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Franck Allisio : "Tout le monde parle comme Marine Le Pen, c'est la marinisation des esprits"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Fin de la guerre en Iran, candidature de Marine Le Pen, immigration : Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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Franck Allisio, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 15 juin 2026, dans “L’invité politique”.


Principe du casseur-payeur : "Cette proposition est faite depuis plusieurs années par Marine Le Pen." Au micro de Sud Radio, Franck Allisio a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Trump n’est pas un modèle"

Jean-François Achilli : Les États-Unis et l’Iran qui parviennent à un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, c’est l’information de la nuit. Franck Allisio, vous dites quoi ce matin ? Merci Trump ou tout ça pour ça ?

Franck Allisio : "Non, je dis tant mieux. Je dis tant mieux qu’il y ait la paix ; ça fera du bien, y compris à notre économie, y compris aux porte-monnaies des Français."

"Ensuite, je suis prudent. Ce n’est pas la première fois qu’on nous annonce un accord de paix. Celui-ci semble plus stable et plus officiel que les autres. Je sais que nous ne sommes pas si loin que ça des élections des midterms aux États-Unis. Donc j’attends que tout cela se stabilise et que ce ne soit pas un effet d’annonce."

Jean-François Achilli : Pour le Rassemblement national, Donald Trump sort vainqueur ou bien, à vos yeux, quelque peu humilié de ce conflit qui aura duré 108 jours ?

Franck Allisio : "Écoutez, je laisse les chroniqueurs, je laisse les géopolitologues tirer les conclusions. Je pense que ce n’est pas à chaud que l’on peut tirer les conséquences, savoir s’il y a un gagnant, un perdant. Le gagnant, ce sont les vies qui vont être épargnées. Le gagnant, c’est une économie qui va mieux se porter. Donc voilà, je ne cherche pas. Un bon accord de paix, c’est là où il n’y a ni grand gagnant ni grand perdant."

Jean-François Achilli : Le perdant est le peuple iranien au passage, Franck Allisio.

Franck Allisio : "Bien évidemment. Et une dictature qui ne s’est pas écroulée, mais au moins le danger nucléaire semble avoir reculé."

Jean-François Achilli : Pour vous, Franck Allisio, l’Amérique reste une alliée ? Aujourd’hui, il y aura le 250e anniversaire de la fondation des États-Unis. Est-ce que Trump est un modèle ?

Franck Allisio : "Trump n’est pas un modèle. Il n’y a pas de modèle. Le modèle pour la France ne peut être que français. Mon modèle à moi, et celui de beaucoup des miens, c’est plutôt le général de Gaulle. Ce sont ceux qui ont fait la France. C’est le cardinal Richelieu. Voilà, le modèle ne peut être que français pour un Français. Historiquement, depuis 250 ans, les États-Unis sont un petit peu l’enfant de la France. Nous avons contribué à son émancipation. Ça fait 250 ans que nous sommes des alliés. Ça me semble toujours d’actualité."

Jean-François Achilli : Emmanuel Macron a-t-il raison, malgré les humiliations de recevoir Donald Trump mercredi en grande pompe, à dîner à Versailles ?

Franck Allisio : "C’est de la diplomatie. On ne reçoit pas Donald Trump, on ne reçoit pas l’homme politique, on reçoit les États-Unis, on reçoit le président des États-Unis. La France reçoit les États-Unis comme nous recevons toute une quantité de chefs d’État. C’est de la diplomatie."

Immigration : "L’Europe doit dire merci au Rassemblement national de défendre des thèses depuis 20 ans"

Jean-François Achilli : Est-ce que ce sera, ce G7, un sommet du protectionnisme, avec des États-Unis qui ont remonté leurs barrières douanières et une Europe qui a durci, vous l’avez vu, ses règles en matière d’immigration ? Est-ce que ça va dans le bon sens du point de vue européen ?

