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Robert Ménard : "2027, j'y réfléchis comme tout le monde"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - La guerre au Moyen-Orient, sa relation avec sa fille, la Présidentielle 2027 : Robert Ménard, Maire de Béziers et auteur de "Lettre à Clara" (Éditions Télémaque), était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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Robert Ménard, interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 23 avril 2026, dans “L’invité politique”.


"Moi j’ai plaidé depuis des années et des années pour l’union des droites." Au micro de Sud Radio, Robert Ménard a répondu aux questions de Maxime Lledo.

"Je ne défends pas le régime israélien en voyant ce qu’est Monsieur Netanyahou, mais ça ne justifie pas des propos qui remettent en cause un pays"

Maxime Lledo : D’abord l’actualité, notamment internationale, et c’est certainement à l’homme qui a participé à ce qu’est RSF aujourd’hui que je vais m’adresser ce matin. Un deuxième militaire français de la FINUL a été tué au Liban après notamment les attaques qui ont eu lieu au Hezbollah. Beaucoup se posent la question de savoir si la France doit changer son attitude dans le conflit, s’engager davantage.

Robert Ménard : "D’abord, quand je vois ça, vous savez, il a dit un joli mot le chef de l’État, « il est mort pour la France ». Et moi, cette expression-là, je la dis et la redis tout au long de l’année comme tous les maires au pied des Monuments aux Morts. Et là, ça ne résonne pas comme un truc qui te ramène 50 ans en arrière, mais comme quelque chose qui arrive aujourd’hui. Et donc je pense aux familles d’abord. Le suis né en Algérie, je sais ce que c’est mourir et tout ça autour de soi, de voir des gens mourir autour de soi. Je veux juste dire ça, et il faut le dire."

"Il faudrait peut-être dire plus : c’est le Hezbollah. Alors, je veux bien que le chef de l’État explique que ce ne sont pas les Français qui sont visés."

Maxime Lledo : Et d’où ma question, est-ce que vous pensez que ça fait le deuxième soldat mort à cause du Hezbollah ? Est-ce qu’il faudrait qu’elle s’engage davantage face au Hezbollah ?

Robert Ménard : "Est-ce que surtout la France ne se trompe pas d’ennemi et que monsieur le chef de l’État, monsieur Macron, n’oublie pas qu’il n’y a pas comme ça d’un côté Israël et de l’autre côté le Hezbollah et que tout ça, au fond, on renvoie dos à dos l’un et l’autre."

"Il menace, il dit « oui, il faudra peut-être étudier l’accord économique entre l’Union européenne et Israël »... mais ça ne va pas bien la tête ?"

Maxime Lledo : Vous, contrairement à Manon Aubry qui était notre invitée en début de semaine, vous ne dites pas qu’il faut mettre fin à tous ces accords ?

Robert Ménard : "C’est n’importe quoi. C’est une vraie saloperie. C’est sous le prétexte de morts qui existent, sous le prétexte de victimes de guerre… Je ne défends pas le régime israélien en voyant ce qu’est monsieur Netanyahou, mais ça ne justifie pas des propos qui remettent en cause un pays dont je vous rappelle que, contrairement à nous, il vise tous les jours sa survie."

Maxime Lledo : Que répondez-vous à ceux qui observent ce qui se passe actuellement au Liban et qui disent qu’en réalité ce qui se passe au Liban, ça va être un nouveau Gaza ?

Robert Ménard : "Un État libanais qui est incapable de mettre au pas le Hezbollah. Il y a eu des engagements qui ont été pris. Le Hezbollah, il fallait le désarmer et tout. Alors vous me direz, c’est plus facile à dire qu’à faire, je suis d’accord, parce que l’armée libanaise, je ne sais pas ce qu’elle pèse à côté du Hezbollah. Mais c’est d’abord eux les principaux responsables. Et pour faire revenir la France dans les intervenants de ceux qui pourraient peser au Moyen-Orient, le chef de l’État se sent obligé de jouer contre Israël. Je trouve que c’est un peu dégueulasse."

Maxime Lledo : La journaliste libanaise Amal Khalil tuée notamment par une frappe israélienne, c’était hier. J’imagine que le cofondateur de Reporters sans frontières que vous êtes observe toujours ces drames avec une émotion singulière.

