Françoise Degois, ces municipales nous replongent dans le théâtre classique, voire la tragédie.
« Vous connaissez le dilemme cornélien : « va, je ne te hais point ». Ce choix impossible pour un héros torturé. Et bien nous y sommes, car la gauche sociale-écologique qui pensait véritablement emporter la première manche de ces municipales, elle était très bien placée dans les sondages, et bien elle s'est heurtée hier soir au mur de LFI, qui signe une victoire coup de théâtre à Saint-Denis à laquelle personne ne s'attendait.
Élection au premier tour de Bally Bagayoko, mais aussi des scores parfois impressionnants, comme à Roubaix 47% pour David Guiraud, à Toulouse 27% pour François Piquemal, ou alors des scores plus modestes, mais qui peuvent faire gagner ou perdre les maires socialistes sortants.
"L'incohérence tue la politique"
C'est vrai à Nantes, à Brest, à Lille, mais c'est aussi vrai dans la conquête de villes comme Avignon, Limoges et tant d'autres. Alors pourquoi le dilemme ? Et bien parce que Jean-Luc Mélenchon, vous le savez, est devenu infréquentable depuis le meurtre de Quentin. Les dérives antisémites sur les prénoms qui lui ont valu pour la première fois une condamnation unanime par le bureau national du Parti Socialiste.
Alors comment on justifie d'avoir condamné il y a dix jours, et aujourd'hui on dit qu'on va passer des accords ? C'est une question de cohérence. Et l'incohérence c'est ce qui tue la politique. Alors on comprend que depuis hier soir, toute la gauche hors LFI se relaie pour commencer à justifier ses accords par le fascisme des candidats de droite.
🗣️ @francoisedegois :"La gauche sociale-écologiste s’est heurtée au mur de LFI. Depuis hier, toute la gauche, hors LFI, se relaie pour commencer à justifier les accords par le fascisme des candidats de droite" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) March 16, 2026
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Alors je veux bien qu'on dénonce le trumpisme du candidat à Nantes, ou les futurs accords possibles de Rachida Dati avec Sarah Knafo, mais franchement, voir un trumpiste dans Jean-Luc Moudenc, c'est quand même assez compliqué. On va expliquer ainsi qu'on va fusionner à Lille contre la droite réactionnaire, en réalité ce qui se passe à Lille c'est juste une guerre entre la gauche. »
"Partout où le PS ne peut pas gagner, François Hollande qui dit désistement"
Mais ce qui veut dire que LFI détient les clés, comme à Toulouse. Je pense qu'à Toulouse on est prêt à aller du côté d'une certaine gauche, on est prêt à ne pas gagner la ville pour ne pas avoir d'accord.
« Bien sûr, il y a des gens qui poussent comme François Hollande, pour que François Briançon se désiste purement et simplement. Partout où le PS ne peut pas gagner, vous avez la ligne François Hollande qui dit désistement, point barre. On se désiste, on retire la liste et le choix libre des électeurs de voter pour la liste LFI par exemple à Toulouse. »
"La droite n'a pas passé une bonne soirée"
Il y a aussi le dilemme pour la droite.
« Ah ben oui, elle n'a pas passé une bonne soirée la droite, c'est évident. Elle avait fixé deux objectifs, Paris et Nantes. Hier soir Rachida Dati est largement devancée à Paris par Emmanuel Grégoire, c'est quasiment du 13 points. Et à Nantes, Johanna Rolland qui a essuyé toutes les charges de la droite termine quand même devant, 35 à 33, mais l'écart est faible. Là encore que faire ?
À Paris, l'union des droites avec Sarah Knafo, Avignon tendre la main au RN. Qu'est-ce qu'on fait à Nîmes par exemple ? Où le RN, Julien Sanchez fait jeu égal avec la gauche, mais la droite est à 19%. Qu'est-ce qu'on fait pour le second tour ? On appuie Julien Sanchez ? Alors on a bien entendu Bruno Retailleau hier marteler son mantra préféré : « Pas une seule voix pour LFI ». Ça lui évite d'avoir à dire : « pas une seule voix pour le RN ».
"Comment Tondelier ou Faure peuvent-ils imaginer s'imposer face à Mélenchon"
Et derrière tout ça, il y a la présidentielle.
« Et oui, c'est ça qui est terrible, c'est la mécanique d'effacement implacable. Comment Bruno Retailleau peut-il imaginer se différencier et s'imposer face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen s'il fait accord avec eux pour les municipales ? Autre question, comment Marine Tondelier ou Olivier Faure peuvent-ils imaginer s'imposer face à Jean-Luc Mélenchon s'ils passent des accords aujourd'hui ?
Chacun, en faisant des accords, valide le fait que le leader des Insoumis comme celui du RN possède la clé, donc la puissance. Et quand vous installez quelqu'un dans la puissance, comment arrivez-vous à le combattre un an après dans la présidentielle ? C'est pour ça que je dis que cette semaine est cruciale pour le PS et les Républicains. En fait, ils jouent le droit de pouvoir tout simplement continuer à jouer pour la présidentielle. »
Retrouvez Soyez Libre dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger.