singlesud.php

Guillaume Lacroix (PRG) : « J’invite Glucksmann à parler moins de LFI et un peu plus de la France »

INTERVIEW SUD RADIO – Primaire démocrate, Présidentielle, Glucksmann : Guillaume Lacroix, président du Parti Radical de Gauche, était l’invité de Sud Radio au micro de Jacques Cardoze.

Guillaume Lacroix : « On ne résoudra pas le problème avec des primaires »

Jacques Cardoze : Beaucoup ne vous connaissent pas. Comment vous pourriez vous décrire et vous présenter ? »

Guillaume Lacroix : « Ah, il faut des gardiens de la République. Quand la République va mal, il faut des gardiens sincères, des gardiens crédibles. Et comme je suis le modeste héritier du parti qui a fondé la République, je crois qu'il est de notre devoir dans ce moment de chaos, de fragilité, de fébrilité, eh bien de parler fort. On ne nous a pas entendus quand tout allait bien, mais il faut qu'on soit là quand tout va mal. »

Vous vous définissez comme un lanceur d'alerte ?

« Je me définis comme un républicain de gauche, une race en voie de disparition depuis bien longtemps. C'est-à-dire quelqu'un qui considère que dans l'organisation publique, le régalien compte autant que le progrès social. Il faut être capable de se distancier des modes pour revenir toujours à l'essentiel, les principes de la République laïque, universaliste, et la capacité à faire avancer le pays dans la solidarité. »

« Je ne veux pas qu'on enfume nos enfants »

Est-ce qu'il faut quelqu'un aussi pour dire la vérité dans un contexte où peu tiennent un langage de vérité ?

« C'est la force d'être non candidat. Je crois être l'un des rares responsables politiques de ce pays à avoir fait le choix volontaire de ne pas être candidat, ça me donne effectivement une liberté de ton et de parole parce que je crois que l'heure est grave, parce que les Français le sentent, ils le ressentent, ils le vivent, ils voient des crises multiples se multiplier devant eux, mettre en danger l'avenir de leurs enfants, et dans ce moment, je ne veux pas qu'on les enfume. »

La France est devenue une poudrière. Avez-vous déjà connu un tel niveau de tension en France ?

« Rarement. Il y a souvent eu dans ce pays des tensions. D'abord, c'est un pays qui en a depuis très longtemps. On se réjouit très souvent de la Révolution française. Bon, il y a eu dans ce pays souvent des sursauts, des moments compliqués. Là, le problème, c'est que nous sommes dans des moments de ce que j'ai appelé des pulsions de mort, c'est-à-dire qui ne mènent à rien. 

Qui ne sont pas motivées par un débouché politique, par un espoir, qui ne sont pas motivées par l'envie d'un autre monde. Elles sont motivées par l'envie de détruire. Et quand vous ne voulez plus que détruire, c'est que vous êtes arrivé à un niveau d'exaspération et donc une forme d'absence d'envie d'être ensemble. Et c'est ce qui m'inquiète terriblement. »

« Il n'y a plus d'appartenance commune »

Comment vous la mesurez, ces pulsions morbides ?

« Par le fait que quand vous cassez, quand vous détruisez, quand vous attaquez les institutions par principe sans rien proposer, sans rien imaginer, sans porter même un slogan de monde meilleur, sans savoir forcément le définir, mais quand vous n'êtes plus que dans l'individualisme... 

Ce qu'on a observé ces derniers temps, c'est à la fois des factieux qui voulaient détruire les institutions — ce qui s'est passé à Limoges est quand même emblématique de cette situation —, et puis vous avez assisté à des gens qui se sont simplement dits : "Bah écoutez, tout va mal, alors je vais aller me servir. Je vais aller me servir dans les magasins, je vais aller piller, je vais aller casser, je vais aller prendre." Une espèce de pulsion consumériste morbide et qui donne le sentiment que finalement il n'y a plus d'appartenance commune et qu'il n'y a plus d'envie d'aller ensemble quelque part. »

« Chacun veut compter ses morts »

Vous dénoncez ces pulsions morbides, y compris chez les responsables politiques. Après la scène à l’Assemblée nationale, la concorde vous semble-t-elle encore possible ?

