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Primaire des démocrates : que vaut l'idée lancée par Gabriel Attal ?

GROS PLAN SUD RADIO - Distancé dans les sondages, Gabriel Attal a plaidé pour une « grande primaire des démocrates », censée aller de la gauche sociale-démocrate à la droite républicaine avec l'objectif d'éviter un second tour LFI-RN. Mais cette proposition semble avoir du mal à trouver son public pour le moment.

JULIEN DE ROSA - AFP

L'appel arrive à moins de six mois de la présidentielle. Candidat Renaissance, Gabriel Attal a sommé les siens d'être « tous responsables » alors qu’il estime que des millions de Français aspirent à un rassemblement capable d'empêcher un duel entre La France insoumise et le Rassemblement national. Une opposition à laquelle le pays « ne se relèverait pas » selon lui qui commence à s'essouffler dans les sondages et intentions de vote. 

L'ancien Premier ministre ne s'était jusque-là pas opposé à l'idée. Début octobre, il avait déjà plaidé dans Le Parisien pour une grande coalition allant des sociaux-démocrates à la droite républicaine, ce que le camp Glucksmann avait immédiatement réfuté.

Un cadre encore à déterminer

Le cadre de cette éventuelle primaire reste très flou. Attal tend la main aux candidats qui partagent la défense des valeurs républicaines, de l'autorité, de la laïcité, de la construction européenne et de la compétitivité, et qui rejettent toute alliance avec les extrêmes. 

Pour les modalités, il s'appuie sur les propositions déjà sur la table. Il reprend la charte de valeurs d'Hervé Morin, qui a lancé fin août une pétition en faveur d'une primaire, et le calendrier de François Bayrou, avec un vote d'ici la fin janvier. Il évoque aussi une participation symbolique d'un ou deux euros.

Édouard Philippe dubitatif

Les invités visés sont, entre autres, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, David Lisnard et Raphaël Glucksmann. Le maire du Havre, candidat depuis 2024, s'y oppose depuis le début. La réponse est venue de son parti : le patron des députés Horizons, Laurent Marcangeli, a accusé un « en même temps » brouillon et hasardeux, incapable selon lui d'écarter le duel redouté. 

Soutien du maire du Havre, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a admis ne pas avoir bien compris la proposition. Elle a plaidé pour la clarification plutôt que la confusion, avec une alliance limitée à la droite et au centre.

Retailleau et Villepin refusent, Lisnard partant

Chez Les Républicains, l'entourage de Bruno Retailleau juge le projet « mort-né » faute de borner son périmètre et d'exclure Glucksmann. Il avertit qu'une primaire de Glucksmann à Retailleau reviendrait à repartir pour cinq ans de macronisme, et qu'elle ferait le jeu de Marine Le Pen puisque personne à droite ne voterait pour le député européen. Interrogé par franceinfo, ce même entourage a qualifié l'idée de « fantaisiste et ridicule ».

Dominique de Villepin, qui prépare sa candidature, a lui aussi été sollicité. Son entourage assure à l'AFP l'avoir « gentiment éconduit ». Il estime qu'être simplement opposé à Marine Le Pen et à Jean-Luc Mélenchon ne fait pas un projet de redressement du pays, et parle d'un « chant du cygne ». Le seul enthousiasme vient de David Lisnard qui dit défendre une primaire ouverte depuis deux ans.

« Une bouée de sauvetage » pour Gabriel Attal

Interrogé par Sud Radio, le politologue Brice Soccol juge l'initiative vouée à l'échec. « C'est une bouée de sauvetage pour Gabriel Attal, qui ne décolle pas dans les sondages », analyse-t-il. Selon lui, la primaire permet au candidat « d'arrêter cette campagne » qui ne prend pas pour l'ouvrir « dans une coalition ». Mais cette coalition réunirait des soutiens d'Emmanuel Macron depuis deux quinquennats, qui « semblent rejetés par une majorité de Français ».

Des sondages qui expliquent l'urgence

Car oui, cette proposition de primaire intervient alors que Gabriel Attal s’éloigne de plus en plus du haut des paniers et voit ses concurrents prendre une avance considérable. Dans le sondage Ifop Fiducial pour Sud Radio, publié le 21 octobre, Gabriel Attal n'est crédité que de 5% des intentions de vote si Édouard Philippe maintient sa candidature et de 13% si ce dernier se retire. 

De son côté, Retailleau oscille entre 5 et 7%. Si un sondage ne prédit rien, la tendance est claire. Le bloc central s'érode, ses deux anciens machinistes pâtissent d'une fin de mandat chaotique malgré leurs distances avec Emmanuel Macron, et Glucksmann vient lui disputer l'électorat du centre gauche. « Gabriel a compris qu'une primaire était sa seule porte de sortie », confie même un conseiller cité par l'AFP.

Renvoyer la patate chaude à Philippe

L'entourage d'Attal reconnaît qu'il n'y aura « probablement pas de consensus immédiat », mais assure que l'idée « infuse ». Elle a effectivement fait du chemin : plusieurs mois plus tôt, le comité de liaison du bloc central l'avait largement écartée. Reste que le sujet est désormais posé publiquement, et que Gabriel Attal peut désormais faire porter à Édouard Philippe la responsabilité d'une éventuelle division, ce qu'il n'a pas manqué de faire sur TF1.

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