Climat politique, violences visant des élus, attitude de La France Insoumise (LFI) et du Rassemblement national (RN), minute de silence à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, report du texte sur la fin de vie, aide sociale à l’enfance (ASE), commissions d’enquête parlementaires, présidentielle de 2027, place des femmes en politique, usage du 49.3 et discipline dans l’hémicycle. Au micro de Sud Radio, Yaël Braun-Pivet a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"La démocratie est en danger, prenons garde collectivement"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Que vous inspirent ces élus sortants chahutés, hués ou conspués dans plusieurs villes après les municipales ?
Yaël Braun-Pivet : “C’est un pur scandale, d’abord humain. Quand on est élu, on donne de sa vie, de son temps et de son énergie pendant des années pour exercer un mandat au service de ses concitoyens. Si demain plus personne ne veut briguer de mandat parce que l’engagement public devient synonyme d’humiliation, alors notre démocratie sera morte.”
🔴Maires hués
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Demandez-vous à Jean-Luc Mélenchon et aux dirigeants de LFI de condamner ces violences ?
“Depuis longtemps, je ne demande rien et n’attends rien de Jean-Luc Mélenchon. En revanche, je vois très bien comment LFI agit à l’Assemblée nationale, et je ne cesse de prononcer des sanctions contre ses députés quand leurs comportements sont inacceptables. Il faut être réaliste, vigilant et ne pas se tromper sur les fauteurs de troubles.”
Regrettez-vous le barrage républicain des législatives de 2024 au vu du climat actuel ?
“Nous avons fait barrage au Rassemblement national, et je ne le regrette absolument pas. En revanche, j’ai toujours été très vigilante sur les appels à voter pour LFI, et je n’ai jamais soutenu un appel global en ce sens. J’ai soutenu ici ou là des personnalités que je jugeais valeureuses, mais pas un bloc politique dans son ensemble.”
"Le RN et LFI représentent pour moi un danger"
Le RN est-il toujours, à vos yeux, plus dangereux que LFI ?
“Il faut se méfier des deux extrêmes. Je suis une modérée, une centriste, et pour moi le RN comme LFI représentent un danger pour notre République et pour nos valeurs. LFI, on le voit tous les jours, entraîne du désordre et du chaos en se jouant des règles les plus élémentaires de la vie en commun.”
Menez-vous le même combat contre les deux formations ?
“Oui, c’est le même combat contre les extrêmes, mais pas pour les mêmes raisons. Le RNest plus policé à l’Assemblée nationale, chacun le constate, mais les idées qu’il porte me paraissent tout aussi nauséabondes. Moi, je suis radicalement modérée et je combats les deux.”
Raphaël Arnault peut-il encore représenter la nation après cette séquence ?
“Juridiquement, il peut revenir siéger, car son mandat n’a pas cessé, et je n’ai pas le pouvoir de l’en empêcher. Mais à titre moral, il est difficile de représenter la nation quand on a ce type de comportement et quand on s’entoure de personnes qui ont maille à partir avec la justice. C’est à lui de décider s’il revient, mais la question morale est posée.”
"On peut regretter la minute de silence pour Quentin Deranque"
Regrettez-vous la minute de silence organisée pour Quentin Deranque à l’Assemblée nationale ?
“C’est toujours une décision difficile, et il faut rappeler qu’elle a été prise collectivement avec les onze présidents de groupe. Tous ont accepté cette minute de silence au moment où elle a été proposée. Avec les éléments connus depuis sur le profil de Quentin Deranque, on peut regretter aujourd’hui que cette minute de silence ait eu lieu.”
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Regrettez-vous aussi la condamnation de la violence politique dans ce contexte ?
“Non, certainement pas. La condamnation de la violence en politique est indispensable, car on ne peut pas accepter que des jeunes se battent dans la rue pour des opinions politiques jusqu’à la mort. Il faut calmer le jeu partout dans le débat public, parce que la montée de la violence est extrêmement préoccupante.”
Comment restaurer la confiance dans les institutions face à ces scènes de tension ?
“Je vois bien que ces scènes sapent la confiance des Français dans les institutions et dans le personnel politique. Mais j’ai sanctionné en quatre ans plus de parlementaires que tous mes prédécesseurs depuis 1958 réunis, donc la fermeté existe. Il ne faut pas réduire l’Assemblée nationale à sa seule bordélisation, car beaucoup de textes sont aussi votés dans le calme et de manière transpartisane.”
"Je ne comprends pas le report de l’examen de la loi sur la fin de vie au Sénat"
Comment réagissez-vous au report de l’examen du texte sur la fin de vie au Sénat ?
“Je suis très déçue et je ne comprends pas ce nouveau report. L’Assemblée nationale s’est exprimée à deux reprises très largement, et le peuple français attend majoritairement ce texte sur la fin de vie. Il faut avancer et arrêter de tergiverser.”
Avez-vous dit votre désaccord à Gérard Larcher ?
“Oui, je le lui ai dit très clairement. Je lui ai dit ce que je pensais de cet énième report, car je considère qu’on ne peut pas continuer à traîner les pieds sur un sujet aussi grave. Mon engagement est simple : ce texte sur la fin de vie doit être voté avant l’été 2026.”
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Faut-il une procédure accélérée pour aboutir sur la fin de vie ?
“Ce n’est pas une question de procédure accélérée, c’est une question de volonté politique. Les Français attendent ce texte depuis des années, et quand on fait de la politique, on doit être à l’écoute du peuple. Nous devons voter ce texte, c’est une nécessité.”
La protection de l’enfance est-elle l’autre grande urgence parlementaire ?
“Oui, clairement. Sur l’aide sociale à l’enfance, l’ASE, nous avons enfin obtenu qu’un texte soit inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, et il était temps. La République est un parent défaillant pour ces enfants, et cela produit ensuite des drames humains et sociaux considérables.”
Pourquoi insistez-vous autant sur la réforme de l’ASE ?
“Parce qu’on ne s’occupe pas bien de ces enfants alors même qu’ils sont confiés à l’État. Un tiers des mineurs délinquants sont passés par l’aide sociale à l’enfance, ce qui montre à quel point notre défaillance collective a des conséquences lourdes. C’est un enjeu transpartisan, et l’État doit enfin faire son travail.”
"Pour 2027, c'est un boys band, et ça suffit ! J’en ai marre de ces clubs de mecs qui trustent toutes les places du pouvoir !"
La division du camp central et de la droite vous inquiète-t-elle pour 2027 ?
“Oui, il faut éviter deux écueils : les ralliements artificiels, qui ne marchent pas, et l’absence de clarté. Les Français veulent de l’union, mais ils veulent aussi savoir autour de quel projet cette union peut se faire. Le camp des modérés doit se mettre autour de la table et travailler ensemble sur une ligne claire.”
Vous appelez donc à un rassemblement très large ?
“Oui, parce que je crois au dépassement des clivages. Je viens de la social-démocratie, je suis très centriste, et je pense que des marcheurs, des démocrates, des sociaux-démocrates et une droite républicaine gaulliste peuvent travailler ensemble. Il faut construire un projet commun plutôt que juxtaposer des ambitions personnelles.”
Pourquoi avoir dénoncé ces “clubs de mecs” dans la perspective de la présidentielle ?
“Parce qu’il n’y a quasiment que des hommes dont on parle, et c’est insupportable. Il existe des femmes de valeur dans la majorité et plus largement dans la vie politique, mais on ne les regarde même pas. "Comme d'habitude, pour 2027, c'est un boys band, et ça suffit. Quand on est une femme en politique, on en a marre de ces clubs de mecs qui trustent toutes les places du pouvoir.”
Vous pourriez vous-même être candidate en 2027 ?
“Aujourd’hui, ce n’est pas le sujet. Ce qui m’obsède, c’est d’empêcher que notre pays tombe aux mains des extrêmes, de gauche comme de droite, parce que ce serait mortifère. Mon énergie politique va d’abord à cela.”
"Pourquoi pas une commission d’enquête sur le scandale du périscolaire à Paris ? Sur l’affaire Epstein également"
Faut-il une commission d’enquête parlementaire sur le scandale du périscolaire à Paris ?
“Pourquoi pas, bien sûr. Quand il y a des dysfonctionnements manifestes, une commission d’enquête sert précisément à les identifier et à comprendre pourquoi des alertes n’ont pas été entendues. Le rôle du Parlement est d’éclairer les failles de fonctionnement, pas de se substituer à la justice.”
Votre position est-elle la même sur l’affaire Epstein ?
“Oui, à condition de bien distinguer les rôles. Si l’objectif est de rechercher des coupables, ce n’est pas le travail de l’Assemblée nationale mais celui de la justice. En revanche, s’il s’agit d’identifier des dysfonctionnements, des retards ou des défaillances, alors l’Assemblée nationale et le Sénat doivent faire leur travail.”
Que répondez-vous à ceux qui ne comprennent plus l’usage du 49.3 ?
“Je comprends cette incompréhension, car les Français n’acceptent plus cet outil comme avant. Le 49.3 est prévu par la Constitution, mais il révèle aussi une difficulté structurelle de notre système : on peut gouverner sans majorité. Une piste serait de faire comme dans d’autres démocraties parlementaires, en obligeant le gouvernement à constituer une majorité claire pour gouverner.”
Les commissions d’enquête prennent-elles trop de place dans le débat public ?
“Non, elles sont fondamentales dans une démocratie. Elles permettent au Parlement de contrôler, de comprendre et de faire la lumière sur des dysfonctionnements, dans un cadre précis et pendant six mois. Au bout de ce travail, il serait d’ailleurs dommage qu’il n’y ait pas de conclusions rendues publiques.”
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