Robert Ménard : "Absolument. J’ai passé ma vie à défendre des journalistes, à les sortir de prison et à dénoncer des gens qui visaient les journalistes, qui tuaient les journalistes volontairement. Je ne suis pas sûr que l’armée israélienne tue les journalistes volontairement. Et je rappelle incidemment, sans que ça excuse de quelque manière que ce soit : quel est le seul pays du Moyen-Orient où la presse est libre ? Israël, bien sûr."

"Les politiques, de droite comme de gauche, sont très forts pour les dépenses, mais beaucoup moins pour dire qu’on va se serrer la ceinture."

Maxime Lledo : Les conséquences de la guerre dont on vient de parler, avec des difficultés à trouver de l’argent pour venir en aide aux plus démunis, ceux qui ont besoin de mettre de l’essence au quotidien dans leur voiture. L’idée est de donner une aide à près de 3 millions de travailleurs dépendants. Vous, Robert Ménard, qui avez tant plaidé pour le bon sens, quand vous voyez l’usine à gaz qu’on est en train de mettre en marche pour avoir accès à ces aides, comment vous les regardez ?

Robert Ménard : "On est les spécialistes au monde. Tout à l’heure j’entendais Élisabeth Lévy. Moi, pour construire une école, il faut des années entre la paperasse, les autorisations et tout. Une fois, j’ai obtenu que ces règles n’étaient pas appliquées. En un an et demi, on a construit une école. Je vous garantis qu’elle est aussi bien que les autres."

Maxime Lledo : Donc vous êtes en accord avec le chef de l’État quand il dit qu’il faut activer les projets façon Notre-Dame, c’est-à-dire mettre par terre tout ce qui est contraignant ?

Robert Ménard : "Mais attendez, on est en train de monter une usine pour fabriquer des outils, des appareils qui permettent de fabriquer de l’hydrogène. Vous n’imaginez pas ce que sont les autorisations environnementales, les autorisations diverses et variées pour construire cette usine que tu as envie de construire, qui va donner du boulot aux gens de chez toi. Bien sûr qu’il a raison."

"Mais pour revenir à votre question sur l’essence, bien sûr que ça va être sûrement une usine à gaz. Mais en même temps, je vais vous dire quelque chose : dire aujourd’hui qu’il faudrait baisser l’essence pour tout le monde, c’est se foutre du monde. Qui autour de cette table va dire que ce ne serait pas bien de payer 30 ou 50 centimes de moins ? On est tous d’accord. La seule chose, c’est : tu le sors d’où, l’argent ? Si ça te coûte 1 milliard ou plus d’un milliard par mois, qu’est-ce que tu ne fais pas pour faire cette économie-là ? Sauf que les politiques, de droite comme de gauche, sont très forts pour les dépenses, mais beaucoup moins pour dire qu’on va se serrer la ceinture."

"Je n’ai pas envie qu’elle ait de moi l’image que la France insoumise entretient de son papa"

Maxime Lledo : On a vu la crise internationale, la crise politique en France, mais il y a aussi parfois les crises personnelles. C’est ce dont vous faites état dans votre livre Lettre à Clara. Robert Ménard, c’est aux éditions Télémaque. On s’aperçoit notamment que votre fille, on le comprend, on le sous-entend, c’est parfaitement expliqué, votre fille vote Mélenchon. Pourquoi, tout d’un coup, le mettre par écrit, en faire un livre ? Les disputes autour du déjeuner le dimanche midi ne suffisaient plus ?

Robert Ménard : "Non, parce qu’il n’y a plus de disputes, parce qu’on a essayé d’enlever tous les sujets qu’on n’allait pas aborder."

"On peut parler d’autre chose que de la politique. Il n’y a qu’ici où on parle de politique tout le temps. Moi, je connais plein de gens qui vivent sans jamais parler de politique et qui sont sûrement aussi heureux que nous."

