Au micro de Sud Radio, Bernard de la Villardière explique que le trafic de drogue pose surtout un immense problème de blanchiment d’argent, qui infiltre l’économie légale française, notamment dans le BTP, et que la coopération internationale permet désormais l’extradition de trafiquants vers la France. Il souligne aussi l’importance de mettre en lumière ces mécanismes grâce au journalisme, afin de sensibiliser les consommateurs à leur responsabilité dans le financement des réseaux criminels.
Bernard de la Villardière : "Une quinzaine de trafiquants ont été livrés à la France ces derniers mois"
Valérie Expert : Cette enquête s'attache à suivre non pas la drogue, mais l'argent généré par la drogue…
Bernard de la Villardière : En effet, il est compliqué pour les trafiquants de stocker, transporter, écouler l'argent de la drogue, c'est un vrai casse-tête. Et puis, il faut blanchir cet argent, c'est-à-dire casser la liaison qu'on peut faire entre le cash et l'origine criminelle. Beaucoup d'argent part au Maghreb et à Dubaï. La coopération judiciaire entre la France et [les Émirats arabes unis] s'est beaucoup développée, et une quinzaine de trafiquants ont été livrés à la France ces derniers mois.
On estime l'argent du trafic à 7 milliards d'euros dans l'économie française. C'est de l'argent noir, de l'argent sale, mais il infiltre l'économie réelle. L'économie légale s'en sert dans des secteurs comme le BTP. Dans le BTP, il y a beaucoup de clandestins, qui n'ont pas de titre de séjour, car les entreprises du BTP ont du mal à trouver de la main-d'oeuvre. Il faut donc les payer en liquide. Et cet argent liquide, on va le chercher chez les trafiquants.
"La puissance publique réalise à quel point il est temps de mettre la lumière sur ces sujets"
Sabine, auditrice : Êtes-vous libre dans le choix des sujets pour "Enquête exclusive" et dans leur traitement ?
Bernard de la Villardière : J'ai une totale liberté de la part de la chaîne M6 concernant "Enquête exclusive". En revanche, c'est vrai que c'est parfois difficile de convaincre les institutions - le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Justice - de nous laisser travailler. C'est moins le cas aujourd'hui, mais ça a été le cas pendant très longtemps. Cela fait 40 ans que je fais du journalisme - j'ai vécu une période où un journaliste appelait un hôpital, une école, une institution quelconque, et on le recevait spontanément, et on ne laissait travailler. Alors qu'aujourd'hui vous avez les services de communication, il faut passer par un certain nombre de filtres et d'autorisations en amont. On vous demande ce que vous voulez raconter et comment. On interfère dans votre liberté éditoriale.
Pour cette émission cela n'a pas été le cas, je pense que la puissance publique réalise à quel point il est temps de mettre la lumière sur ces sujets, en espérant aussi sensibiliser les consommateurs de drogue. Il y a 1,3 million de personnes en France qui consomment de la cocaïne au moins une fois par an. Il y en a 3 millions qui consomment du cannabis. Il faudrait qu'on lance de grandes campagnes nationales pour responsabiliser les consommateurs, qui mettent de l'argent dans des circuits criminels.
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