François Kalfon : "Il se peut qu'il n'y ait pas de second tour et que Le Foll se retire"

Conseiller régional d’Île-de-France et membre du bureau national du PS, François Kalfon était l’invité politique du Grand Matin Sud Radio ce vendredi. Élection au PS, grève à la SNCF et droitisation de la droite étaient notamment au programme.

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"Je pense qu’il y aura une décantation dans la journée. Ce serait logique". À l’heure d’évoquer la situation à la tête du Parti socialiste après le premier tour des élections internes hier, François Kalfon, membre du bureau national du parti, a confié espérer une clarification rapide, alors qu’Olivier Faure est arrivé largement en tête avec près de 40% des suffrages. Pointant en deuxième position, Stéphane Le Foll pourrait bien jeter l’éponge avant le second tour selon François Kalfon. "Il se peut qu’il n’y ait pas de second tour. Je ne veux pas parler à la place des amis d’Emmanuel Maurel (j’ai moi-même soutenu Luc Carvounas), mais je ne pense pas qu’ils aillent alimenter le moulin de la candidature de Stéphane Le Foll, même si le garçon est fort sympathique, puisque c’est une candidature hollandaise assumée. Je suppose donc que Stéphane Le Foll est susceptible de ne pas maintenir sa candidature au second tour", assure-t-il au micro de Sud Radio ce vendredi.

"Il y a quatre conditions pour que le PS remonte"

Pour celui qui est aussi conseiller régional de la région Île-de-France, l’avenir et la survie du Parti socialiste dépendent de plusieurs facteurs, et ce dès maintenant. "Les adhérents socialistes ont fait le choix du rassemblement des socialistes puisque la participation était importante. Au-delà des formules, il y a quatre conditions pour que le PS remonte. La première, c’est le rassemblement et le fait que les choses se passent bien. La deuxième, c’est qu’il y ait une masse critique dans les fédérations, parce qu’il y a une énorme perte de compétences suite aux départs des uns et des autres et au plan social. La troisième, c’est qu’il faut transformer les colères (cheminots, retraités, etc.) en utopies positives, et je n’ai pas été impressionné par les idées nouvelles que j’ai vues au cours de ce congrès. La quatrième, essentielle dans notre période, c’est le leadership et l’incarnation. À vous, journalistes, de dire combien de cases sont cochées dans ce que je viens de dire", déclare-t-il.

SNCF : "Un gouvernement de droite qui cherche l’épreuve de force"

François Kalfon a également évoqué l’autre grande actualité de la journée, le conflit social à la SNCF, qui s’apprête à prendre une toute autre ampleur. "Les Français vont souffrir de cette grève à cause de l’entêtement d’un gouvernement qui a décidé de faire de ce conflit une victoire symbolique. En réalité, cette entreprise a fait énormément ce qu’on appelle de la compétitivité et avait les moyens de sortir par le haut des difficultés auxquelles elle est confrontée", déplore-t-il avant d’insister sur la responsabilité du gouvernement. "L'utilisation symbolique des ordonnances est tout à fait significative. Quand on voit l’ampleur du front syndical et la décision d’une grève reconductible, on voit qu’on a un gouvernement de droite qui cherche l’épreuve de force. Les vrais responsables de la situation dans laquelle la SNCF est plongée ne sont pas nommés. Les vrais responsables c’est la dette, qui est issue d’un programme de lignes à grande vitesse qui n’était plus sous contrôle", clame-t-il.

L’élu régional en profite notamment pour adresser une petite pique à… Vinci. "Prenez la ligne Tours-Bordeaux, qui coûte en gros 8 milliards. L’État investit pratiquement 6 milliards, Vinci (avec un pool d’entreprises) investit 2,5 milliards et récole l’intégralité des droits de péage ! C’est la SNCF et le contribuable qui sont trahis ! Le deal est inéquitable et coûte une fortune. Chaque année, les droits de péage à Vinci sur cette ligne (structurellement déficitaire) leur rapporte 200 millions d’euros par an ! C’est un scandale absolu... On préfère ajouter le chiffon rouge du conflit social et pointer du doigt les cheminots, mais avec 200 millions d’euros par an on pourrait à la fois améliorer le service et maintenir un certain nombre de conditions de travail des cheminots", assure-t-il.

"Quelque chose d’assez malsain se déploie dans ce pays"

Sur le volet politique de ce conflit, François Kalfon déplore un régime de moins en moins démocratique selon lui. "Mme Borne est réduite au rôle de porte-parole de M. Philippe, lui-même porte-parole de M. Macron. Il y a quelque chose d’assez malsain qui se déploie dans ce pays. Avant, on disait le parlementarisme rationalisé. Maintenant, c’est la démocratie emmaillotée ! Et dans le même temps, on étouffe la démocratie sociale avec des concertations avec les syndicats qui n’en sont pas vraiment puisqu’il y a le couperet des ordonnances... On écrase donc le Parlement et en plus on veut limiter le droit d’amendement, ce qui a provoqué l’ire du président du Sénat. On assiste à un exercice personnel du pouvoir, de nature plébiscitaire. On verra jusqu’où va le plébiscite...", prévient-il.

Enfin, le dirigeant socialiste a aussi eu un mot pour le choix de Marine Le Pen, présidente du Front national, d’appeler à voter pour Elad Chakrina, candidat Les Républicains à l’élection législative partielle qui doit avoir lieu ce week-end à Mayotte. "Marine Le Pen a compris qu’elle avait atteint un plafond de verre et un lourd échec à l’élection présidentielle. Il y a une recomposition à droite de la droite qui est assez conforme au mouvement qu’on constate dans toute la société, celle d’une droitisation de la droite. C’est un jeu de dupes et une course à l’échalote dans l’électorat de droite, entre Laurent Wauquiez qui veut récupérer l’électorat lepéniste et Marine Le Pen qui n’a pas l’intention d’être enfermée dans le petit village gaulois", analyse-t-il.

Réécoutez en podcast l’interview de François Kalfon dans le Grand Matin Sud Radio