Malgré la colère, "on ne peut pas se substituer à la justice", juge le policier Abdoulaye Kanté

Peut-on se faire justice soi-même comme l'a fait le père de famille de Roanne ? Abdoulaye Kanté, fonctionnaire de police, était l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio le 27 octobre 2022 dans "Parlons Vrai chez Bourdin"

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"Parlons Vrai chez Bourdin" du lundi au vendredi de 10h30 à 12h30 sur Sud Radio et en podcast.

"Parlons Vrai chez Bourdin" : à Roanne, la décision d’un père de famille de se faire justice lui-même continue de faire débat. Il a frappé un adolescent de 16 ans, suspecté d’avoir agressé sa fille de 6 ans après être entré par effraction dans la maison.

 

"Parlons Vrai chez Bourdin" : "On ne peut pas se substituer à la justice"

Le père et ses complices sont interrogés par les forces de l’ordre, jeudi 27 octobre 2022. Pour Abdoulaye Kanté, fonctionnaire de police, "ce qu’il se passe maintenant, c’est que nous sommes dans une société qui devient de plus en plus violente".

Il juge qu’aujourd’hui, "il y a des formes d’exaspération" face à la maintes fois décriée "lenteur de la justice". L’auteur de Policier, enfant de la République (Fayard) comprend "qu’on peut avoir une colère". Notamment dans le cas d’un père qui réagirait à la suite de l’agression de sa fille. "Nous avons tous cet instinct de protection des enfants."

Si cette colère est compréhensible, "pour autant, on ne peut pas se substituer à la justice". Justice au sens large, "tout ce qui est le Régalien".

 

"Pourquoi la marque justice n’arrive pas à rentrer dans la tête des Français ?"

Le policier analyse la situation et se demande "pourquoi on en arrive là ?" "Pourquoi la marque justice n’arrive pas à rentrer dans la tête des Français ?" Il rappelle que la justice est "la seule à pouvoir juger et condamner". Or, selon Abdoulaye Kanté, il y a un "manque de moyens". "Il manque des magistrats, il manque des greffiers pour rendre une justice efficace." Et c’est ce manque de moyens qui conduit à "ce genre de dérives".

Des dérives qui se sont matérialisées à Nantes également où des jeunes de quartier ont fait une contre-enquête après un meurtre. Ils ont exigé des vidéos de surveillance et ils ont même fait un interrogatoire à un suspect, filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Ensuite, ils ont mis en place des patrouilles pour surveiller le quartier la nuit.

 

Abdoulaye Kanté : "En essayant de faire bien, on fait totalement mal"

Cette contre-enquête, selon le procureur de Nantes, a parasité l’enquête officielle. Abdoulaye Kanté confirme qu’il s’agit d’une très mauvaise idée : "en essayant de faire bien, on fait totalement mal". La personne interpellée par les habitants du quartier, selon le policier, si c’est le coupable, "sortira sans problème". En effet, un bon avocat pourra utiliser ces événements qui ont été réalisés sans respecter le droit. "Nous sommes dans un état de droit", rappelle-t-il. Et d’ailleurs, "si les citoyens font la police, moi je n’ai plus de raison d’être alors".

Néanmoins, il estime que "c’est peut-être aussi un appel à l’aide" de la part des citoyens que ces événements. Ces groupes "d’autodéfense", "c’est une grave dérive", juge le policier. "Mais c’est aussi un message d’alerte à l’État qui doit encore plus doter de moyens notre service public". "Quand on voit l’État de notre service public en France, oui, il est totalement défaillant."

 

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