« Mais moi, j'ai l'impression que la République est en danger quand la représentation nationale finit de salir et d'humilier ce qui normalement doit être le ferment d'une société, la dignité dans l'épreuve. La dignité dans l'épreuve. Ce qui s'est passé à Trappes est un crime raciste. C'est un crime raciste avec une pensée derrière qui est que finalement, dans les têtes, la guerre civile est là. 

Chacun veut compter ses morts. Dans les têtes, chacun se dit : "J'ai mon mort. Mon mort à moi, il est noir ; mon mort à moi, il est blanc ; mon mort à moi, il est juif." Mais on est dans un monde qui devient dingue et je ne l'accepterai pas parce que nous ne pouvons aller nulle part. Nous ne pouvons emmener nos enfants nulle part, nous ne pouvons autoriser la jeunesse à rien si nous ne lui offrons rien d'autre que la désolation des détestations. »

« Dans les têtes, la guerre civile est là »

On a vu à l'Assemblée nationale une forme de compétition entre différentes formations politiques à ce sujet ?

« Mais c'est terrible. Vous avez l'extrême droite qui passe plus de temps à essayer d'expliquer ce pour quoi elle est qu'à se morfondre de ce qui s'est produit. L'extrême droite s'installerait et s'honorerait quand même dans ce moment de dire qu'effectivement l'essentialisme, le fait de généraliser, le fait de dire "tous les Arabes sont", "tous les Noirs sont", "tous les Blancs sont"... »

Marine Le Pen a précisé ses pensées, notamment sur ses volontés concernant les musulmans, en disant que la préférence nationale s'adresserait à tous les Français et qu'il n'y aurait pas de différence précisément entre les religions.

« Quand vous êtes dans la vie politique depuis 30 ans, que vous en êtes à votre 3e ou 4e candidature à la présidentielle et que vous êtes obligé de préciser, c'est que vous n'avez pas été très clair sur ce que vous vouliez porter depuis quelques années. Mais je trouve que l'irresponsabilité aujourd'hui, elle est particulièrement incarnée par les extrêmes, tous les extrêmes, mais que malheureusement l'irresponsabilité, elle commence aussi à se dessiner dans le camp des républicains et des démocrates. »

« Je ne choisis pas entre les haines, je les combats toutes »

Alors, on a entendu le maire de Trappes, Ali Rabeh, ainsi que de nombreux responsables politiques de gauche, accuser Éric Zemmour, le RN, la ministre Aurore Bergé ou même Bruno Retailleau d'avoir armé idéologiquement le tueur. C'est pas un peu facile ?

« Ah mais moi, je déteste les raccourcis. Nous sommes dans une société où chacun a une part de responsabilité. L'extrême droite a la sienne, c'est évident, sur la généralisation, la stigmatisation de populations particulières. Mais tout le monde a sa part de responsabilité. Quand la France a connu des attentats par des islamistes, les mêmes qui aujourd'hui pointent du doigt l'extrême droite étaient incapables de pointer du doigt ce qu'était l'islamisme et ce qu'était le fanatisme religieux. 

Donc moi, je ne choisis pas entre les haines, c'est la force des républicains. Je les combats toutes, je les écrase toutes. Si je dois me radicaliser, c'est contre cela, contre la haine, contre finalement cette bêtise ambiante qu'on exacerbe au moment où il faut parler à l'intelligence des Français et il faut leur dire : "Vous voyez bien que ça va mal. Est-ce que c'est vraiment le moment d'en rajouter nous-mêmes ?" »

Vous voudriez vous radicaliser contre les radicaux ?

« Moi, je veux me radicaliser dans la raison, la responsabilité et la République. Oui. »

« Il y a une résurgence du fanatisme religieux, notamment islamiste »

Trappes a fait l’objet d’enquêtes antiterroristes et une cinquantaine d’habitants sont partis rejoindre Daesh. Est-ce facile de dénoncer une assimilation raciste dès qu’on évoque ces faits ?

