"L'ambassade de Chine a décidé de m'insulter. Je l'appelle plutôt à critiquer mes travaux"

L'ambassadeur de Chine Lu Shaye convoqué par le ministère français des Affaires étrangères aujourd’hui. Il ne s’était pas rendu à une première convocation hier pour "des problèmes d’agenda". Après des menaces et des insultes répétées à l'encontre de parlementaires et d’Antoine Bondaz, chercheur français spécialiste de la Chine, l'affaire s'apparente à un affront pour le Quai d’Orsay.

Une manifestation devant l'Ambassade de Chine en 2012, en soutien au militant des droits de l'Homme Chen Guangcheng, et pour la liberté d'expression. (MARTIN BUREAU / AFP)

En Europe, Lu Shaye est le chef de ceux qui sont surnommés les "loups combattants», une nouvelle génération de diplomates chinois qui mènent une guerre médiatique contre tous ceux qui critiquent la politique de Pékin:

« Petite frappe », « hyène folle », « troll idéologique » - Les insultes proférées contre le chercheur Antoine Bondaz par l'ambassadeur de Chine

L'ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye. (Martin BUREAU / AFP)

 

"La Chine ne mérite pas d'être représentée par des insultes"

Cible de l’ambassadeur de Chine, le chercheur Antoine Bondaz y voit une raison de plus de continuer son combat contre la désinformation chinoise.

 

"On a depuis, au moins 2013, la volonté pour la Chine de mieux contrôler sa communication à l'étranger, mais surtout d'essayer d'imposer ses éléments de langage, son récit à l'étranger. Le problème, c'est quand la Chine essaye d'empêcher tout débat public. L'objectif a été de m'intimider, me discréditer. Cela me motive d'autant plus, pour continuer de participer au débat public en tant que chercheur. Et je pense que c'est extrêmement contre-productif de la part de l'ambassade de Chine. Or la Chine, elle ne mérite pas d'être représentée uniquement par les insultes qui seraient proférées par tel ou tel diplomate chinois." - Antoine Bondaz

Propos recueillis par Grâce Leplat

 

"Objectif de m'intimider, me discréditer"

"Cela fait des années que je travaille sur les questions chinoises, et plus récemment sur la communication de l'ambassade de Chine en France. Cette communication a considérablement évoluée depuis l'arrivée à l'été 2019 du nouvel ambassadeur. J'avais pu avoir à l'époque quelques interactions avec eux en mettant en lumière certains éléments de désinformation, j'avais été bloqué par l'ambassade. L'ambassade a donc décidé, il y a quelques jours de m'insulter sur Twitter. L'objectif a été de m'intimider, de me discréditer, mais en aucun cas de critiquer mes travaux: et moi, j'appelle évidemment l'ambassade à le faire comme tout le monde. Cela fait partie du débat public." - Antoine Bondaz

 

Propos recueillis par Grâce Leplat

 

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