Franck Allisio : "Que l’Europe commence à se réveiller en matière d’immigration, après 20 ans, 30 ans, non seulement d’aveuglement, mais de politique pro-immigration, c’est une bonne chose. J’ai été conseiller ministériel il y a maintenant plus d’une dizaine d’années, sous Nicolas Sarkozy. Je l’ai vue. J’étais avec Pierre Lellouche au ministère des Affaires européennes. Nous l’avons vue, cette idéologie à l’œuvre, et elle a fait beaucoup de mal."

"Aujourd’hui, l’Europe commence à ouvrir les yeux. Peut-être que demain, lorsque nous serons aux affaires en France, il sera plus facile de réorienter de manière radicale cette politique d’immigration."

Jean-François Achilli : Vous pouvez dire merci à l’Europe, donc ?

Franck Allisio : "Non, c’est plutôt l’Europe qui doit dire merci au Rassemblement national de défendre des thèses depuis 20 ans, qu’elle a mis 20 ans à comprendre et à appliquer."

"Pour passer du « on parle comme Marine Le Pen » à « on agit comme Marine Le Pen », il faut que ce soit Marine Le Pen qui arrive aux affaires"

Jean-François Achilli : Parlons de Lyhanna. Emmanuel Macron s’est entretenu avec la famille de cette fillette assassinée. Chacun y est allé de sa proposition. Aligner le traitement des pédocriminels sur celui des terroristes, a proposé Gabriel Attal, il l’a redit dans Le Figaro. L’ancien Premier ministre veut une sorte de fichier S des auteurs de violences sur les enfants. Est-ce que vous validez ?

Franck Allisio : "Écoutez, on ne va pas valider le concours Lépine de toutes les propositions. Toutes les propositions qui vont dans le sens d’un tour de vis, encore une fois, d’ouvrir les yeux sur ce sujet, d’enfin avoir un véritable tour de vis pénal, de regarder les choses en face, sont une bonne chose. Mais la vérité, c’est que tant qu’il n’y aura pas des symboles comme, par exemple une perpétuité réelle, une véritable perpétuité réelle dans ce pays, qui fait que quand vous entrez en prison pour des faits aussi graves, vous n’en sortez plus…"

Jean-François Achilli : C’est ce que propose le Premier ministre Sébastien Lecornu...

Franck Allisio : "Oui, il est Premier ministre, pourquoi il ne le fait pas ? Vous savez, nous, on voterait une telle proposition. Donc s’il tient sa majorité, nous plus sa majorité, ça fait une majorité absolue à l’Assemblée nationale."

Jean-François Achilli : Marine Le Pen, on l’a entendu hier sur France 3, veut augmenter les moyens de la justice, dit-elle. Embaucher des magistrats, spécialiser un parquet dans les mineurs victimes, numériser la justice. Tout le monde dit la même chose. Franck Allisio, qu’est-ce qui vous différencie ? Parce que c’est un sujet qui aujourd’hui fait consensus. Elle dit ce que disent les autres, notamment les candidats à la présidentielle.

Franck Allisio : "Oui, le problème, c’est que depuis une dizaine d’années dans ce pays, tout le monde parle à peu près comme Marine Le Pen. C’est la marinisation des esprits. Mais personne n’agit encore comme Marine Le Pen."

"Vous le dites, tout le monde parle comme nous. On ne s’est pas tous mis à parler pareil. Ce sont les autres qui se sont mis à parler comme Marine Le Pen parce que la réalité les a rattrapés. Maintenant, pour passer du « on parle comme Marine Le Pen » à « on agit comme Marine Le Pen », il faut que ce soit Marine Le Pen qui arrive aux affaires. Ça sera le cas dans un an."

"Vous savez, le constat que notre justice est le parent pauvre de ces 1 600 milliards de dépenses publiques, ça fait longtemps. Comparé aux autres pays européens, nous sommes ceux qui investissons le moins dans la justice. Moins de 5 % de l’ensemble de nos dépenses publiques vont à la justice et à la police. Alors que c’est l’État régalien. Tellement peu a été fait, tellement peu."