"C’est juste que tu t’aperçois au fur et à mesure, moi je vois évidemment mes enfants moins régulièrement, ils ont chacun leur vie, ils ne vivent plus à la maison et tout. Et tu te dis, le jour de Noël, surtout ma femme Emmanuelle qui me dit : « Alors tu ne parles pas de ça, de ceci, de cela, tu ne vas pas nous pourrir le repas de Noël », le seul jour où tu as envie qu’on n’en parle pas. Alors ça te fait sourire, mais moi ça ne me fait plus sourire, parce que j’ai envie de parler de ça avec ma fille. Parce que j’aime ma fille, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée, c’est la naissance de ma fille, parce que j’avais presque 50 ans et j’étais moins con qu’à 20 ans quand même. À 50 ans, les garçons, il faudrait leur interdire d’avoir des enfants avant 40 ans, avant c’est des gamins insupportables. Je plaisante même pas. Je sais comment je l’aime, je sais comment elle m’aime, mais je sais aussi la difficulté que j’ai à parler avec elle. Alors je me suis dit, peut-être que c’est parce que, quand tu parles comme ça de vive voix, tu ne mesures pas forcément le choix des mots."

Maxime Lledo : Avant d’écrire ce livre, vous ne vous êtes pas dit que ce que pense votre fille s’est construit en opposition à vous, à ce que vous avez dit, à vos provocations ?

Robert Ménard : "Oui. Ou parce que c’est juste la fille d’un papa. Moi, j’ai tellement fait chier chez mes parents quand même… Mais en même temps, il me semble que, dans nos générations aujourd’hui, en 2026, c’est plus profond que les désaccords que j’avais avec mes parents. Il faut bien que tu te construises contre ton père. Mon père avait une sacrée personnalité. Tu as juste envie d’exister. Mais je me dis qu’il ne faut pas laisser faire ça."

Maxime Lledo : Vous auriez été plus rassuré si votre fille votait Bardella ?

Robert Ménard :" Je ne sais pas. Elle a le droit de voter pour qui elle veut. Mais moi, je n’ai pas envie qu’elle ait de moi l’image que la France insoumise entretient de son papa. Non, je ne suis pas homophobe, non je ne suis pas xénophobe, non je ne suis pas raciste, non je ne suis pas machiste. Ça, c’est la propagande de la France insoumise."

Présidentielle 2027 : "Oui, je réfléchis comme tout le monde."

Maxime Lledo : Vous vous êtes toujours revendiqué comme un homme libre. Quand vous voyez aujourd’hui le nombre de candidats à la présidentielle, vous vous dites quoi ?

Robert Ménard : "Ce matin, un copain m’a envoyé une liste : 36 candidats. Tu as vraiment envie de mettre ton nom après 36 ? Ça ne rime à rien."

"Ils ont une assurance d’eux-mêmes que je n’ai pas. Mais en même temps, je suis en train de changer d’avis. Peut-être qu’on peut être chef de l’État sans être à ce point assuré d’avoir raison. Quand je vois où nous a mené monsieur Macron, sûr de lui tout le temps… Peut-être qu’un homme comme Bruno Retailleau, qui doute encore, ça peut me rassurer."

"Je pense qu’on n’a pas besoin de quelqu’un qui a réponse à tout. On a juste besoin de quelqu’un qui a une qualité : le courage et l’honnêteté. Aimer les gens. Dire quand on se trompe. Et prendre une décision et s’y tenir."

Maxime Lledo : Vous dites aussi qu’Éric Zemmour n’aime pas les gens, mais que vous auriez voté Sarah Knafo.

Robert Ménard : "Éric, j’étais ami avec lui. Il était bon pour les éditos. Mais il n’est pas bon pour aller voir les gens, écouter. Les 7 %, c’est la limite. Tu peux dire la même chose que lui sur l’immigration, mais avec de l’empathie. On ne peut pas décrire la France comme un truc catastrophique. Les gens vont se suicider. Il faut donner un peu d’espoir."

Maxime Lledo : Vous avez envie de donner un peu d’espoir aux gens. Vous réfléchissez à 2027 ?

Robert Ménard : "Oui, je réfléchis comme tout le monde."

"Je demande qu’il y ait un pluralisme des médias"

Patrick Roger : Nous allons recevoir Charles Alloncle, rapporteur sur la commission de l’audiovisuel public. Est-ce que son rapport doit être rendu public ?

Robert Ménard : "S’il n’est pas rendu public, vous savez ce que ça veut dire ? On te jette la transparence à la figure sur tous les sujets… Moi, je ne me fous pas des finances du service public. Entre vous et France Inter, il y a une différence : vous, je ne vous donne pas d’argent. Donc je suis en droit d’avoir des questions. Il a fait son boulot. Moi, j’ai même signé un texte de soutien. Ce que j’ai envie de savoir, c’est qu’est-ce qu’on fait de ça."

