a donné le sentiment d’une formule à l’emporte-pièce, perçue par beaucoup comme réductrice, voire injuste à l’égard d’un milieu qui revendique justement des valeurs d’inclusion et de collectif.
Une déclaration qui a fait réagir dans le monde de l’ovalie, et notamment Jean-Baptiste Aldigé, président du Nissa Rugby en 3e division et ancien président du directoire du Biarritz Olympique. Ce dernier, ancien joueur de rugby reproche au député d’avoir profité d’un système qu’il critique aujourd’hui.
Au fond, la polémique révèle une tension ordinaire : comment parler de diversité sans tomber dans la caricature ? Le rugby a une histoire sociale particulière. Le rugby s’ouvre progressivement. Mais réduire cette évolution à une formule choc peut desservir le message. En politique comme dans le sport, la nuance est rarement virale. Pourtant, c’est bien elle qui permet de comprendre les transformations profondes d’un sport qui, aujourd’hui plus que jamais, cherche à conjuguer héritage et ouverture.