« Non, moi je crois qu'il faut sérier les problèmes. Moi je refuse de dire : "Il y a ce sujet à Trappes, donc c'est quasiment logique, dans ce que vous me dites, qu'il y ait une réaction armée contre." On ne peut pas prendre le problème comme ça. Il faut traiter les problèmes les uns après les autres, Il y a dans ce pays une résurgence, une remontée du fanatisme religieux, notamment islamiste. Il y a dans ce pays aussi une résurgence et une remontée du racisme. Ce n'est pas l'un qui provoque l'autre. Ce sont deux problèmes qui doivent être traités directement en rappelant l'essentiel : dans ce pays, tous les enfants de France sont protégés par des principes qui sont les mêmes. 

Et c'est là-dessus qu'il faut tenir bon, parce que si vous êtes lâche avec la montée du fanatisme religieux, effectivement vous ne pouvez pas être ferme avec le racisme. Mais si vous êtes lâche avec le racisme, vous ne pouvez pas être ferme contre le fanatisme religieux. Et moi, la fermeté, l'autorité, je crois que c'est ce qui manque vraiment aujourd'hui dans les discours du pays et surtout ceux de la gauche. »

« Il fallait se battre contre le mépris de classe »

Est-ce que les difficultés sociales ne sont pas les principaux moteurs de ces haines en France ?

« Écoutez, moi je viens d'une famille — mon père était routier, ma mère était institutrice dans un village de l'Ain en France —, je ne viens pas de la cuisse de Jupiter. Je n'ai pas été élevé dans l'opulence. J'ai connu, j'ai vu des difficultés dans ma famille. Ça ne m'a jamais incité à la violence, ça ne m'a jamais incité à considérer que j'avais un droit de revanche. 

Ça m'a incité à considérer qu'il fallait se battre contre le mépris. Il fallait se battre contre le mépris de classe, il fallait se battre contre les assignations sociales, il fallait se battre contre le plafond de verre. Ça, ce sont des bagarres qui sont utiles au pays, mais ce n'est pas la violence. Moi, je ne ferai jamais de lien entre difficultés des uns et droit à la violence des autres. »

« On ne parle pas des vrais sujets, de la crise budgétaire ou du pouvoir d'achat »

Vous condamnez les radicaux. Est-ce que vous approuvez LFI qui désigne directement Éric Zemmour comme responsable de la montée du racisme en France ?

« Ce qui est incroyable, c'est que Jean-Luc Mélenchon refuse d'être désigné comme le responsable de la montée de l'antisémitisme en France, et il trouve logique d'aller désigner quelqu'un, un seul homme, une seule femme, qui serait responsable de la montée du racisme en France. Enfin, la France est aux prises avec des gens qui ont des idées, qui ont décidé de chauffer à blanc les esprits. Ils veulent désigner des boucs émissaires, des ennemis. 

Ils font en sorte que vous ne regardiez pas le réel, parce que pendant qu'on se bat pour savoir si M. Zemmour — dont je me moque comme de l'an 40 et dont je hais les thèses — est responsable de quelque chose, ou si M. Mélenchon est responsable à lui tout seul des émeutes et de l'antisémitisme en France, on ne parle pas des vrais sujets. On ne parle pas de la crise budgétaire, on ne parle pas de la crise financière, on ne parle pas du pouvoir d'achat. 

« Éric Zemmour n'aura jamais ma voix »

Qu'est-ce qui intéresse les gens ? C'est de pouvoir se loger ! Qu'est-ce qu'ils en ont à faire de savoir si M. Mélenchon pense que M. Zemmour est l'ennemi de la République ou si M. Zemmour pense que M. Mélenchon est l'ennemi de la République ? Les ennemis de la République, c'est ceux qui refusent le réel, et là en l'occurrence, ils se retrouvent. »

Il faut des hommes pour porter des idées et pour les défendre dans une campagne électorale. Est-ce qu'Éric Zemmour a sa place dans cette présidentielle ?

« Mais il fait ce qu'il veut. Il n'aura jamais ma voix. »

« La véritable exigence, c'est d'avoir des médias libres »

On sent que LFI dresse presque des listes de bons et de mauvais médias. Est-ce que ça vous choque ?

« Vous savez, moi dès qu'on rentre dans la théorie du bon et du mauvais chasseur, je commence à sourire. Alors parfois jaune quand il s'agit de la démocratie. Je ne crois pas qu'il y ait de bons ou de mauvais médias. Je crois que la véritable exigence, c'est d'avoir des médias libres. Qu'on n'ait que des gens libres et accessoirement qui travaillent, c'est-à-dire qui soient capables véritablement d'aller chercher la vérité et de l'opposer à ceux qui viennent raconter n'importe quoi dans les studios. 