Patrick Roger : Il y a de l’argent jeté par les fenêtres ?

Robert Ménard : "Honnêtement, j’en sais rien. Mais sur le pluralisme, là j’ai la réponse : bien sûr que non."

"Je ne vous demande pas d’être pluraliste. Je demande qu’il y ait un pluralisme des médias. CNews, je suis ravi que ça existe. Moi, je me suis battu 25 ans pour ça. Et aujourd’hui, Reporters sans frontières, ils vont chercher des poux dans la tête de Cnews. Je veux avoir le choix. Mais le service public, lui, vit de notre argent. Et il doit assurer le pluralisme."

Frédéric : Bonjour, d’abord félicitations pour votre élection à Béziers. On nous annonce des boulevards pour les élections présidentielles, avec pléthore de candidats. Vous, votre position, est-ce que vous êtes favorable à l’union des droites ? Est-ce qu’on doit avoir un candidat unique ?

Robert Ménard : "Moi j’ai plaidé depuis des années et des années pour l’union des droites. Mais ça va, au bout d’un moment, l’entêtement ça finit par être de la connerie. Parce que jamais ils ne se mettront d’accord. Ils ne sont même pas foutus de se mettre d’accord sur la méthode. Alors après, pour se mettre d’accord sur un nom…"

"Aujourd’hui, ce qui nous empêche d’avancer, ce sont les partis politiques"

Maxime Lledo : Vous auriez été d’accord pour une grande primaire à droite ?

Robert Ménard : "Dans l’absolu oui. Mais un, ils ne seront pas d’accord. Deux, vous les voyez se ranger comme un seul homme derrière celui qui aurait gagné ? Le principe d’une primaire, c’est qu’on vote, celui qui gagne, on le soutient. Mais ça ne marchera jamais."

"Et vous savez pourquoi ? Parce qu’il y a un truc qui s’appelle les partis politiques. Moi, je ne l’avais jamais pensé avant avec autant de certitude, mais aujourd’hui, ce qui nous empêche d’avancer, ce sont les partis politiques. Il faut aller chercher des gens en dehors des partis."

Maxime Lledo : La théorie de Jordan Bardella sur Bruno Retailleau, c’est de dire qu’il ira rejoindre Édouard Philippe. C’est crédible ?

Robert Ménard : "Je lui ai posé la question. Il m’a certifié que non. Jamais."

Patrick Roger : Mais ça veut dire dispersion des voix à droite ?

Robert Ménard : "Oui. Mais moi, je ne souhaite pas qu’on ait demain comme seul choix le Rassemblement national d’un côté et Jean-Luc Mélenchon de l’autre. Mais en même temps, si j’étais contraint de choisir, je n’hésiterais pas une seconde à voter pour le candidat du Rassemblement national."

Maxime Lledo : Il y a eu ces derniers jours beaucoup de bruit autour des réunions entre des patrons et des membres du Rassemblement national. Certains patrons s’inquiètent du niveau économique. Vous comprenez ?

Robert Ménard : "D’abord, je suis très content qu’on puisse discuter entre patrons et Rassemblement national. Ce n’est pas le diable. Mais sur les questions économiques et sociales, le programme du Rassemblement national, aujourd’hui, essayons d’être honnêtes, c’est une pléthore d’âneries. Encore aujourd’hui. Vous ne croyez pas sérieusement que la France peut être le seul pays d’Europe où on n’allonge pas les années de travail ?"

Maxime Lledo : Pourquoi ils le défendent alors ?

Robert Ménard : "Parce que ça s’appelle de la démagogie. C’est plus facile de dire aux gens qu’ils partiront plus tôt que de dire la vérité."

Patrick Roger : Une question de Jean-Pierre : que pensez-vous des élus qui utilisent leur mairie comme tribune personnelle, avec des drapeaux, etc. ?

Robert Ménard : "Moi, je n’imaginerais pas une seconde enlever le drapeau européen. Moi, je suis européen jusqu’au bout. Mais oui, je me suis servi de la façade de l’hôtel de ville comme d’un porte-drapeau. Il y a eu le portrait avec des phrases de soutien à l’Ukraine. Ensuite, j’ai mis les portraits des otages israéliens. Vous voulez que je mette la moitié d’un côté et la moitié de l’autre ? Non. Moi, j’ai fait un choix."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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