Jean-François Achilli : Est-ce que vous saluez l’annonce faite par Sébastien Lecornu hier soir sur X, en réponse aux casseurs en marge du PSG ? Le gouvernement présentera le 30 juillet, en Conseil des ministres, un projet de loi visant à faire assumer directement aux auteurs le coût des dégradations commises dans l’espace public, explique Sébastien Lecornu. Si cette loi arrive sur la table, est-ce que vous la voterez ?

Franck Allisio : "Évidemment. Évidemment. Mais encore une fois, vous allez dire : « Oui, mais décidément… » Oui, c’est factuel. Vous pourrez vérifier à chaque fois. Cette proposition, elle est faite depuis plusieurs années par Marine Le Pen. Lors des dernières émeutes, elle avait dit qu’à un moment donné, le casseur-payeur devait être une réalité. On le défend depuis des années. Pourquoi ne l’ont-ils pas appliqué ?"

"Comme toujours depuis que nous sommes dans toutes les enceintes où nous siégeons, lorsque ça va dans le bon sens, nous votons pour, dans l’intérêt de la France et des Français. Et lorsque ça ne va pas dans le bon sens, nous dénonçons et nous votons contre. Donc là, si ça se concrétise, évidemment, nous voterons pour."

Retraites : "Jordan n’a jamais remis en cause la ligne qui est aujourd’hui celle du parti"

Jean-François Achilli : Il y a eu un séminaire du Rassemblement national, c’était vendredi, organisé dans les Landes. Est-ce qu’il a permis de fixer une ligne et une seule ? Je vous prends des exemples. On va parler des retraites, mais nous évoquions Lyhanna à l’instant. Jordan Bardella a estimé, c’était encore sur BFM TV, il l’a redit hier, que le garde des Sceaux aurait pu démissionner par honneur. C’est ce qu’a dit votre président. Alors que Marine Le Pen, elle, estime que ça ne servirait pas à grand-chose. Vous êtes sur quelle ligne, vous-même ?

Franck Allisio : "Là franchement, c’est vraiment couper les cheveux en quatre. Ce sont des minuscules polémiques. Ils n’ont pas encore une oreillette tous les deux. Il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre les deux, mais ils n’ont pas encore une oreillette en permanence. On a dû leur poser la question simultanément. Je pense que c’est interchangeable. Les deux réponses sont vraiment très, très proches. Enfin, ce sont les mêmes."

Jean-François Achilli : Ce n’est pas tout et son contraire ?

Franck Allisio : "Non, ce n’est pas tout et son contraire. D’un côté, il y a Jordan qui explique qu’à titre personnel, il pense que le ministre aurait dû démissionner, mais il n’appelle pas à la démission. Il dit : « Si j’étais monsieur Darmanin… ». Aucun des deux n’appelle à la démission, mais les deux pensent qu’à la place de Gérald Darmanin, ils auraient démissionné."

Jean-François Achilli : Parlons des retraites. « Notre réforme permettra à ceux qui ont travaillé avant 20 ans de partir à 60 ans avec 40 annuités », c’est ce qu’a dit Marine Le Pen. Elle l’a rappelé hier sur France 3. Après, elle évoque peut-être un progressif avec un âge légal à 62 ans. Alors que, vous le savez, Jordan Bardella a ouvert une porte. C’était dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, en mai dernier, il y a un mois, en disant : « Nous sommes en train d’examiner la question » sur un report de l’âge légal. Chacun pointe quand même une différence d’appréciation sur le sujet. Vous la niez ?

Franck Allisio : "Oui, parce qu’elle n’existe pas. Jordan n’a jamais remis en cause la ligne qui est aujourd’hui celle du parti sur les retraites. Il la défend depuis des années et des années. Il la défend chaque jour sur tous vos plateaux. Donc s’il fait campagne demain, si Marine Le Pen est empêchée le 7 juillet, il fera campagne sur les 60 ans."