Malheureusement, je trouve que parfois ça manque. Vous savez, je suis de l'Ain, je vous l'ai dit, c'était la terre de Voltaire. Je crois qu'il faut privilégier la capacité de chacune et chacun à s'exprimer partout, et que la liberté médiatique, c'est la démocratie. »

« Ce pays avait fini par croire que rien ne pourrait jamais lui arriver »

Comment la France en est arrivée là ? Ce sont les 10 ans de macronisme aujourd'hui qui l'ont abîmée ?

« Il y a une responsabilité par principe de ceux qui gouvernent. Alors quand vous gouvernez 10 ans, votre responsabilité est forcément grande. Mais c'est aussi une somme de lâchetés depuis des décennies, parce que ce pays avait fini par croire que rien ne pourrait jamais lui arriver. Ce pays avait pensé que son niveau de vie, la capacité de pouvoir d'achat du plus grand nombre, son niveau de croissance lui permettraient finalement de surmonter à peu près toutes les difficultés, et il n'a pas voulu les regarder. 

Et puis on a eu la crise des subprimes sous Sarkozy, et on s'est dit : "Finalement, on n'est pas si forts." Puis on a eu la crise des attentats terroristes, et on s'est dit : "Ouh là là, on vient nous tuer chez nous !" Et puis on a eu le Covid, et là on s'est rendu compte que notre chéquier ne servait à rien, on n'arrivait même pas à acheter des masques. Et je crois que les Français se sont mis à comprendre que ce sentiment qu'ils avaient, que la mondialisation apportait du bon mais qu'elle apportait aussi du mauvais, que l'Europe apportait du bon mais qu'elle apportait aussi des choses qui n'étaient pas suffisantes, est devenu réel. 

Et que dans ce moment-là, les politiques ont continué de faire comme avant. Ils ont continué finalement à faire des promesses intenables, à faire croire qu'ils pouvaient tout tenir tout seuls. Et là aujourd'hui, on arrive au moment d'exaspération, le moment où tout le monde a ouvert les yeux et où ils voient bien que les gens leur parlent soit en les caricaturant — parce que les extrêmes ne parlent pas à l'intelligence des gens —, soit en leur mentant en faisant des promesses irréalistes. Et c'est avec cela qu'il faut rompre. »

« Je n'ai pas voté Emmanuel Macron »

Ça c'est une analyse générale, mais est-ce qu'Emmanuel Macron est responsable directement ?

« Ah mais Emmanuel Macron a une responsabilité... Il a été président de la République pendant 10 ans, il a une responsabilité essentielle. Emmanuel Macron s'est fait sur l'idée qu'il allait tout changer. Il y avait de l'espérance il y a 10 ans, et ce dégagisme-là portait de l'espoir. Moi, je n'ai pas voté Emmanuel Macron, mais beaucoup de mes amis l'ont fait avec sincérité, avec l'idée que voilà, on allait en finir avec les institutions bloquées, on allait en finir avec l'esprit de clan politique, on allait en finir avec le refus d'affronter le réel et qu'on allait répondre. »

Ça veut dire que 2027, c'est 2017 déchu ?

« Absolument. »

« On résoudra le problème avec un peu moins d'égos »

Gabriel Attal vient de lancer l'idée d'une primaire. Vous y croyez, à cette primaire qui pourrait aller de Raphaël Glucksmann à Bruno Retailleau ?

« J'ai déjà assez à faire avec les histoires de ma famille, je ne vais pas me mêler des histoires de famille politique des autres. Je n'ai pas été macroniste pendant 10 ans, je ne vais pas embarquer maintenant.»

Oui, mais lui ouvre la famille à l'ensemble des démocrates et à tous ceux dont vous parlez aussi.

« Oui, alors c'est assez étonnant parce que pendant 10 ans, ils ont refusé de le faire. Donc c'est un peu particulier d'arriver en disant : "Qui n'est pas avec nous est contre nous." Ça a été ça pendant 10 ans. Pour nous expliquer que maintenant, pour essayer de sauver les uns ou les autres, il faudrait qu'on soit là. Moi, pardon, ma vocation n'est pas de venir sauver ce qui n'a pas été capable de démontrer sa puissance politique. 

