Violences sexuelles faites aux enfants, silence des institutions, responsabilité de l’entourage, imprescriptibilité des crimes sur mineurs, certificat d’honorabilité pour les adultes en contact avec des enfants, réouverture du site Coco, épargne et impact enfance. Au micro de Sud Radio, Sarah El Haïry a répondu aux questions de Maxime Lledo.
"Il existe un délit de non-dénonciation lorsqu’on parle des violences faites aux enfants"
Maxime Lledo pour Sud Radio : Les institutions sont-elles restées sourdes face aux violences faites aux enfants ?
Sarah El Haïry : “Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles en France, c’est une réalité massive. Dans 70% des cas, ces violences ont lieu dans l’entourage proche, souvent au sein du foyer. Les silences commencent à se briser depuis quelques années, et c’est une avancée importante. Mais cela reste insuffisant et nous devons protéger plus vite et de manière beaucoup plus efficace.”
Peut-on parler d’un système de prédation ou d’un pays resté aveugle ?
“Les premiers responsables sont les prédateurs qui abusent de la confiance des enfants et utilisent des mécanismes bien connus pour les faire taire. Ils déplacent la culpabilité sur les victimes et exploitent leur vulnérabilité. Mais oui, il faut aujourd’hui reconnaître l’ampleur du phénomène et sortir des tabous. Cela implique d’élever notre niveau d’exigence collective avec plus de formation et de moyens.”
La France a-t-elle laissé prospérer un système qui se protège ?
“Il existe un délit de non-dénonciation lorsqu’on parle des violences faites aux enfants, et il faut le rappeler fermement. Quand on se tait, on prend une part de responsabilité, même si le premier coupable reste l’agresseur. Les enfants ont toujours parlé, mais ils n’ont pas toujours été entendus ou crus. Aujourd’hui, la prise de conscience est là, et elle doit maintenant se traduire concrètement dans les actes.”
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Que doivent faire les proches ou témoins ?
“Lorsqu’on a un doute, il faut agir immédiatement et appeler le 119, qui déclenche des enquêtes sociales. On ne peut plus détourner le regard ou considérer que cela ne nous concerne pas. Un enfant ne doit jamais être laissé seul face à une situation de danger. La protection de l’enfance est une responsabilité collective qui engage toute la société.”
"Je suis favorable à l’imprescriptibilité des crimes sur mineurs"
Êtes-vous favorable à l’imprescriptibilité des crimes sur mineurs ?
“Oui, tout ce qui permet de mieux protéger les enfants et de faciliter les condamnations doit être soutenu. Je suis favorable à l’imprescriptibilité des crimes sur mineurs, car cela envoie un signal fort. Cela permet aussi de reconnaître la parole des victimes, même longtemps après les faits. Mais il faut rester lucide sur les difficultés liées aux preuves avec le temps.”
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Les preuves constituent-elles un frein important ?
“Oui, c’est une réalité judiciaire qu’il ne faut pas ignorer. Avec le temps, les preuves matérielles peuvent disparaître, ce qui complique les procédures. Cela peut créer des attentes très fortes chez les victimes, qu’il faut accompagner avec responsabilité. Mais cela ne doit jamais remettre en cause la nécessité d’écouter et de croire les enfants.”
Faut-il avancer rapidement sur ce sujet ?
“Oui, il faut avancer, mais la réponse ne peut pas être uniquement pénale. Il faut aussi agir en amont avec de la prévention et une meilleure formation des professionnels. Aujourd’hui encore, beaucoup disent ne pas savoir comment réagir face à un signalement. C’est un point clé à améliorer rapidement.”
Quelles sont les autres priorités pour protéger les enfants ?
“Il faut mieux recueillir la parole des enfants et leur offrir un accompagnement adapté. Cela passe par des structures spécialisées et des professionnels formés. La mobilisation doit être générale, dans tous les secteurs. Protéger les enfants doit devenir une priorité absolue et partagée.”
