Quand les municipales regorgent de surprises

Michèle Rubirola qui inverse les tendances dans la dernière ligne droite et relègue Martine Vassal en seconde position à Marseille, Louis Aliot qui pourrait devenir maire de Perpignan avec l'étiquette RN, la République en Marche à la peine à Lyon où l'écologiste Grégory Doucet n'a jamais été aussi proche du Graal, ou encore Édouard Philippe en balottage à peine favorable au Havre, autant de surprises qui rendent ces municipales mémorables, au-delà du CO-VID 19.

Louis Aliot peut retrouver le sourire : il améliore son score de 2014 mais surtout voit l'hypothèse d'un front républicain contre sa liste s'estomper.

Rien que dans la capitale, la forte abstention - 56 % au niveau national - a profité à la maire sortante, Anne Hidalgo (PS), qui ressort largement en tête avec 29,3 % des voix. C'est plus que prévu et loin devant Rachida Dati qui atteint 22,7% des votes, soit autant que prévu pour l'ex-garde des Sceaux dans nos sondages Ifop-Fiducial. En réalité, le véritable perdant de ce suffrage n'est autre que Cédric Villani qui passe sous les 8%, insuffisants pour le second tour.

 

L'une des plus grandes surprises de la soirée vient de Marseille, plus dans la symbolique que dans le score en tant que tel. En effet, Michèle Rubirola du Printemps marseillais a clos le scrutin à 23,4 %, devant Martine Vassal à 22,3 %, alors que les estimations plaçaient l'actuelle présidente de la Métropole en pole position. Pour compléter le podium, Stéphane Ravier avait lui aussi de quoi faire grise mine en passant sous la barre des 20 %, à 19,4 pour cent très exactement. Dans le Grand Matin Sud Radio, Guilhem Ricavy, directeur des rédactions de "La Provence" expliquait « la surprise de ces résultats par le fait que les personnes âgées, de nature plus conservatrice, ne se sont pas déplacées dans les urnes en raison de l'épidémie de coronavirus".

À Montpellier, Rémi Gaillard a manqué d'un rien le second tour (9,6%) tout comme Alenka Doulain. La candidature "à la Coluche" de l'humoriste ne pourra donc pas être défendue face à Philippe Saurel, le maire sortant à 18 %, Michaël Delafosse, divers gauche à 16,66 %, et Mohed Altrad à 13,5 %. Reste à voir si Rémi Gaillard annoncera son ralliement à un candidat étiqueté politiquement ou s'il ne donnera pas de consignes de vote.

Les Verts surfent sur leur score aux élections européennes de l'an dernier et seront à prendre très sérieux d'ici 2022. Jamais vraiment implantés au niveau local, si ce n'est à Grenoble avec Éric Piolle (qui frôle l'élection dès le premier tour cette année), les écologistes sont désormais sur le point de glaner Lyon, Strasbourg et Besançon. Excusez du peu.

Dans la ville d'Alain Juppé, désormais au Conseil Constitutionnel, Nicolas Florian se trouve même ex-aequo avec les écologistes de Pierre Hurmic, 35,5 contre 35,3 %. Il devance donc de seulement 96 voix son adversaire d'un soir (ou plutôt de deux). C'est la première fois depuis 1974 à Bordeaux, qu'un candidat de la droite républicaine devra passer par un second tour pour être éventuellement élu.

En l'occurrence à Lyon, Grégory Doucet 29% devance largement Étienne Blanc (LR; 16,7%) et Yann Cucherat, disciple de Gérard Collomb et donc étiqueté LREM à 14,9%. Un vrai camouflet pour l'ancien gymnaste, dans une ville gérée depuis 2001 par Collomb, lequel avait même été élu dès le premier tour en 2014. À une époque où il s'affichait aux couleurs du Parti socialiste. De fait, l'étiquette En Marche a tout du cadeau empoisonné au niveau local.

L'utilisation du 49-3 pour faire passer la réforme des retraites en force pourrait bien avoir porté préjudice au Premier ministre jusqu'à sa ville du Havre où il n'a pas été élu dès le premier tour. Certes, son score est honorable - 43,6 % - mais la liste des gauches le talonne à quasiment 36 % des voix.  Édouard Philippe n'est pas certain de l'emporter. Contrairement à Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, qui a été réélu à Tourcoing et ce, haut la main (55,5 %) tandis qu'en 2014, il avait eu besoin de deux tours pour l'emporter. Franck Riester, ministre de la Culture, a lui aussi été réélu à Coulommiers avec 58,85 % des voix.

L'homme fort de cette première phase des municipales, c'est lui. Louis Aliot, un des six députés Rassemblement National à l'Assemblée, gagne un point et demi de plus que lors du précédent scrutin à Perpignan avec 35,6 % des voix malgré plus de listes qu'en 2014. L'hypothèse d'un front républicain contre sa candidature au second tour est à écarter tant les autres listes peinent à trouver des alliances et des atomes crochus. Il serait donc le maire le plus important du Rassemblement National devant David Rachline, réélu dès le premier tour à Fréjus, et Steve Briois à Hénin-Beaumont qui a convaincu trois électeurs sur quatre.

 

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