« Quand ça allait mal, on est allé chercher De Gaulle »

Moi, je vais vous dire, dans ce moment un peu dingue, je pense que le vrai sujet ce n'est pas de savoir si on organise des primaires, c'est de savoir si on a quelqu'un de responsable. Dans ce pays, quand ça allait mal, on est allé chercher Clemenceau, dans ce pays, quand ça allait mal, on est allé chercher Mendès France, dans ce pays, quand ça allait mal, on est allé chercher De Gaulle. 

Dans ce pays, au moment où ça va mal, je ne crois pas qu'on résoudra le problème avec des primaires. Je crois qu'on le résoudra avec un peu moins d'égos, un peu plus de sens de l'intérêt général et une capacité à porter un discours politique qui soit autre chose que "Sauvez-nous". Parce que moi, je ne suis pas là pour sauver qui que ce soit. La France, oui ; la République, oui ; quelqu'un ou une famille politique, non. »

« La ligne claire n'est pas un projet »

La France demande aussi de l'autorité. Vous avez dit que la gauche manquait d'autorité et de fermeté. Raphaël Glucksmann, il peut incarner cette fermeté ?

« Moi, je suis en accord sur la ligne politique avec Raphaël Glucksmann. J'étais même avant, puisque mon parti depuis 2022 avait refusé la NUPES et le NFP. Et donc la ligne anti-LFI, ou sans LFI pour dire les choses, est une ligne assez claire que je partage. Je suis ravi qu'elle ait emporté. Mais la ligne claire n'est pas un projet. Il ne faut pas que ça devienne une ligne trouble parce qu'être sans LFI, ça ne résout pas la crise budgétaire et financière. 

Être sans LFI, ça ne donne à manger à personne, être sans LFI, ça ne construit pas du logement. Être sans LFI, ça ne rassemble pas le camp des républicains. Ça n'est pas un argument en soi. C'est une posture pour dire qui l'on est. Le vrai sujet maintenant, c'est d'être capable de dire où l'on va et surtout de démontrer. »

« Glucksmann parle beaucoup de LFI, moins de la France »

Raphaël Glucksmann, il est dans la posture ?

« Je trouve qu'aujourd'hui il parle beaucoup de LFI, moins de la France. Je l'invite à parler un peu plus de la France. »

Vous dites que son programme est vide ?

« Je dis que nous sommes face à une crise budgétaire et financière majeure qui peut encore s'aggraver. Je ne suis pas sûr qu'un programme qui repose uniquement sur la taxe avec haros sur les milliardaires et de la dépense nouvelle soit parfaitement en rapport avec ce que nous allons devoir affronter.»

Pour le moment, vous avez l'intention de faire campagne avec lui ou pas ?

« Pour l'instant, j'ai l'intention de parler librement de la situation du pays. Je vous l'ai dit, mon rôle, mon devoir, c'est de faire partie des gardiens de la République. »

« L'essence, ce n'est pas simplement pour aller se promener le week-end »

Roland Lescure a déclaré que la fiscalité sur les carburants ne l’empêchait pas de dormir. Que vous inspire cette formule du ministre de l’Économie ?

« À peu près la même réaction que lorsqu'il avait dit : "Avec 2 000 €, on vit bien", je crois. La déconnexion. La déconnexion et l'incompréhension totale du pays. Voilà ce que ça m'inspire. Il faut rien comprendre au pays pour ne pas comprendre que le problème de l'essence touche d'abord les territoires ruraux et périphériques, où les gens ont dû s'éloigner des métropoles pour aller habiter là où ils pouvaient avoir les moyens d'acheter, où ils ont dû prendre une voire deux voitures pour aller travailler, et que c'est tout le sujet. 

Ne pas comprendre que l'essence, ce n'est pas simplement pour aller se promener le week-end, mais que c'est pour aller bosser. Ne pas comprendre que si les gens ne vont plus bosser, c'est tout l'appareil économique qui s'effondre, alors même qu'on a des prévisions de croissance qui sont extrêmement faibles, c'est ne rien comprendre à la fois au pays, mais ne rien comprendre à l'économie. »

« L'irresponsabilité politique m'empêche de dormir »

Qu'est-ce qui vous empêche de dormir vous-même sur les taxes sur les carburants ?