"Enfin, je ne parle pas pour lui, dans le sens où un projet présidentiel, c’est avant tout le projet d’un homme ou d’une femme. Mais sur ce point, il n’y a pas de division. Comme sur tous les autres points d’ailleurs. Je sais que ça fait des années et des années qu’on cherche les divergences, les divisions. Ce serait tellement confortable pour nos adversaires qu’il y ait une division entre Jordan et Marine. Il n’y a pas l’ombre du début d’une division entre Jordan et Marine sur ce sujet."

Jean-François Achilli : S’il est candidat, il mènera campagne sur les 60 ans, voire 62 ans s’il y a les annuités au rendez-vous ? Mais pas de report, pas de réflexion sur ce que veut la droite traditionnelle ?

Franck Allisio : "Les annuités, c’est pour ceux qui sont entrés sur le marché du travail avant 20 ans. La vraie question qui se pose, d’ailleurs, c’est bien gentil de parler de réforme des retraites comme nos adversaires en parlent mais ne font jamais rien, mais le vrai problème, c’est l’emploi des jeunes et l’emploi des seniors, qui est 10 à 15 points inférieur à celui de nos pays voisins."

"Aujourd’hui, l’âge moyen pour avoir un CDI définitif et commencer véritablement à cotiser en France, c’est 27 ans, alors qu’en Allemagne, c’est 23 ans. C’est là que nous avons la solution pour les retraites. Ce n’est pas dans des batailles de chiffres et d’annuités. Nous avons une réforme. Cette réforme, elle ne coûtera pas plus cher que les autres. Et nous saurons la financer parce que c’est un choix politique et nous saurons où faire des économies."

Jean-François Achilli : Marine Le Pen a évoqué hier de façon très claire une ouverture à la capitalisation, une dose dit-elle de capitalisation, pour ouvrir la réforme des retraites. Elle le propose, sauf que ça existe déjà, Franck Allisio. Il y a à peu près 13 millions de Français qui sont sur des plans d’épargne retraite, sans parler de ce qui se passe dans les entreprises. Quelle est l’idée, finalement, de dire la capitalisation, qui existe déjà ?

Franck Allisio : "Il faut l’intensifier, il faut la favoriser. Elle a expliqué aussi que ce n’était pas la panacée, parce que si vous passez d’un système de répartition à un système de capitalisation lorsque le système par répartition est déficitaire, ce n’est déjà pas possible, et ensuite ça mettra des années et des années à être mis en place."

"Donc il faut continuer à renforcer la capitalisation sur les retraites complémentaires. C’est le cas depuis les années 90 dans la fonction publique. Ça a mis des dizaines d’années à arriver dans le privé. Il faut continuer à l’intensifier. Ça fait partie de la solution. Ce n’est pas l’alpha et l’oméga. Marine Le Pen ne fait que le rappeler."

"Marine Le Pen a toujours répondu qu’elle ne serait pas candidate pour aller à Matignon"

Jean-François Achilli : Le 7 juillet, c’est dans trois semaines à peu près. J’imagine qu’il y a une forme de pression en interne au Rassemblement national. C’est ma dernière question, Franck Allisio. Vous souhaitez ardemment que Marine Le Pen puisse se présenter. Elle est la candidate à vos yeux ?

Franck Allisio : "Je souhaite ardemment que Marine Le Pen puisse se présenter, évidemment. Je souhaite ardemment ce tandem que l’on a construit depuis des années : Marine à l’Élysée, Jordan à Matignon."

Jean-François Achilli : Et si l’inverse arrive, c’est-à-dire Jordan Bardella candidat, ce sera Marine Le Pen à Matignon ? C’est de l’ordre du possible ?

Franck Allisio : "Non. Marine Le Pen a toujours répondu qu’elle ne serait pas candidate pour aller à Matignon. Marine est faite pour être présidente de la République. Si jamais quelque chose d’autre se décidait le 7 juillet, elle apportera tout son soutien et elle sera le plus fidèle et surtout le plus solide des soutiens pour le futur président Bardella."

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