Le procès d'un homme accusé d'avoir fait régner la terreur pendant deux décennies dans son foyer, où il vivait avec trois femmes et leurs enfants, s'est ouvert lundi dans le Pas-de-Calais, l'accusé niant toute violence mais reconnaissant un fonctionnement familial "bizarre".
Cheveux grisonnants et lunettes de vue sur le nez, Jérôme P., 45 ans, est entré dans son box peu après 9H00 devant la cour criminelle du Pas-de-Calais, à Saint-Omer.
Il est jugé jusqu'à jeudi pour viols sur l'une de ses compagnes et pour violences intrafamiliales. Il encourt vingt ans de réclusion criminelle.
"Vu de l'extérieur, le fonctionnement de mon domicile pouvait paraître un peu bizarre", mais "je refuse de reconnaître les violences", a déclaré à l'ouverture de son procès l'accusé, chauffeur routier de profession, qui vivait du RSA au moment de sa mise en examen.
La compagne qui l'accuse, Jennifer C., avait déposé plainte en novembre 2022, décrivant aux gendarmes l'emprise, la surveillance constante, les viols et les coups portés par son conjoint, avec qui elle a eu trois enfants.
Depuis le début des années 2000, le couple partageait son foyer avec deux autres femmes, également compagnes de l'accusé d'après plusieurs proches.
Selon des éléments de l'enquête consultés par l'AFP, ces trois relations auraient commencé alors que ces femmes étaient encore adolescentes.
Les deux autres compagnes de Jérôme P. ont continué au cours de l'instruction à le soutenir. Des expertises psychologiques citées lundi par la présidente de la cour ont souligné leur "situation d'emprise relationnelle" ainsi que "leur dépendance à l'égard de Jérôme P."
L'une d'elles, Aurélia D., ne s'est pas présentée au tribunal où elle doit pourtant être entendue comme témoin. "Par prudence, on va faire une petite relance. Une relance ferme", a demandé la présidente aux greffières.
Les trois compagnes de Jérôme P. étaient privées de vie sociale, n'avaient que rarement le droit de travailler et n'avaient pas accès librement à leurs cartes bancaires, conservées dans une boîte fermée à clé, ont rapporté des membres du foyer.
"Il avait un harem. Il est le chef, il est soit dans son lit, soit dans son fauteuil", a dit à l'AFP l'avocate de la plaignante, Me Fabienne Roy-Nansion, dont la cliente "a vécu l'enfer, c'est une femme brisée".
- "Monsieur Apple" -
Dans la maison, des caméras de surveillance étaient placées dans plusieurs pièces et à l'extérieur, un logiciel de géolocalisation permettait de tracer les téléphones.
"C'est Monsieur Apple", ironise Me Roy-Nansion. "En quelques années, il aura dépensé 115.000 euros de matériel informatique et de caméras".
D'après l'enquête, il aurait acheté ces équipements informatiques entre 2021 et 2022 avec des indemnités reçues pour une agression sur son lieu de travail.
"Il dort de 7 heures à 15 heures, et quand il se lève à 15 heures, il regarde ce qu'ont fait les unes et les autres", ajoute l'avocate. "Quand quelque chose ne lui plaît pas, il frappe".
Selon des éléments de l'instruction, il aurait notamment cassé le nez de ses deux autres compagnes.
Jérôme P., dont le casier judiciaire est vierge, est en détention provisoire depuis fin 2022.
La fille aînée de la plaignante et la fille que l'accusé aurait eue avec une autre compagne - paternité qu'il nie -, toutes deux nées au début des années 2000, vont dans le sens des accusations portées par Jennifer C.
En revanche, les deux plus jeunes enfants que la plaignante a eus avec l'accusé, qui sont encore mineurs, contestent les faits.
L'enquête a établi que "la polygamie et la violence étaient un mode de fonctionnement habituel chez les frères P.", a souligné la présidente.
L'un des frères de Jérôme P. est également en détention provisoire à la suite de la plainte de l'une de ses compagnes. Un autre de ses frères s'est suicidé en 2024 alors qu'il était placé en détention provisoire, mis en examen pour viols incestueux et viols sur conjoint.
Par Kenan AUGEARD / Saint-Omer (France) (AFP) / © 2026 AFP