« Moi, ce qui m'empêche de dormir, c'est l'irresponsabilité politique, parce que c'est elle qui est en train de rajouter de la crise à la crise, du chaos au chaos. C'est cette irresponsabilité politique, cette incapacité à parler aux Français en fait de vérité, parce qu'il ne s'agit pas de dire "moi demain on rase gratis", hein. Je vous l'ai dit tout à l'heure, on n'a plus les moyens. Donc faire croire aux gens que demain on rase gratis, c'est les prendre pour des idiots. 

Mais leur dire "je ne comprends pas que ce sujet est central", et finalement dire cette phrase : "La taxe pour la taxe ne m'empêche pas de dormir"... Moi, ce qui m'empêche de dormir, c'est de voir les Français dans un état de pré-insurrection, de colère et de désespoir qui n'est pas supportable. »

« La démission, il faut aussi qu'elle soit crédible »

Vous appelez ou en tout cas vous espérez la démission de Roland Lescure après cette formule ?

« Moi, les appels à la démission, c'est un grand classique pour faire buzzer sur les réseaux sociaux. Ça ne m'a jamais intéressé. Chacun prend ses responsabilités. Je viens de vous parler de l'irresponsabilité qui m'agace. Moi, je crois que la responsabilité quand on est politique, c'est de tirer les conséquences de ce qu'on fait, de ce qu'on dit, de la réaction que ça provoque et de se comporter avec un peu de dignité politique. 

Je vais vous dire : la démission, il faut aussi qu'elle soit crédible, parce que déposer une démission le dimanche soir pour le lundi matin en plein milieu d'une crise de sécurité, ce n'est pas véritablement un acte de courage. Ça ressemble plus à une désertion. »

Après, Sébastien Lecornu peut le virer aussi. Il n'y a pas que la démission.

« Ah mais je pense que ce pays a besoin de remettre de l'autorité. Oui. »

« Je ne suis pas sûr que vous ne provoquiez pas encore un peu plus de chaos dans le chaos »

Quand on dépose sa démission le dimanche soir en plein milieu d'un week-end effarant et que le président la refuse, qu'est-ce que vous en pensez ?

« Ce qui m'étonne, c'est qu'on la dépose le dimanche soir pour le lundi matin se dire qu'il n'y a plus personne. Pardon, ça n'est pas responsable. Quinze jours après, si vous considérez que vous avez commis une faute, que vous n'étiez pas à la hauteur, eh bien à ce moment-là ça peut se poser. »

« Les candidats doivent se comporter à la hauteur »

Guillaume Lacroix, on va tenir 6 mois comme ça ?

« À cette allure-là, si personne ne remet un peu de raison et de responsabilité dans ce moment, non. Moi, je demande à ce que chacun prenne ses responsabilités. Je vous dis : si on ne remet pas du sens des responsabilités... Et je demande à Emmanuel Macron, je demande à Sébastien Lecornu, je demande aux candidats à l'élection présidentielle d'agir avec responsabilité, de peser leurs mots. 

Quand vous avez un ministre qui à deux reprises crée les conditions de contracter le pays au moment où il est déjà très contracté, vous montrez que vous avez remis de l'ordre dans votre gouvernement. Mais ce n'est pas à moi d'appeler à des démissions tous les matins et tous les soirs parce que ça, c'est appeler au chaos. Moi, j'appelle à ce que ceux qui prennent les responsabilités, qui les acceptent, qui veulent être candidats à la présidence de la République, qui gouvernent aujourd'hui, se comportent à la hauteur de ce à quoi ils prétendent. »

Une démission, ça permettrait une élection plus rapide et de calmer le pays.

« Vous savez, si vous avez 40 jours pour organiser l'élection — puisque la règle c'est celle-là : démission du président de la République, 40 jours pour organiser l'élection —, je ne suis pas sûr que vous ne provoquiez pas encore un peu plus de chaos dans le chaos. »

L'info en continu
09H
08H
07H
06H
01H
23H
22H
18H
17H
Revenir
au direct

À Suivre
/