Et si c'étaient elles, les révélations et nouvelles stars du Salon de l'agriculture 2026 ? Orphelin cette année de ses vaches égérie en raison de la dermatose nodulaire contagieuse, le grand rendez-vous annuel du monde agricole se cherche une vedette pour attirer les foules. Car depuis l'ouverture ce samedi au Parc Expo de Paris, force est de constater que les visiteurs sont moins nombreux que d'ordinaire, notamment en raison de cette absence de marque.
« Une reconnaissance officielle ouvrirait déjà de vraies perspectives économiques »
S'il n'en demande pas tant, Julien Job, éleveur de dromadaires et de chameaux à Feignies, près de Maubeuge dans les Hauts-de-France, espère faire avancer sa « cause » cette année au Salon de l'Agriculture. « Depuis septembre, je multiplie les échanges avec le ministère, l’Élysée et des partenaires étrangers pour faire entendre la voix des camélidés, explique-t-il. Je ne verrai sans doute pas des chameaux dans toutes les fermes, mais une reconnaissance officielle ouvrirait déjà de vraies perspectives économiques. J’attends avant tout de ce Salon une reconnaissance (les premiers chameaux et dromadaires ont fait leur entrée en 2021). Nous sommes trois dans l’entreprise, sans aides spécifiques, la PAC ne prévoit rien pour les chameaux. Je ne demande pas une filière massive, seulement qu’on reconnaisse son existence et son potentiel. »
"Ce sont des animaux peu industrialisés, qui exigent respect de l’animal et de l’écologie"
« Le thème cette année a évolué dans un contexte agricole tendu, avec un accent mis sur la résilience écologique et la nécessité de repenser nos modèles. La vache égérie est un zébu Brahman, une race que j’ai moi-même élevée. Comme mes camélidés, ce sont des animaux peu industrialisés, qui exigent respect de l’animal et de l’écologie. Là où une vache moderne produit 30 litres par traite, mes zébus en donnent trois : cela interroge notre modèle. Il faut savoir prendre du recul. »
Le lait de chamelle : un « superaliment » écologique
Passionné d’animaux, Julien Job a lancé la Camelerie en 2015, d’abord pour des balades touristiques, puis pour produire du lait de chamelle : un « superaliment » écologique, bien que très cher. Aujourd'hui, il élève 80 chameaux. Une niche en France. « Nous sommes très peu d’éleveurs, mais à l’échelle mondiale, 48 pays ont une économie liée au chameau, souligne-t-il. Le marché du lait de chamelle atteindrait 18 milliards de dollars en 2030, avec 10 % de croissance annuelle. C’est un aliment, pas un médicament : je ne peux pas en vanter les bénéfices santé, même si des études existent. Un partenariat est en cours avec le Kazakhstan. Je n’avais rien planifié : j’ai pris des risques jeune, sans grand-chose à perdre. Commercial de formation, j’observe et j’adapte. Je suis peut-être le rêveur de l’équipe, mais je ne suis pas seul. »
« Les chameaux consomment moins »
S'il avoue ne pas s'être lancé dans cette filière ni par passion ni par vocation, il ne regrette aujourd'hui plus son choix. « Au départ, c’est un choix réglementaire, confie-t-il. Le chameau est un animal domestique, donc légalement détenable — plus simple qu’un lion. Je me suis donc orienté vers des animaux techniquement autorisés, puis les opportunités ont ouvert la voie au tourisme et à l’agriculture. Aujourd’hui, je défends une filière agricole de niche, en phase avec les enjeux actuels : diversification, peu d’intrants, zéro pesticide, zéro engrais, résilience écologique. Les chameaux consomment moins et s’adaptent facilement. » Une curiosité qui vaut le détour.