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Livret A : jusqu'où ira le désamour des Français ?

GROS PLAN SUD RADIO - Janvier 2026 marque un record de décollecte pour le Livret A avec 1,87 milliard d'euros retirés. Face à un taux à 1,5 %, les Français se tournent vers l’assurance-vie.

Le Livret A n'a plus la cote: les épargnants ont retiré plus d'argent qu'ils n'en ont déposé sur leurs Livrets A l'an dernier, une première depuis 2015
Le Livret A n'a plus la cote: les épargnants ont retiré plus d'argent qu'ils n'en ont déposé sur leurs Livrets A l'an dernier, une première depuis 2015 (DENIS CHARLET - AFP/Archives

Alors que janvier constitue traditionnellement un mois faste pour la collecte du Livret A, le cru 2026 s’inscrit à rebours de l’histoire. Selon les chiffres publiés par la Caisse des Dépôts, les Français ont retiré 1,87 milliard d’euros de leurs Livrets A en janvier. Un niveau de décollecte inédit depuis plus de quinze ans pour ce produit longtemps qualifié de « placement préféré des Français ».

Une chute de rendement qui change la donne

La rupture s’est amorcée en 2025. Entre janvier 2025 et février 2026, le taux du Livret A est passé de 3 % à 1,5 %, soit une division par deux en l’espace d’un an. Un mouvement brutal, directement lié au ralentissement de l’inflation et à la formule de calcul réglementaire.

« Entre janvier 2025 et février 2026, le rendement du Livret A a été divisé par deux, passant de 3 % à 1,5 % et la réaction des ménages ne s’est pas fait attendre. Depuis septembre dernier, le “placement préféré des Français” n’a enregistré qu’un seul mois positif, en décembre », observe Valentine Delaison, directrice générale de Mon Petit Placement.

Dans un contexte où l’inflation s’est normalisée, la promesse du Livret A – sécurité totale, liquidité immédiate et exonération fiscale – ne suffit plus à compenser la faiblesse du rendement. Résultat : les épargnants arbitrent.

L’assurance-vie en embuscade

En parallèle, le marché de l’assurance-vie affiche un regain d’attractivité. Porté par la remontée des taux obligataires ces dernières années, le fonds en euros a retrouvé des couleurs. Plusieurs assureurs ont annoncé pour 2025 des rendements pouvant atteindre 3,5 %, soit plus du double du taux actuel du Livret A. Le secteur a d’ailleurs frôlé les 200 milliards d’euros de collecte en 2025, en hausse d’environ 10 % sur un an – un niveau record qui confirme le retour en grâce de ce placement.

« Alors que les ménages se détournent clairement du Livret A, c’est l’assurance-vie qui en profite et apparaît aujourd’hui comme la principale alternative. Une tendance appelée à s’inscrire dans le temps, puisque les prévisions n’anticipent pas de remontée du rendement du Livret A dans les mois à venir », analyse Valentine Delaison.

Un changement structurel des comportements d’épargne ?

La désaffection du Livret A ne signifie pas pour autant un désamour total. Son encours demeure colossal, supérieur à 400 milliards d’euros, et il conserve son rôle de matelas de sécurité pour des millions de ménages. Mais son statut de placement central pourrait s’effriter. La baisse du taux agit comme un révélateur : dans un environnement où les rendements redeviennent différenciants, les épargnants se montrent plus mobiles et davantage enclins à comparer. La digitalisation de l’investissement facilite ces arbitrages.

Reste une inconnue majeure : la trajectoire des taux directeurs et de l’inflation en 2026. Sans rebond significatif, le Livret A pourrait continuer à subir des retraits au profit de supports plus rémunérateurs. Pour la première fois depuis longtemps, le produit d’épargne le plus populaire de France apparaît fragilisé. Un symbole fort, à l’heure où les Français redessinent, prudemment mais sûrement, la carte de leur épargne.

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