Deux policiers ont été condamnés jeudi à dix mois de prison avec sursis pour avoir falsifié le procès-verbal d'interpellation de quatre adolescents à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en 2020, une affaire qui avait alors eu un fort retentissement médiatique.
"Le tribunal a considéré qu'il résulte des éléments de l'enquête que le procès-verbal comportait sciemment de fausses informations", a détaillé la présidente lors de la lecture de la décision, allant au-delà des réquisitions du parquet qui avait demandé une peine de huit mois de sursis.
Matthieu R., 34 ans, policier à l'époque au sein de la Brigade anticriminalité (BAC) et présent jeudi, a "sciemment rédigé un faux" et "ne pouvait ignorer les modalités du déroulement de l'interpellation", a-t-elle ajouté.
Les arguments selon lesquels il aurait retranscrit de bonne foi les indications de son chef de bord de l'époque et coprévenu, Romain E., ne sont "pas crédible(s)", a balayé la magistrate.
Ce dernier est l'"auteur intellectuel" du PV, celui-ci "ayant été rédigé sous son autorité", une "falsification (qui ne peut être comprise) que comme un moyen de consolider la procédure".
Outre le sursis, les deux policiers ont vu leur demande de ne pas inscrire leur condamnation à leur casier judiciaire rejetée, et devront verser des montants allant de 150 à 2.000 euros aux mineurs et à leurs parents pour le préjudice moral subi.
Au coeur de ce dossier, un document rédigé par Matthieu R. qui assure que ces quatre jeunes ont été interpellés après leur identification sur place par une victime de vol à l'arraché.
Pourtant, selon le procès-verbal de synthèse produit à l'issue d'une enquête menée par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), les photos des quatre adolescents ont été envoyées par Romain E., 41 ans et chef de bord, tandis que ces derniers étaient déjà au contact des jeunes.
Et selon les déclarations de la victime du vol, elle ne s'est jamais rendue sur place pour identifier visuellement les suspects.
"On va réfléchir" à faire appel, a indiqué Matthieu R. à l'AFP à l'issue de l'audience.
Côté parties civiles, c'est pour l'instant "une satisfaction énorme, on reconnaît leur vérité", s'est réjoui Me Jérôme Karsenti.
Le rejet de dispense d'inscription au casier judiciaire des policiers "marque la force que la justice veut donner à cette décision et le caractère exemplaire de celle-ci", a-t-il salué.
Le potentiel appel des prévenus constitue néanmoins "une angoisse nouvelle" pour les victimes, qui craignent de voir perdurer une procédure déjà "longue".
AFP / Créteil (AFP) / © 2026 AFP