"Toute personne qui met entre les mains d’un adulte un enfant doit pouvoir demander un certificat d’honorabilité"
Faut-il généraliser le certificat d’honorabilité ?
“Oui, c’est une mesure de bon sens. Personne n’est obligé de travailler avec des enfants, donc si l’on n’a rien à craindre, on peut demander ce certificat. Il doit être étendu à tous les secteurs sans exception. C’est une garantie essentielle pour renforcer la sécurité des enfants.”
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Qui doit être concerné concrètement ?
“Tous les adultes en contact avec des enfants doivent être concernés, qu’ils soient professionnels ou bénévoles. Cela inclut les enseignants, les animateurs, les intervenants à domicile ou encore les baby-sitters. Il ne doit pas exister de zones non contrôlées. La protection doit être cohérente partout.”
Les parents doivent-ils pouvoir y accéder ?
“Oui, toute personne qui confie un enfant doit pouvoir demander ce certificat d’honorabilité. Il permet de vérifier les antécédents judiciaires, notamment via le FIJAIS. C’est une garantie importante pour les familles. Cela permet de restaurer un climat de confiance.”
Pourquoi est-ce particulièrement urgent aujourd’hui ?
“Parce que les prédateurs s’adaptent et se déplacent d’un environnement à un autre. Lorsqu’un secteur devient plus contrôlé, ils en investissent un autre. Il faut donc harmoniser les règles et fermer toutes les failles. C’est indispensable pour assurer une protection efficace.”
Réouverture du site Coco : "On les traque, on ne les lâche pas"
Face à la réouverture du site Coco, êtes-vous impuissante ?
“Non, jamais. On les traque, on ne les lâche pas, c’est une ligne très claire. Le numérique est devenu un espace de prédation massive, sans frontières. Il faut donc une réponse ferme et coordonnée. L’impunité ne doit jamais exister.”
Que représente ce type de plateforme aujourd’hui ?
“Ces plateformes ont été citées dans des milliers de procédures pénales. Elles sont liées à des violences graves, notamment sexuelles. Cela montre l’ampleur du phénomène. C’est une réalité extrêmement préoccupante qui nécessite une action forte.”
Peut-on vraiment les fermer durablement ?
“Je ne suis jamais sereine tant que ce n’est pas fait. Lorsqu’un site est fermé, d’autres apparaissent très rapidement. C’est un combat permanent. Il faut donc agir avec constance et détermination.”
Quelle stratégie faut-il adopter ?
“Il faut remonter toute la chaîne de responsabilité, de l’utilisateur jusqu’aux plateformes. Chacun doit être responsabilisé, y compris ceux qui financent ou hébergent ces contenus. C’est la seule manière d’être efficace. Sinon, on ne traite qu’une partie du problème.”
"Il est temps de construire l’impact enfance"
Vous proposez un "impact enfance" pour l’épargne. Pourquoi ?
“Comme pour l’écologie, il faut savoir précisément où va notre argent. Certaines entreprises participent à des modèles économiques qui peuvent nuire aux enfants. Les épargnants doivent pouvoir en être informés de manière transparente. C’est une nouvelle exigence à intégrer.”
Qui est concerné par cette démarche ?
“Tous les épargnants sont concernés, qu’il s’agisse des familles ou des investisseurs. Les grands-parents, par exemple, qui placent de l’argent pour leurs petits-enfants doivent pouvoir faire des choix éclairés. C’est une responsabilité collective. Chacun peut agir à son niveau.”
Faut-il orienter l’épargne en conséquence ?
“Oui, il ne faut pas financer des entreprises qui font du mal aux enfants. L’impact enfance doit devenir un critère de décision, comme l’impact environnemental. Cela permet d’aligner nos valeurs avec nos investissements. C’est une évolution nécessaire.”
Quel est l’objectif final ?
“L’objectif est de mieux protéger les enfants aujourd’hui et dans le futur. Il s’agit de construire un environnement plus sûr, y compris sur le plan économique. Les décisions financières doivent intégrer cet enjeu. C’est une responsabilité collective à long terme.”
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